Les mouvements sociaux parviendront-ils à changer la donne politique en Europe?

Article publié le 17 mai 2016
Article publié le 17 mai 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les mouvements sociaux deviennent monnaie courante en Europe. Parviendront-ils à changer la donne politique? 

Que ce soit Nuit Debout, les Indignados en Espagne ou le mouvement Occupy, une chose est sûre: de plus en plus de citoyens se tournent vers la rue pour protester contre l'état de crise où l'Europe est enferrée.

Entre un espace Schengen près du point de rupture (si son échec n'est pas encore effectif), un Eurogroupe qui s'efforce comme il peut de maintenir une union monétaire fragile et la menace du  Brexit, notre continent a connu des jours meilleurs. Nos responsables politiques et l'Union Européenne n'ont pas su faire face à ces nouveaux défis, ce qui a favorisé la montée de partis populistes de droite dont les programmes se fondent sur la peur, l'isolationnisme et une vision rétrograde de ce qu'est la souveraineté nationale.

Les choses avancent cependant aussi du côté des partis de gauche, et les citoyens vont dans la rue pour lutter pour la préservation des derniers restes de la démocratie sociale en Europe.

Le parti radical de gauche Syriza a remporté des élections historiques en Grèce en 2015, après six ans de politiques d'austérité et des manifestations rassemblant un nombre toujours croissant de citoyens grecs. En 2014, plus d'un tiers de la population totale du pays était considérée comme étant "menacée de pauvreté ou d'exclusion sociale", et la population grecque s'est prononcée en faveur d'un changement. Malgré tout, le gouvernement de Tsipras s'est vu contraint, en 2016, d'accepter un plan de mesures d'austérité afin de pouvoir continuer à recevoir des aides financières de la Troïka.

Le mouvement des Indignados, en Espagne, a débuté il y a tout juste 5 ans, en 2011, en réaction aux taux de chômage élevé chez les jeunes, au manque d'opportunités économiques et à l'inégalité croissante dans le pays. Ils sont parvenus à inscrire un mouvement populaire dans la scène politique nationale en avec la création du parti Podemos. Ce parti socialiste a été fondé en mars 2014 et a tant gagné en popularité qu'il a remporté un grand nombre de voix lors des élections de 2015. Il est cependant en perte de vitesse depuis sa percée de décembre 2015, et il n'est pas encore sûr qu'il parviendra à former une coalition avec les socialistes et à s'affirmer en tant qu'alternative radicale aux partis traditionnels.

Enfin, le mouvement français "Nuit Debout", né de manifestations contre la nouvelle loi du travail proposée par le gouvernement de Hollande, expose la désillusion des Français envers leur classe politique. Il s'est formé il y maintenant plus d'un mois, et de nombreux groupes de travail se sont constitués pour discuter de diverses questions (évasion fiscale, TTIP, chômage, poussée sécuritaire en France,...). Reste à voir si ce mouvement de protestation parviendra à trouver des solutions concrètes. Le strict bipartisme français rend difficile l'arrivée d'une nouvelle gauche sur la scène politique. Reste aussi à voir si la majorité des membres de Nuits Debout soutiennent des idées révolutionnaires ou bien sont plutôt en faveur d'un changement de l'intérieur.

Il est en effet bien plus difficile pour des mouvements de protestation de gauche issus de la rue de convertir leurs idées en véritables programmes politiques, puisque ceux-ci ne font pas la promotion de la peur et de l'exclusion, mais recherchent plutôt des alternatives progressistes.

Cependant, la gauche a des raisons d'être optimiste: quelques dirigeants néo-marxistes ont obtenu un soutien populaire inédit. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn a été élu à la tête du parti travailliste en 2015, et il a entrepris de réformer un parti qui avait perdu sa véritable identité depuis le "New Labour" de Tony Blair. Et en mai 2016, le candidat travailliste Sadiq Khan a été élu maire de Londres malgré la campagne de dénigrement menée contre lui par le candidat conservateur Zac Goldsmith. Il n'est peut-être pas aussi à gauche que Corbyn, mais la victoire du parti travailliste à Londres, une ville où le secteur financier pèse particulièrement lourd, est un signe que le vent est en train de tourner.

Mais c'est de l'autre côté de l'Atlantique qu'est venue la plus grande surprise. Un pays qui balaie toute idée socialiste comme "folie communiste" depuis l'ère de McCarthy a vu un Bernie Sanders accéder à la gloire, alors qu'il dénonce les inégalités sociales, le racisme et la discrimination sexuelle. Ce candidat atypique est parvenu à s'imposer comme un veritable adversaire d'Hillary Clinton, tout en rejetant le soutien de tout super-PAC. Son slogan, “Feel the Bern” , lui a valu un fort gain de popularité auprès de l'électorat jeune.

Tous ces exemples nous montrent que la gauche n'a pas encore perdu tout espoir: des idées néo-marxistes peuvent se faire une place dans le paysage politique traditionnel, et, de même, des mouvements de protestation sociale peuvent constituer des alternatives politiques viables. Plutôt que ne voir que le côté négatif de ces temps de crise, les groupes de gauche devraient se rassembler, exploiter cet élan politique pour faire émerger une vision d'une Europe sociale qui ne verra autrement jamais le jour. DiEm25, par exemple, contribue à cet effort.