« Les Mondes Inversés » : l'autre possible de Charleroi

Article publié le 14 octobre 2015
Article publié le 14 octobre 2015

Dans le cadre de Mons 2015, Capitale européenne de la Culture, l'exposition intitulée Les Mondes Inversés du BPS22, témoigne du renouveau culturel de Charleroi, ville belge profondément ancrée dans une réalité sociale de notre temps. L'exposition qui a pris ses quartiers au Musée d'Art de la Province de Hainaut, met habilement en lien cultures populaires et art contemporain.

Jusqu'au 31 janvier 2016, dans un ancien hall industriel de la ville de Charleroi tout juste devenu le Musée d'Art de la Province de Hainaut et connu sous le nom de BPS22, le public pourra découvrir une quarantaine d'artistes contemporains belges et internationaux, toutes disciplines confondues, suggérant une multitude de mondes inversés. En s’inspirant de traditions populaires, de folklores ou d’artisanats oubliés ces artistes s'amusent à produire un réel bouleversement de l'ordre établi, qu'il soit esthétique, moral, religieux, culturel voire  même politique. 

Un monde de pirates éminemment social

Le titre de l’exposition, Les Mondes Inversés, fait d'abord référence à un chapitre de l’ouvrage de l’historien britannique Christopher Hill, The World Turned Upside Down : Radical Ideas During the English Révolution qui fut l'un des premiers à envisager la piraterie comme un contre-modèle politique à l’origine de la démocratie. C'est en effet à partir du 19ème siècle que les pirates créèrent des régimes d’autogestion démocratiques dans lesquels les inégalités sociales furent réduites. Le renversement symbolique de l’ancien monde et de la « mise à l'envers » de la monarchie est d’ailleurs une caractéristique récurrente de la culture populaire.

Les Mondes Inversés représente une excellente opportunité de se familiariser davantage avec l'art contemporain, un art qui parfois dérange de par son côté trop subversif et abscons. Même s'il n'est pas toujours facile d'y voir un sens,  perdre ses repères spatio-temporels le temps de l'exposition oblige à faire appel à sa curiosité et permet un réel décloisonnement des perspectives. Tel est l'objectif du BPS22 d'après Pierre-Olivier Rollin, directeur du Musée. « L’enjeu pour le BPS22 est aujourd’hui de développer une véritable culture contemporaine, dans l’acception la plus étendue du terme, pour faire face aux défis majeurs du 21ème siècle. Tel est peut-être le rôle fondamental des institutions culturelles, comme le BPS22 : mettre en place les germes qui permettront l’émergence de cette culture contemporaine », affirme-t-il.

Charleroi soleil

Le parcours de l'exposition présente un arsenal d'artistes qui parviennent à chambouler de façon surprenante tout un système de symboles et d'interprétations y  afférant traditionnellement, pour ensuite les réinvestir de questionnements sociétaux permettant d’ouvrir une réflexion sur des thématiques brûlantes du 21ème siècle tels que les droits civiques des minorités, la mondialisation, les contre-cultures, le nationalisme ou encore le colonialisme.

L'oeuvre de l'artiste londonien Yinka Shoniba MBE, Scramble for Africa, donne le ton en marquant la collaboration européenne pour le partage de l'Afrique lors de la conférence de Berlin de 1884. L'artiste traite également de la lutte pour le contrôle des ressources et des biens naturels, question au coeur des débats de notre époque.

L'artiste belge Eric van Hove qui s'est entouré d’artisans marocains et indonésiens pour réaliser une réplique d’un moteur de bulldozer Caterpillar, provoque de multiples renversements symboliques de l'ordre dominant en s'interrogeant, par exemple, sur la place de l’artisanat dans l’art contemporain, des rapports Nord-Sud, ainsi que du conflit israélo-palestinien.

La politique d’expositions du musée BPS22 est toujours fondée sur l’idée que "la culture est un vecteur essentiel de démocratie qui permet aux citoyens d’appréhender de manière plus critique le monde dans lequel ils vivent". Cette exposition s'apprécie donc comme une enquête sur la façon dont la culture populaire (low culture) s’engage contre la culture dominante (high culture).

L'exposition est aussi une bonne occasion d'être témoin du renouveau culturel de l'ancienne ville minière belge, souvent décriée. Depuis quelques années, la ville met en effet tout en oeuvre pour devenir une place culturelle forte, « une ville résidentielle de la création». Entre nouveaux bâtiments et scènes de destruction, la ville est en train de vivre une réelle petite révolution à l'image de l'exposition , c'est-à-dire renversante et profondément ancrée dans une réalité sociale de notre temps. Toutes deux méritent d'être appréhendées avec un certain regard, pour ainsi s'ouvrir à de nouveaux mondes et en explorer d'autres, possibles. 

Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.