Les manœuvres politiques en vue des élections : vers un Barroso 2 ?

Article publié le 7 avril 2009
Article publié le 7 avril 2009
C'est dans la plus grande opacité que se préparent la nomination du président de la Commission européenne et la répartition du pouvoir entre les partis européens. Certains souhaitent accélérer le processus pour appuyer la candidature du président actuel. Jetons un petit coup d’œil à la politique politicienne « made in EU ».

Le 7 juin prochain, nous saurons qui a obtenu la nouvelle majorité au Parlement européen. La procédure habituelle veut que pendant quelques semaines, on compare plusieurs candidats non officiels à la présidence de la Commission européenne. Cette année cependant, certains souhaitent accélérer (allant parfois jusqu'à contourner le débat) la réélection de Barroso. Malgré de nombreuses campagnes contre le conservateur portugais, comme par exemple le « Stop Barroso » des Verts ou encore le « Anyone but Barroso » né de la blogosphère européenne, il ne semble pas possible d’aboutir à un débat public sur les qualités que doit avoir le futur chef de la Commission. Le président du Parlement européen lui-même, le conservateur Hans Gert Pöttering, souhaite fixer un calendrier de sessions accéléré visant à la réélection de Barroso et propose qu’une semaine à peine après les élections, durant le sommet européen des 18 et 19 juin, un nom soit présenté. Sans même laisser le temps aux groupes politiques de se constituer !

Barroso rêve de sa réélection

(CE)Lors du dernier sommet européen, les 18 et 19 mars 2009, tout le Parti populaire européen (PPE) a publiquement soutenu la réélection de Barroso, l'un des leurs. « C'est dommage », déplorait au même moment le président des socialistes, Poul Nyrup Rasmussen : « Barroso, au lieu de s'occuper de trouver du travail aux Européens, semble être uniquement préoccupé par le sien. » Dans la même veine, les leaders du parti libéral (ELDR) rejettent également l’éventualité que le Portugais soit de nouveau à la tête de la Commission. Pourquoi, s'interroge-t-on alors, font-ils si peu d’efforts pour présenter un candidat alternatif ? « Tout simplement parce que les chefs d'Etat et de gouvernement préfèrent nommer quelqu'un qui politiquement fasse profil bas, afin de mieux le manipuler », chuchote-t-on sur les bancs de la Gauche unitaire européenne. Mário Soares, l'ancien président portugais en personne, a même taxé son compatriote de « secrétaire » des dirigeants. 

Poul Nyrup Rasmussen et ses ennemis

(PES)Ont-ils tous capitulé ? Pas tous, non. Dans un petit village gaulois... ou plutôt socialiste, on fait encore de la résistance en appuyant l'éventuelle candidature de l'eurodéputé et ancien premier ministre danois, Poul Nyrup Rasmussen. Ce dernier prépare depuis près de deux ans un programme électoral visant à réformer l'UE grâce à ce qu'il appelle la Nouvelle Europe sociale. A ce jour, il est le seul à dénoncer sans relâche la paralysie de Barroso face à la crise et le maquillage des chiffres des plans de redressement que Barroso annonce à 3 % du PIB communautaire quand lui-même les estime qu’à 0,9 % seulement. La socialiste française Martine Aubry et la majorité des leaders socialistes le soutiendraient. Même les Verts, via la voix du coprésident du parti, Daniel Cohn-Bendit !

Mais ce n'est pas le même son de cloches du côté des trois socialistes à la tête des Etats majeurs de l'UE : Brown, Zapatero et Sócrates. Vendus ? En tout cas, ce ne sont pas les seuls, car l'on sait dans les rangs socialistes que leur porte-parole, l'Allemand Martin Schulz, aurait négocié d'occuper conjointement avec le conservateur polonais Buzek la présidence du Parlement à condition de ne pas interférer dans la réélection de Barroso. 

Schulz le naïf

(ONU)Mais Martin Schulz n'avait pas prévu ce contretemps de dernière minute. Les Italiens de l'Alliance nationale se sont alliés au parti conservateur de Silvio Berlusconi et pourraient gagner les élections européennes, ce qui en ferait le plus grand parti conservateur de l'UE. Selon des sources confidentielles, le berlusconiste Mario Mauro se présenterait pour présider le Parlement européen, ce qui, souvenons-nous, triplerait ses attributions avec le traité de Lisbonne. Pour cela, il s'allierait au chef des libéraux, Graham Watson, qui s'est lancé depuis janvier dans une campagne active pour être élu lui-même, et avec lequel il partagerait la présidence.

A moins que le coup de Mauro ne soit que du bluff, dont l'objectif serait de faire en sorte que son groupe, le PPE, lui offre le poste de porte-parole à la chambre européenne (poste clé au sein du PPE), le stratagème donnerait à Schulz la présidence du Parlement conjointement avec Buzek, assurerait la Commission à Barroso et la sortie de Graham Watson, unique perdant de l'opération.

Magouilles et compagnie

La vérité c'est qu'avec le traité de Lisbonne, la Commission est l'institution qui perd le plus de poids au sein de l'Union. Il lui restera à élire les postes de ministre européen des affaires étrangères et du président de l'Union, qui auront la responsabilité de dialoguer directement avec les Etats-Unis, une priorité qui relève, traditionnellement, de la politique étrangère britannique… De fait, Brown appuie Barroso pour qu'en échange, le parti populaire lui confie le poste de Haut-représentant. Quant à Zapatero, il préfère se taire. Pourquoi ? Car Barroso serait partant pour que l'ancien président espagnol Felipe González (socialiste…) devienne président de l'UE si le traité de Lisbonne est ratifié. Sans que le parti populaire ne s'en plaigne.