Les langues, une affaire de famille

Article publié le 28 avril 2008
Article publié le 28 avril 2008
par Céline de Troost et Floriane Pellegrin, étudiantes à l'IHECS Alors qu'en Belgique la question linguistique demeure un sujet
flandre.jpgsensible, au sein de nombreuses familles belges, plusieurs langues cohabitent sous le même toit. La famille Van Santen vous ouvre ses portes...

Laurence Van Santen a grandi dans un foyer où le père était flamand et la mère wallonne. Loin de parler les deux langues chez elle, elle déclare que « à la maison, nous avons toujours parlé français avec mes parents, c’était une habitude ». C’est à l’école et avec son arrière-grand-mère jusqu’à ses cinq ans que Laurence parlait le néerlandais. Elle n’a donc jamais parlé en néerlandais avec son père, bien que ce soit la langue maternelle de celui-ci. Elle l’a regretté plus tard. C’est pourquoi lorsqu’elle est devenue mère, elle a voulu que ses enfants aillent dans une école néerlandophone. Même si cela impliquait d’être confronté à un certain nationalisme flamand. En effet, les responsables de l’école lui ont dit qu’accepter des enfants francophones revenait à faire « baisser le niveau » de l’établissement et que cela allait altérer « l’enseignement de la culture flamande ». « C’étaient simplement des flamingants hautains, mais j’ai fait un blocage par après » explique-t-elle. Elle a du, contre son grè, mettre ses enfants dans une école francophone. En tant que professeur de néerlandais, mais aussi en tant que mère, Laurence regrette que ces enfants n’aient pas pu être dans une école en immersion linguistique, où certains cours sont donnés en français et d’autres en néerlandais. Car pour elle il est essentiel que les enfants apprennent les deux langues le plus tôt possible. Elle explique que les langues peuvent garder ainsi un aspect ludique sans être forcément synonyme d’apprentissage lourd et contraignant, comme cela peut-être le cas lorsqu’on étudie une langue plus tardivement.

Laurence a rencontré Dimitri en Belgique. Très vite, elle a commencé à apprendre le grec pour être plus à l’aise parmi sa communauté. « Malheureusement, Dimitri ne me parle pas dans sa langue maternelle. Ni à moi, ni à nos enfants » déplore-t-elle. Le pédiatre avait conseillé au couple que chaque parent parle sa langue maternelle aux enfants pour que l’apprentissage des langues soit plus facile pour eux. Mais Dimitri n’a jamais parlé en grec aux enfants. Leur fils aîné a appris le grec par d’autres moyens. Il le parle bien maintenant. Lorsque la famille part chaque année en vacances en Grèce, chacun a l’occasion de s’exercer un peu. Mais ce n’est que dans le cadre des vacances que la famille parle grec. De retour en Belgique, seul le français est parlé à la maison.

Il n’y a guère que la fille de Laurence qui émette de profondes réserves quant à l’apprentissage des langues. Elle ne veut apprendre ni le néerlandais ni le grec. « Ce n’est que maintenant qu’elle cherche du travail qu’elle réalise à quel point c’est important de parler plusieurs langues, surtout en Belgique. Alors elle vient me demander des précisions en néerlandais et fait la même chose en grec auprès de son père » explique Laurence.

Seul le petit dernier, âgé de six ans, a été initié aux trois langues familiales. Ses parents lui parlent français, néerlandais et même un peu grec. Il est à l’école en immersion. Laurence enseigne le néerlandais à de jeunes enfants et elle est ravie de voir que son fils commence à se débrouiller dans cette langue. « Parfois, je lui parle en néerlandais et il me répond automatiquement dans cette langue. Plus on apprend une langue jeune, plus c’est facile . Changer de langue devient un simple réflexe».

Mais elle n’arrive pas à faire parler grec à son mari. Serait-ce pour lui une façon de se sentir mieux intégré en Belgique ? « Je ne crois pas, car il est né et a toujours vécu ici, il se sent bien dans ce pays, il l’aime. » répond Laurence. Elle précise que ses beaux-parents, installés en Belgique depuis longtemps, ont bien conservé leurs traditions et leur culture grecque et qu’ils ne manqueraient pas de la transmettre à leurs petits-enfants.