Les jeunes font revivre solidarité et espoir à Skopje après les inondations

Article publié le 25 août 2016
Article publié le 25 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« C'est dur de combiner en une journée les activités liées au travail et d'aller aider ceux qui en ont le plus besoin, mais je fais de mon mieux. »

Le jeune Ognen Janeski aimerait que les jours fassent plus de 24 heures. « C’est dur de combiner en une journée les activités liées au travail et d’aller aider ceux qui en ont le plus besoin, mais je fais de mon mieux », explique-t-il, clairement fatigué de sa longue journée. Le froid le fait tousser mais il est plein d’optimisme et d’espoir et prépare la livraison des dons pour les jours à venir.  Le jeune présentateur de télé a déjà un style de vie intense entre ses nombreux projets et la préparation de ses émissions. Pourtant ces jours-ci, son attention se porte sur les familles qui ont le plus souffert de l’orage du début de mois. Depuis que la capitale de la Macédoine Skopje a été frappée par des inondations qui ont coûté la vie à plus de 20 personnes et gravement endommagé des maisons dans la périphérie de la capitale, le jeune Ognen commence et termine ses journées en promouvant et pratiquant des activités solidaires.

Tous les jours il se rend dans un des centres de don où l’on peut apporter de la nourriture, des vêtements et des produits d’hygiène pour les habitants des villages touchés. Il met ensuite les colis dans sa voiture et va les livrer aux familles qui en ont le plus besoin. Pendant tout ce temps son téléphone n’arrête pas de sonner - la coordination d’actions spontanées de bonne volonté n’est pas une tâche facile. Ognen n’est qu'un des nombreux jeunes qui ont décidé de prendre les choses en main et d’aider leurs concitoyens dans leurs difficultés à faire face aux conséquences désastreuses de la tempête.  Après les inondations et l’échec des autorités à fournir immédiatement une aide aux victimes et un service d’assainissement, ce type d’aide était nécessaire de toute urgence.

FLOODS1Crédits photo : Ognen Janeski

« Nous livrons les dons de maison en maison. Nous cherchons les résidents dans les régions les plus touchées qui nous ont écrit sur Facebook leur nécessité en besoins particuliers. Nous restons en contact et coordonnons la gestion avec ces personnes qui ont leur téléphone portable allumé, comme la plupart des villages se sont retrouvés sans électricité et les habitants restent injoignables. Quand vous arrivez dans ces villages, vous vous retrouvez sans voix : il y a des endroits où absolument personne n’est venu avec des machines pour procéder au nettoyage. C’est le besoin le plus pressant, même si chacun d’entre nous essaie d’aider au nettoyage des maisons, sortir le mobilier endommagé. Mais cela reste difficile sans l’équipement adapté. Il faut tout d’abord enlever la boue et l’eau. Ensuite seulement les gens peuvent vraiment aider », explique Ognen, ajoutant que presque 20000 personnes ou 5000 familles ont été touchés par l’inondation.

Photo credits: Daniel JosifovskiCrédits photo : Daniel Josifovski

Portant des bottes en caoutchouc une pelle à la main ou avec un coffre rempli de dons

Antoaneta Ivanova était aussi parmi les premiers à supporter l’initiative « Aide humanitaire pour les familles inondées à Skopje », qui regroupe maintenant 15000 membres sur son groupe facebook. C’est par ce groupe que les volontaires s'organisent et coordonnent la gestion des dons et la distribution. Présidente de Mladiinfo International, Ivanova est heureuse de voir qu’autant de jeunes sont prêts à se rendre sur les lieux, équipés de bottes en caoutchouc et de pelles, ou d’utiliser leurs voitures, vélos et motos pour amener les dons aux familles dans le besoin :

« Cela fait déjà 10 jours que nous travaillons dans la zone inondée. Nous aidons là où il y a besoin et là où nous recevons instruction de le faire par des groupes auto-créés. Certains jeunes ont formé un groupe le premier jour après les inondations et ont été des éléments clés dans la coordination des efforts. Chaque jour certains d’entre nous font le tri dans les dons que nous collectons dans différents point de la ville. Certains aident pour la distribution et d’autres pour le nettoyage des maisons et des jardins. Je ne pensais vraiment pas que des jeunes seraient aussi enclins à aider et faire preuve de compassion envers leurs concitoyens, mais ce que je vois sur le terrain me rend très heureuse », observe Ivanova.

14037914_10153852288082817_956145467_oCrédits photo : Antoaneta Ivanova

Facebook et les autres réseaux sociaux ne sont pas seulement utilisés pour coordonner les actions d’aides mais aussi pour faire connaître les collectes de fonds. L’idée est de viser également les jeunes à l’étranger et de les inciter à montrer leur solidarité avec les communautés de Macédoine. La Croix Rouge, mais aussi des initiatives bien connues de jeunes leaders ont défendu ces campagnes. Une d’entre elles est le Global Shapers Skopje Hub, lancée par le Forum Économique Mondial, composé de jeunes leaders ayant de fortes capacités, reconnus pour leurs réussites et dotés d’une volonté de contribuer à leur communauté. Ivan Jovanov, membre de Global Shapers, explique que l’idée derrière leur collecte de fonds est d’envoyer un message expliquant que chacun peut aider à sa façon et être solidaire :

« Je suis certain que ces graves événements montrent que les jeunes peuvent être une force motrice. Ce que l’on voit aujourd’hui ce sont que les jeunes se portent volontaires partout dans les zones touchées avec volonté et enthousiasme en passant par divers organisations. De plus, l’appel à l’aide sur les réseaux sociaux était sur le point de se produire et je pense que les jeunes ont eu une grande influence sur celui-ci. À Global Shapers nous sommes sensibles la responsabilité d’aider notre communauté, c’est quelque chose que nous devons faire en tant que citoyen actif».

Photo credits: Ognen JaneskiCrédits photo : Ognen Janeski

Éduquer les jeunes à la gestion de crise

Bien qu'il y ait eu des rumeurs et critiques sur le fait que la distribution de certains dons institutionnels ait été fait de manière partiale et que des habitants ont été favorisés, l’initiative autonome des citoyens, avec de nombreux jeunes en première ligne, est généralement vue de façon très positive. Les citoyens plus âgés ont observé ces réponses civiques avec plaisir et enthousiasme. Beaucoup d’entre eux ont un vif souvenir de la solidarité internationale qui s’est organisée après le désastreux tremblement de terre de 1963 qui a détruit une grande partie de Skopje. Ils voient cet esprit de solidarité vivre à nouveau dans la réaction des jeunes aujourd'hui. Ceux qui sont encore en bonne santé ont décidé de prendre une pelle et d’aider leurs enfants et petits-enfants pour le nettoyage. C’est d’une certaine façon un souvenir de la Yougoslavie, quand les jeunes construisaient également les routes et les infrastructures lors de divers actions. Cependant à cette période la réponse civile aux crises et aux catastrophes naturelles faisait partie intégrante du programme des écoles, préparant la jeunesse à ces situations. Aujourd’hui il manque aux jeunes les compétences et le savoir faire pour réagir dans les situations critiques.

14054648_10153852285987817_2096950815_nCrédits photo : Ivan Antonovski

« Je pense que nous devrions absolument penser à mettre en place des ateliers et des formations à la gestion de crise pour les jeunes. De cette façon, notre société pourrait agir d’une façon plus organisée et mieux coordonnée », explique Ivanova de Mladiinfo.

Les couches de boue, les gigantesques amas de meubles abîmés et de déchets des foyers ainsi que l’odeur insupportable continuent de faire penser à la nuit de l’inondation, au cours de laquelle plus de 800 éclairs ont frappé la ville en seulement deux heures. Les jeunes sur le terrain, la génération la plus attendue, sont équipés de pelles et de bottes en caoutchouc ou de sacs de dons. Ils sont l’évidence même que la solidarité est non seulement toujours vivante mais plus forte que jamais.