Les jeunes diplômés dans la crise: l’exemple de l’Irlande et de l’Angleterre

Article publié le 21 octobre 2009
Article publié le 21 octobre 2009
Finir ses études en 2009, ça devrait se fêter, pourtant c’est un cauchemar. Une crise économique qui dure, le chômage des jeunes qui s’envole… La découverte de la vie active est semée d’embuches et surtout de déceptions. Première partie de notre série sur les jeunes Européens et l’emploi : « Je veux un job ! »

Ashleigh Arnott : « Trouvez-moi un emploi à Londres ! »

Depuis que j’ai eu mon diplôme, je suis certainement une serveuse plus expérimentée. Cinq années à trimer jusqu’à la remise des diplômes, suivies de trois mois de chômage. Mes souvenirs d’une vie en rose s’estompent peu à peu face à un avenir plutôt terne. Mettre un pied à l’étrier de la vie active me semble impossible. Comme mon cursus en lettres classiques n’est pas professionnalisant, je ne pensais pas non plus qu’un métier me tomberait du ciel ! Pourtant j’ai vraiment cru que je trouverais quelque chose, d’autant plus que je suis prête à tous les sacrifices pour obtenir un stage – des horaires à rallonge sans indemnisations ni garantie d’embauche. Si cela me permet d’acquérir de l’expérience… La crise économique a assombri les perspectives des jeunes diplômés en 2009 à tel point que nous n’arrivons même pas à décrocher un travail non payé ! Avec un bon dossier universitaire, quelques expériences professionnelles en rapport avec mon parcours et deux langues étrangères parlées presque couramment, ma candidature mériterait-elle d'être réexaminée ? Que nenni…

« Subitement, ma génération n’a plus honte d’aller s’inscrire au Pôle emploi, contrairement à avant la crise »

Il n’y pas de lumière au bout du tunnel. Boris Johnson, maire de Londres, a présenté sur Twitter son nouveau site d’offres d’emploi pour aider les jeunes Londoniens dans leur quête de travail, mais en réalité, sur ce site, il n’y a presque pas d’annonces. Pas plus que sur les autres sites du même genre d’ailleurs… La plupart des offres sont raflées par des milliers d’actifs plus âgés et très expérimentés qui ont été licenciés l’année précédente. A l’heure actuelle, nos options sont extrêmement limitées ; il est même devenu difficile de décrocher un emploi à temps partiel, traditionnel repli pour les jeunes diplômés. En Grande-Bretagne, le nombre de chômeurs chez les 18-24 ans atteint quasiment le nombre de 900 000, dont près de la moitié déclarent percevoir l’allocation chômage. Subitement, ma génération n’a plus honte d’aller s’inscrire au Pôle emploi, contrairement à avant la crise. Je ne sais pas si notre gouvernement parviendra à nous tirer de là, mais bientôt, le futur sera moins sombre pour nous tous. Du moins, je l’espère !

Eimear Blee : en Irlande, il faut « une bonne dose de chance »

Trois mois tout juste après avoir obtenu ma licence d’études anglophones au Trinity College de Dublin, je suis désormais stagiaire à la Bibliothèque nationale d’Irlande. Je suis entrain d’acquérir une précieuse expérience et les compétences indispensables pour trouver un job dans mon domaine d’activité. Dans le climat actuel, et avec la récession en Irlande, je suis l’exception plutôt que la règle : le nombre moyen de candidats au poste de contractuel à la Bibliothèque nationale a augmenté de façon significative. Une recommandation favorable de la part d’un bibliothécaire professionnel qualifié ainsi que mon expérience personnel m’a permis de prendre un peu d’avance sur d’autres candidats dans un secteur très bouché. De l’expérience pratique accompagnée d’une bonne dose de chance ! Voilà ce qu’il faut quand le taux de chômage, chez les jeunes de moins de 24 ans, est de 21,5 %. J’ai été responsable de rayon à la bibliothèque universitaire avant d’être diplômée. Ce travail a occupé la majeure partie de mon temps libre quand j’étais à l’université car je devais me présenter à 8 h tous les jours. C’était parfois pénible mais ce sacrifice s’est avéré payant à la longue. Pour devenir bibliothécaire, je dois maintenant préparer un master en information et documentation. Rester des heures parmi les livres recouverts de poussière, traquer les étudiants retardataires, cela en vaut la peine après tout !