Les Irakiens attendent plus de l’Europe

Article publié le 6 juin 2005
Article publié le 6 juin 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Il y a un an, l’Union européenne s’est engagée à soutenir la reconstruction démocratique en Irak. Où en est la situation aujourd’hui ?

En organisant des élections en 2005, l'Irak a posé la première pierre d’une reconstruction démocratique. Mais face à une violence persistante, le pays seul aura du mal à instaurer une sécurité intérieure et des droits démocratiques. Dans une déclaration commune avec les États-Unis, l’UE affirmait, il y a un an, son soutien à l’Irak concernant la lutte contre la pauvreté, le renforcement du gouvernement et de la société civile et l’application des droits de l’Homme. Quelles ont été les actions de l’Union sur le terrain depuis cette déclaration d’intention ?

Un pays déchiré

Les élections en Irak ont eu pour conséquence directe un partage hétérogène des pouvoirs aux niveaux national et provincial. L’Alliance irakienne chiite s’est imposée avec 42,8 % des suffrages et a réussi à obtenir – en raison de mandats excédentaires – une majorité absolue à l’Assemblée nationale. La liste kurde forme le deuxième gros bloc politique avec 27,5 % des suffrages. Au sein de ce groupe se font face les intégristes islamiques, qui exigent que le Charia soit le fondement du droit dans la Constitution, et le modéré Ibrahim Al-Jaafari. Mais les Sunnites arabes, qui ont pour la plupart boycotté les élections « sous occupation américaine », n’acceptent que partiellement ces résultats. Compte tenu de la violence toujours présente et des intérêts très opposés des groupements politiques, la situation reste tendue.

Si les partis parviennent à trouver un terrain d’entente, l’Assemblée nationale devrait soumettre, d’ici le 15 août 2005, une nouvelle Constitution à la population qui votera deux mois plus tard. Si le texte est adopté, les Irakiens éliront un Parlement permanent fin 2005. Mais jusque-là, l’Irak continuera sans nul doute de dépendre de l’aide internationale, et d'autant plus si les troupes internationales, comme le stipule la résolution 1546, se retirent du pays à la fin de l’année.

Des soldats européens sont encore présents dans le pays, principalement des Britanniques, des Italiens et des Polonais. La population irakienne les considère cependant comme des troupes d’occupation et non de libération, comme en témoigne la violence incessante à l’égard des soldats. L’aide financière européenne dans le civil se concentre sur le secteur économique. La plus grande partie des moyens financiers va à la reconstruction d’infrastructures et d’administrations, à la lutte contre la pauvreté et au soutien des ministères de l’énergie (pétrolier et électrique). Pour l’année 2005, seulement un cinquième des 200 millions d’euros consacrés à la reconstruction en Irak doit être attribué au renforcement de l’essor démocratique, à la protection des droits de l’Homme et à la consolidation de la société civile.

L’Europe hésitante

La société civile constitue d’ailleurs un élément crucial pour l’avancement de la démocratie en Irak. Dans ce domaine, les terrains d’engagement pour l’Europe sont multiples et variés. Ainsi, le nouveau gouvernement irakien souhaite que l’UE établisse une représentation officielle sur place, afin de renforcer sa visibilité. Cette présence civile européenne pourrait démontrer à la population que l’Europe ne s’engage pas que militairement. Mais l’Union européenne se montre hésitante, la situation du pays en matière de sécurité n’y étant pas pour rien. Par ailleurs, pour former des policiers et des juges, et pour établir des programmes « d’entraînement » pour les hommes politiques qui se retrouvent tout à coup propulsés dans un Etat pluripartite, l’Irak pourrait tirer profit de la présence européenne qui pourrait aménager de tels programmes. De plus, l’Union peut faire valoir son expérience dans l’organisation de systèmes politiques. À l’heure actuelle, la solution la plus à même de garantir un partage stable des pouvoirs entre les trois groupements ethniques semble être une structure de type fédéral. L’UE qui est capable d’aider et d’accompagner l’Irak dans cette voix, doit aussi envisager l’admission de l’Irak au sein du partenariat Euromed, comme ses trois voisins la Syrie, la Libye et la Turquie. L’Europe a créé ce programme à la fois pour donner plus de poids aux acteurs de la société civile et tisser un réseau régional entre eux. Autant utiliser une structure qui existe déjà au lieu d’élaborer, avec peine, de nouveaux programmes. Ainsi, l’UE dépasserait ses désaccords concernant sa politique à l’égard de l’Irak et, au-delà de l’engagement militaire de quelques-uns de ses membres, elle mettrait sur pied des mesures sérieuses pour permettre à cette jeune démocratie de se stabiliser.