« Les intérêts nationaux freinent l'intégration dans le domaine énergétique »

Article publié le 10 avril 2006
Publié par la communauté
Article publié le 10 avril 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'eurodéputé italien Vincenzo Lavarra souligne l'importance du Livre vert européen sur l'énergie présenté en mars dernier dans le processus d'européanisation du secteur.

La recette de l'Europe pour affronter la crise énergétique ? Elle est inscrite dans le Livre vert –« Une stratégie européenne pour une énergie durable, compétitive et sûre »- présenté le 8 mars dernier. En clair : libéralisation du marché de l'énergie en Europe, coordination des relations extérieures avec les pays fournisseurs et développement durable. Cette proposition de stratégie globale semble de prime abord très technique mais elle a su séduire les citoyens des 25, du moins sur le principe. Selon un récent sondage Eurobaromètre, 47% des Européens préfèrent que la prise de décision en matière de stratégie énergétique soit prise à l’échelle communautaire alors que 37% privilégient les actions au niveau national et 8% au niveau local. Le point avec l’eurodéputé socialiste italien Vincenzo Lavarra, membre de la Commission parlementaire de l'industrie, de la recherche et l'énergie.

Neelie Kroes, l’actuelle Commissaire à la concurrence, a dit que pour combattre le protectionnisme, il fallait faire émerger des «champions européens» dans le domaine de l'énergie. Pourquoi unifier le marché européen de l'énergie ?

La crise actuelle ne peut être résolue qu'avec une politique intégrée de l'UE qui achève la réalisation du marché intérieur de l'électricité et du gaz, comme le suggère le Livre vert. On pourra ainsi aller au-delà du simple débat sur les « champions nationaux » en mettant en place un réseau européen unifié avec des normes communes, garanties par une Autorité de réglementation européenne, de nouvelles infrastructures d'interconnexion, des investissements plus importants et des marchés ouverts à une concurrence libre et non faussée.

Comment concilier cette harmonisation avec le droit des Etats-membres d’effectuer leurs propres choix dans le secteur énergétique ?

Une politique commune de l'énergie avec un marché unique ne doit pas remettre en question la liberté des Etats-membres de mettre en oeuvre leurs propres décisions stratégiques. Par exemple, un retour au nucléaire en Italie est inenvisageable et ce choix ne pourra être critiqué par Bruxelles. Sur ce point, le Livre vert est très clair.

L'approvisionnement énergétique de l'Union dépend principalement des pays de l'OPEP et de la Russie qui n'offrent pas de bonnes garanties de stabilité. Comment trouver une approche commune en matière de relations extérieures ?

L'UE doit parler et négocier d'une seule voix en matière internationale : un nouveau partenariat avec un fournisseur aussi important que la Russie est fondamental, tout comme le renforcement de la coopération avec les principaux partenaires au Moyen Orient, en Asie et en Amérique. Le mot d'ordre ? La diversification des fournisseurs. Mais pour y parvenir, il sera nécessaire de développer des techniques de regazification permettant l'importation de gaz liquide en provenance de différents pays, afin d'être moins dépendants des fournisseurs historiques nous alimentant par le biais de gazoducs.

La volonté de la Commission de libéraliser le marché intérieur dans les secteurs du gaz et de l'électricité découle du Livre vert. Comment concilier cet engagement avec la montée actuelle du protectionnisme en Europe, caractérisé par les affaires comme celle d’Enel-Suez ?

Nous nous trouvons dans une phase délicate où les intérêts nationaux ralentissent le processus d'intégration européenne. Cependant il est significatif que la Commission considère l'objectif d'un marché unique et concurrentiel de l'énergie comme la priorité numéro un de ses actions à venir. Le Parlement européen, en approuvant une résolution commune, a également exprimé sa préoccupation face aux distorsions de concurrence provoquées par des mesures protectionnistes soutenant les leaders des marchés nationaux. C'est désormais au Conseil des ministres de l’Union de trouver un accord et s'engager sur ce front.

Greenpeace a émis ses premières critiques contre le Livre vert qui ne condamnerait pas la présence de grandes centrales nucléaires et encouragerait l'extraction du charbon sans insister sur les énergies renouvelables...

Les énergies renouvelables constituent une partie très importante du cocktail énergétique auquel doit faire appel l'UE. Il faut investir davantage dans la recherche et imposer des objectifs législatifs à respecter en terme d'utilisation des ressources.