Les guides de voyages européens se mettent au numérique

Article publié le 14 mai 2010
Article publié le 14 mai 2010
En Europe, finies les escapades pour quelques jours de détente dans une ville lointaine. Désormais, nous faisons un saut dans les capitales étrangères comme on se rend à la boulangerie du coin. Le guide de voyage traditionnel a-t-il encore un sens dans cette Europe mobile? Gogo Paris, un webzine spécialisé sur Paris, a ouvert la voie aux guides de voyages interactifs.
Un concept qui fait des émules. 

Le chaos causé en avril dans tous les aéroports par un petit volcan bien irritant en Islande – l'éruption de l'Eyjafjallajokull a coûté 1,3 milliards d'Euros de recettes (1,1 millions de Livres Sterling) aux compagnies aériennes – a plus que jamais dévoilé à quel point les Européens ont changé leur façon de voyager. Les déclarations blasées des personnes délaissées au niveau international ont retenti sur internet : « Coinçés à Berlin - faisons la fête » - « Vous connaissez quelqu'un qui a une chambre à louer sur Madrid ?» - « Besoin d'un coiffeur à Varsovie, des suggestions ? » Cette expérience de voyage était pour le moins soudaine et inattendue.

Lonely Planet face à Gogo Paris, la célébrité des guides de voyages en ligne

Admettons-le, lorsque vous êtes installé à la terrasse baignée de soleil d'un café dans une ville chic européenne à attendre élégamment votre café bien trop cher, la dernière chose dont vous avez envie est de sortir votre énorme guide Lonely Planet jaune et bleu et de feuilleter son contenu encyclopédique pour y trouver un bar qui se révèlera plus tard être à peu près décent. Peu d'accessoires sont moins chics que le guide de voyage, qui se retrouve généralement dans la même catégorie que le sac banane et l'anorak tous temps, en terme d'indicateurs d'un touriste désespéré. De toute façon, maintenant que nous avons tous vu l'Arc de Triomphe, la Porte de Brandenburg et le Colosseum plus de fois qu'il n'en faut pour s'en souvenir, les guides de voyages traditionnels n'ont grand chose à offrir à l'Européen amateur de voyages. Dépassés, non harmonisés, et souvent écrits avec la supposition que vous logerez essentiellement dans un camping-car, le format démodé du guide de voyage laisse un créneau béant sur le marché pour les voyageurs internationaux qui veulent des informations fiables et bien choisies sur ce qui se passe ici et maintenant.

Les sites Internet des guides de voyage de référence sont concurrencés par de nouveaux acteurs, spécialisés dans l'édition numérique

« Gogo Paris, le Guide de Voyage en Ligne » peut se télécharger pour le prix d'une pinte parisienne (8€, ou 6,80£). C'est l'un des pionniers d'un mouvement en ligne tout jeune qui combine l'aspect pratique d'un guide de voyage avec le tranchant brut d'un blog. En plus, les informations n'ont jamais plus de huit semaines d'âge. Gogoparis.com qui, depuis 2005, s'adressait au classes élégantes et internationales à Paris, s'est lancé, comme suite logique, dans les guides de voyages. « Le futur des guides de voyages sera numérique, évidemment, déclare sa rédactrice en chef Kate Van den Boogert. Les accessoires comme notre système de tags, notre index associé et les hyperliens amenant directement vers le document PDF nous permettent de faire tellement plus qu'un guide chic traditionnel. » Le guide, qui est mis à jour deux fois par mois, se concentre non seulement sur des événements culturels plus intimes, plus localisés et à court terme dans la capitale (quel artiste expose dans quelle galerie ce jeudi, par exemple), mais il va aussi directement à la source, et reçoit des conseils d'initiés des Parisiens « cool-Raoul » locaux pour la saison en cours. Rick Owens, le designer mode de Los Angeles, les aficionados de la cuisine française qui tiennent « Le Fooding », Rebecca Leffler, critique de films pour Canal + et Emmanuel de Brantes – l'artiste et homme habitué des soirées mondaines qui a figuré dans « Glamorama », la vision de Brett Easton Ellis sur le jet-setter Glitterati en 1998 – sont quelques-unes seulement des personnalités parisiennes qui donnent un tuyau sur leurs bons plans sorties dans l'édition actuelle de mai-juin.

Un guide sur les guides de voyages électroniques

Pour 8 euros, soit trois fois moins qu'un guide classique, un mélange entre le classicisme du guide et le baroque de l'écriture blogLa fusion des sites web de voyage avec les guides touristiques était plus ou moins inévitable – plutôt que de trimballer un annuaire de Touristeville de la taille d'un roman, ou de feuilleter sans but les magazines mal dégrossis trouvés à l'hôtel, le format PDF comme celui utilisé par Gogo Paris vous permet de naviguer avec détachement sur votre I-phone ou d'imprimer juste ce dont vous avez besoin pour la journée. Des étoiles montantes talonnent Gogo, comme Superguide (15,54€ ou 13,23£), qui vend des guides PDF bien faits et d'impression facile sur les principales villes du monde entier, ou le « Europe » d'Indie Travel (11,62€ ou 9,89£) qui associe des formats PDF avec un podcast téléchargeable à connecter une fois que vous êtes dans l'avion. Le guide de voyages « Just Go » est un site type wiki qui propose de télécharger des fichiers PDF avec l'avantage d'être gratuit. Il se concentre sur l'Amérique du Sud, avec des publications en français, anglais, portugais et en espagnol; l'idée étant que les lecteurs mettent eux-même à jour les informations... Le « surfing » des guides de voyages, en quelque sorte. D'autres, qui s'éloignent plus de la marque stylée, comme FastCheck.com, ont décelé le besoin énorme d'avoir de l'information polyglotte en ligne sur les voyages, et offrent des renseignements de base sur une gamme vertigineuse de destinations mondiales et dans un éventail de langues.

Le monde des guides de voyages en ligne de qualité, fiables et simples d'utilisation vient juste de s'ouvrir, mais il va sans dire que de plus en plus de gens y pensent à deux fois avant de débourser 20 euros (17£) pour un guide flambant neuf qui a déjà six mois avant d'atteindre les étagères du libraire. Mobile Europe a parlé, et ils exigent de leur guide de voyage plus qu'un simple itinéraire pour se rendre à la gare. Qui sait, peut-être que la prochaine fois que l'Islande fait sauter son sommet, nous serons tous un petit peu plus préparés à prendre des vacances prolongées forcées ?

Photo: ©hydrogeno; Baptiste Pons; et lisez son blog (en espagnol ici/ avec la contribution de Flickr