Les Gays en lituanie : « un pas en avant, deux en arrière » (partie 2)

Article publié le 3 janvier 2014
Article publié le 3 janvier 2014

Dans un pays où 80% des gens se disent catholiques, l’influence de l’église est considérable sur la condition des homosexuels en Lituanie. « L’année dernière, l’Église a appelé les facultés de médecine à deux reprises d’arrêter l’enseignement de la FIV (fécondation in vitro, ndlr) et de l’avortement », selon Marija Pavilionienė, professeur et féministe. De plus, des représentants de l’église se retrouvent régulièrement sur les tribunes du Parlement pour se mêler dans les discussions éthiques. « Lors des élections de 2008 certaines églises ont collé des affiches sur leurs murs avec une liste noire d’hommes et de femmes politiques pour lesquels il ne faudrait pas voter. Mon nom figurait bien sûr sur la liste », ajoute Pavilionienė. « C’est complètement illégal. C’est un pays où la séparation de l’église et de l’État existe ! » 

Principe de non-discrimination

Force est de constater que les médias ne font pas avancer les choses. Quasiment tous sont ouvertement anti-gays. « Ils raillent même l’homosexualité et emploient un ton vulgaire, estime Pavilionienė. Cela leur permet d’attirer des lecteurs. » Une attitude qui est confirmée par Mindaugas Jackevičius, journaliste auprès du site d’informationDelfi : « En général, la façon dont les médias parlent des homosexuels est bourrée de stéréotypes et de menaces imaginaires comme quoi ils représentent un danger pour les valeurs de famille traditionnelle ». Aussi, le jean de Gražulis (confère première partie de notre reportage, ndlr) a été plutôt apprécié par les médias. Seul Delfi a condamné son geste, en soulignant que Grazulis représentait « une honte pour la Lituanie », raconte Jackevičius. Simonko rappelle que « la Lituanie est proche de la Russie. Là-bas, il existe une véritable hystérie par rapport à l’homosexualité. En Lituanie nous captons aussi beaucoup de chaînes russophones, c’est une langue habituelle ici. Du coup, on entend très peu de voix positives », déplore-t-il.

Que peut faire l’Europe pour la Lituanie pays membre de l’UE depuis 2004 ? Le principe de non-discrimination est un élément important de la législation européenne. Le Traité européen ainsi que la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne rejettent la discrimination pour des raisons d’orientation sexuelle. Malgré cela, les droits des homosexuels ne semblent pas aller dans le bon sens.

Dans ce contexte, le militant Juris Lavrikovs estime que l’UE est « aveugle » face à l’homophobie en Lituanie. Dans une tribune publiée dans EUobserver, il déplore que l’UE ne dispose ni des instruments légaux pour appeler les pays concernés à l’ordre, ni d’une stratégie réelle pour les États membres, tandis qu’une stratégie de ce type existe bel et bien pour des pays tiers. Simonko le regrette aussi : « j’ai eu un entretien avec Viviane Reding (la Commissaire européenne à la Justice et à la Citoyenneté, nda]) il y a deux ans. Elle m’avait promis de suivre de près la situation en Lituanie, mais elle ne prend pas d’action ». En amont du sommet européen pour le Partenariat Oriental, tenu fin novembre à Vilnius, l’UE a, sous la présidence lituanienne, exercée des pressions sur l’Ukraine afin de combattre la discrimination dont faisait l’objet les homosexuels du pays. Pourtant, la situation en Lituanie n’est guère meilleure. 

L’attitude de la Lituanie est « hypocrite » 

C’est seulement en octobre 2013 que le gouvernement a renoncé à résister contre la directive anti-discrimination de l’UE qui date de 2008 et qui complète la législation déjà en place. Ces trois dernières années, la Lituanie s’y était opposée, mais compte tenu de sa présidence de l’UE, le pays pouvait difficilement maintenir cette position. « C’est de l’hypocrisie », estime Simonko. Et Gražulis, il en pense quoi ? Pour lui, l’UE est la source du mal : c’est elle qui « nous dicte l’homosexualité » et qui « vole les âmes de nos gens. LUE finira par s’effondrer à cause de cela, c’est juste une question de temps ».

Lire la première partie notre reportage ici

Tous propos recueillis par Judith Sinnige