Les frontières changent, l'Europe reste

Article publié le 26 mai 2008
Publié par la communauté
Article publié le 26 mai 2008
Comme l'utopie, sa grande sœur, l'uchronie ou " temps qui n'existe pas", s'amuse à refaire des mondes non pas parfaits, mais différents. Rien de plus simple; prenez un évènement, et altérez le: que se serait-il passé si Hitler avait gagné la guerre ?, si Napoléon n'avait pas vendu la Louisiane ? , si Louis XVI avait eut plus de fermeté....
un exercice qui permet de contempler l'histoire européenne sous un tout autre regard...

S'amusant à faire dérailler l'histoire, l'uchronie est très souvent emmenée à s'intéresser à l'histoire de l'Europe, celle des ses frontières, de ses désunions et de son unité.

Un exercice périlleux...qui reflète les opinions contemporaines

Niall fergusson, historien britannique, vous expliquera ainsi dans son essai virtual history qu'une victoire de l'Allemagne durant la première guerre mondiale aurait donné naissance à la première "Union Européenne". En réalité, sous cette appellation, il décrit volontairement une zone de libre échange précoce, sous domination politique prussienne.

On ne s'étonnera pas de savoir que cet auteur n'est pas précisément connu pour ses sympathies européennes. Tous les autres "essais" de l'ouvrage sont dans le même esprit qui le font ressembler à une (improbable) version "intellectuelle" de publications europhobes telles que Le Sun.

Michel Tournier, germanophile pratiquant ( contrairement à M. Fergusson) conclu (en faisant de l'uchronie sans le savoir ?) qu'une victoire de l'Allemagne aurait effectivement évité un Hitler...mais le revanchisme français en aurait produit un autre.

Ce faisant, l'ecrivain français aborde l'axe franco-allemand, central dans l'identité européenne depuis Charlemagne ( et qui pour cette même raison à été nié par le conservateur britannique), en lui donnant toute sa place. Pas d'Europe et pas de paix sans réconciliation.

Des Unions Européennes alternatives

Hors d'Europe, c'est un Canadien Anglophone, Randy Mac Donald, qui décrit une confédération Européenne précoce, dès les années 60. Le point de divergence de départ parait être non pas un évènement humain mais la modification d'une variable démographique : le taux de natalité français, plus important, surtout dans le sud, que celui que nous avons connu.

Ce fait accroit légèrement la présence française dans le monde, à travers ses colonies d'Amérique . il s'ensuit une modification subtile de l'histoire moderne, à la fois proche et différente de la notre. A l'orée des années 60 , suite à la CECA, Degaulle va plus loin en proposant à l'Allemagne ( ou plutôt aux états allemands) une union plus étroite que celle de notre traité de l'Elysé à travers un "combinat", véritable fusion bi nationale. La guerre civile qui suit en URSS ouvre la voie à la libération de la Pologne et à la poursuite de l'unification. Mais ce ne sera qu'après un conflit nucléaire mondial sino-américain à l'orée des années 80 que les Européens seront poussés à créer une véritable confédération.

Sur le site Utopia uchronia, le plus prolifique site ( à ma connaissance) de créations d'uchronies européennes ( en langue italienne, mais aussi en français et en espagnol) se penche sur plusieurs points de divergences concernant l'unité Européenne.

Si certaines sont de purs exercices improbables ( comme le royaume anglo-français, qui spécule sur une véritable proposition faite pas Guy Mollet à son Homologue britannique dans les années 50, ou encore sur une l'Europe de l'ouest intégrant le COMECON dans l'après-guerre ), une autre reprend une occasion manquée, celle de la Communauté Européenne de Défense ( CED).

Dans cette Uchronie, la CED n'est pas rejetée au parlement Français par une alliance de circonstance Communisto-gaulliste et une armée Européenne est crée. Abandonnée par Degaulle, elle est réintégrée par Pompidou avec, en prime, la force de dissuasion nucléaire française au service de la CED, puis sa progressive émancipation de l'OTAN, en même temps que son rôle croissant sur la scène mondiale, depuis la guerre du golfe jusqu'à la guerre en Irak, au service cette fois de la paix.

Ces uchronies posent d'autres questions sur l'unité Européenne, à travers " patria Europa" postulant une guerre froide qui s'arrête prématurément en 1949, ou une absence de plan Marshall, confrontant dans les deux cas l'Europe à son propre sort ( et à son organisation nécessaire) et mettant en lumière des catalyseurs ou obstacles historiques

Bref, l'uchronie permet de reconsidérer l'histoire de l'unification de l'Europe...mais aussi son identité apparente: les réalités nationales. En effet, en remontant dans le temps ( en général, à l'empire romain), les frontières des états, mais aussi les frontières linguistiques et culturelles changent régulièrement.

L'intangibilité des nations

Si l'histoire rend ces frontières bien fluctuantes, l'uchronie met en évidence leur contingence.

il suffit ainsi d'un empereur romain poussant les conquête quelques centaines de kilomètres plus avant au cœur de l'Europe Romangrowth.jpg

EurolinguaSM.jpg

XL-Europe.jpg et les frontières linguistiques s'en trouvent subtilement modifiées. Le visage contemporain de l'Europe et les frontières des états se mettent à valser encore une fois. Futile me direz vous ?

Et bien le mois dernier, une autre "pays" est apparu en Europe, avec l'indépendance du kosovo ( non reconnu par l'Espagne pour des raison evidentes). La Belgique vient de passer six mois sans gouvernement, toujours pas très loin de la partition, quant à l'écosse, elle envisage de se prononcer bientôt par référendum sur son retrait du royaume uni...

Essayez de vous souvenir de cet article lorsque vous regarderez la carte de l'Europe dans vingt ans.

La devise de l'UE, Unis dans la diversité, arrive au bon moment.

Liens

Http://ib.frath.net/w/Main_Page

http://www.ahtg.net/TpA/directory.html

http://www.ahtg.net/TpA/eurcon.html

http://xoomer.alice.it/fmboschetto/Fanta_CED.htm