Les Fabriques de Nichi Vendola ou les citoyens libertaires

Article publié le 12 mars 2012
Article publié le 12 mars 2012
La Gauche écologie et liberté, le parti de Nichi Vendola qui depuis les Pouilles a entamé la remonté de la Botte jusqu’à parvenir à conquérir Milan et Cagliari avec deux candidats au poste de maire, exporte à l’étranger le phénomène des Fabriques de Nichi.
Le projet, naît pour soutenir la campagne électorale du président de la région des Pouilles, est devenu un nouveau moyen pour donner envie aux jeunes de participer activement à la vie politique du pays, sans les obliger à prendre la carte du parti.

Les Fabriques de Nichi sont « un espace différent, actif et créatif », créés par des volontaires dans « un lieu fonctionnel, accueillant, si possible visible et ouvert à tous ». Nait comme un phénomène spécifiquement lié au territoire des Pouilles, les fabriques ont « colonisé » pratiquement toutes les villes italiennes (le compteur du site en signale 604) et ont fini par franchir les frontières nationales en parvenant à s’installer à Londres, Paris, Madrid, Athènes, Moscou et même jusqu’à Bangkok.

Pour créer une Fabrique il suffit d’identifier un siège, public ou privé, réunir un groupe de volontaires et de communiquer à la Fabrique zéro de Bari, le nom, prénom et les contacts d’une personne référent choisie. Les contacts du référent seront alors publiés sur la carte du site et rendus disponibles à toutes les personnes intéressées. Malheureusement, on se rendra bien vite compte, qu’indépendamment du lieu depuis lequel on tentera de rentrer en contact, que ce soit à Paris ou à Rome, peu nombreuses seront les entreprises plus complexes que celle d’obtenir une réponse au mail, tenter d’entrer en contact via téléphone, réussir à communiquer personnellement avec un responsable de Fabrique, si ce n’est par le biais de Facebook, ou pire, trouver quelqu’un à l’adresse indiquée sur Internet.

Profitant seulement de ce don d’ubiquité, nous en avons profité pour nous rendre à la Fabrique de Paris et à celle de Madrid. Mais dans le premier cas nous nous sommes retrouvés devant un domicile privé, où, en demandant aux voisins s’ils avaient connaissance de l’existence d’une association politico-culturelle italienne dans le coin, l’on nous a répondu en faisant les gros yeux et en secouant la tête. Plusieurs semaines plus tard, un message de la responsable de la Fabrique parisienne a levé le mystère : « la Fabrique parisienne se trouve dans la plus totale léthargie. Quelques jeunes sont repartis en Italie et tout s’est arrêté depuis. »

Un peu plus de chance du côté de Madrid où nous avons été redirigés vers le Pepa Tencha, un établissement géré par des Italiens dans lequel pendant un temps, l’un des membres organisait des rencontres. Mais à s’en tenir à ce qu’en dit le propriétaire, les réunions ne se tiennent plus à présent. Pis il ne saurait même pas dire si elles se déroulent ailleurs…

Nichi lardons.

L’entrée en politique se fait sans intermédiaires

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Pour finir, alors que jusque-là toutes les tentatives pour entrer en contact avec un membre d’une des Fabriques dispersées dans le monde semblaient vaines, il nous parvient un signe. Roberto et Fabio nous répondent. Ce sont respectivement les responsables des Fabriques de Zurich et de Bruxelles. Roberto commence par délimiter les contours de cette nébuleuse de Fabriques fantômes. « Il est probable que de nombreuses Fabriques soient nées de manière un peu impromptue ou qu’elles se soient rapidement éteintes. D’autres sont probablement tout simplement fictives. Je pense que cela est à prendre en compte, ajoute-t-il, vu la manière et les moyens utilisés pour leur fondation. Le revers de la médaille concerne la possibilité donnée à de nombreuses personnes de participer à une activité politique sur le territoire sans intermédiaires, sans hiérarchie et sans avoir besoin d’appartenir à un parti politique. »

Que ce soit la Fabrique de Zurich ou celle de Bruxelles, elles existent depuis plus d’un an et sont nées du désir de quelques citoyens italiens, en majorité des universitaires, de maintenir un rôle actif dans la vie politique de leur pays d’origine « afin de ne pas l’oublier et contribuer à le changer. »

Entièrement autofinancées, hormis les activités culturelles, les Fabriques se réunissent hebdomadairement ou mensuellement pour discuter de thèmes politiques ou de questions organisationnelles. L’an passé, elles se sont mobilisées pour l’organisation des manifestations de Se non ora quando, Il nostro tempo è adesso et A difesa della Costituzione. Mais toutes les Fabriques fonctionnent de la même manière, comme nous avons pu le constater. Pour Fabio comme pour Roberto, les contacts avec les autres Fabriques étrangères « se basent pour l’heure sur des connaissances personnelles. » Zurich est en contact avec la Fabrique de Lausanne, et en ce qui concerne les liens avec les Fabriques italiennes, Bruxelles maintient des rapports avec la fabrique zéro, Milan et Rome.

A la question de savoir si les Fabriques à l’étranger ont été un succès, Fabio répond : « La Fabrique a gagné sa propre autonomie et une certaine visibilité à l’intérieur du panorama bruxellois : en témoignent les divers contacts instaurés avec de multiples associations et l’importante participation aux manifestations organisées durant ces deux dernières années », tandis que pour Roberto : « avec la chute du gouvernement de Silvio Berlusconi, les visées participatives sont moins grandes mais la qualité des débats en interne s’est améliorée. »

Aux lecteurs nous demandons donc : est-ce vraiment un succès pour les jeunes italiens que de continuer à proposer les mêmes schémas politiques ? Le mélange entre politique, jeunes et Europe n’est-il pas l’occasion d’en sortir une bonne fois pour toute ?

Photos : Une et Texte © Fabrique de Nichi à Terni/Facebook; Vidéo: nichivendola/YouTube