Les expats et les élections espagnoles : « Miser sur un chef de crise »

Article publié le 25 juin 2016
Article publié le 25 juin 2016

Environ 2 300 000 Espagnols votent depuis l'étranger. À la veille des élections générales, nous avons recueilli l'avis de quelques espagnols résidants en Amérique latine et leur vision si particulière de la politique espagnole.

Dans la rue le désaccord se fait sentir, et ils ne sont pas peu nombreux ceux qui reconnaissent ne pas avoir de prévision solide sur ce qu'il passera le 26 juin pour le bis repetita des élections parlementaires espagnoles. Il y a beaucoup de versions et peu de certitudes. Les experts économiques sont ceux qui démontrent une position plus claire, en affirmant que l'Espagne met en jeu bien plus qu'un chef de gouvernement, puisque le futur du pays est plongé dans des questions aux réponses difficiles et met en échec la récupération financière encore faible.

Ce contexte d'incertitude se vit aussi à l'étranger, où des milliers d'Espagnols attendent avec expectative l'appel aux urnes. Depuis l'éclatement de la bulle financière en 2008, le nombre d'Espagnols vivant à l'étranger s'élève déjà à 2,3 millions, selon les chiffres du Recensement des Espagnol en Résidence à l'Etranger (PERE). Des 2 305 030 Espagnols enregistrés dans l'Institut National de Statistique comme émigrants à l'étranger, 1 454 424 vivent en Amérique et 775 785 en Europe. Sur la base de ces données, connaître la réalité des expatriés en Amérique se révèle être une nécessité fondamentale pour comprendre la situation globale des Espagnols qui voteront depuis l'étranger.

Pour connaître de première main quelle est la réalité de ce groupe, nous avons interviewé des expatriés établis en Uruguay, au Pérou et au Chili. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent de leur pays, ce groupe est dans l'expectative face à la journée qui pourrait retourner la réalité politico-sociale du pays qui est le leur.

Histoires d’expatriés

Au moment de voter, le collectif Marea Granate a mis à nouveau en évidence le parcours d'obstacles de beaucoup d'expatriés pour obtenir des informations sur le processus de vote et affirment que les courtes périodes d'enregistrement font que le suffrage depuis l'étranger s'avère souvent une odyssée. Fátima, une Espagnole de 26 ans résidant en Uruguay, est un bon exemple. D'après ce qu'elle explique, la première fois qu'elle a décidé d'exercer son droit de vote elle n'a pas pu le faire car son inscription n'a pu se faire dans les délais établis par les autorités consulaires.

Marián, qui a un peu plus d'expérience après deux ans de travail à Montevideo, soutient que les informations concernant les processus de vote sont claires, au moins beaucoup plus que la situation politique actuelle dans son pays d'origine. D'après elle, elle a la chance de gagner sa vie grâce à ce qu'elle a étudié, même si pour y arriver elle a dû prendre le large. Elle se sait aussi chanceuse de faire partie des rares personnes de sa promotion qui ont pu échapper à la crise. À la question de savoir si son retour en Espagne dépendra du résultat électoral le 26 juin prochain, elle répond catégoriquement : « Si le parti gagnant marque un virage à 180 degrés aux critères politiques régnants jusqu'à présent, j'envisagerais de rester ici définitivement ».

Enrique est un autre des Espagnols qui durant la crise a fait ses valises pour aller s'installer en Amérique Latine, plus précisément au Pérou, depuis 5 ans déjà. Dans son cas, il n'a pas eu à partir à la recherche de meilleures occasions professionnelles, puisqu'il est arrivé dans le pays andin en tant qu'ingénieur dans une entreprise d'énergies renouvelables. Marié avec une Péruvienne et avec travail stable, il reconnaît que retourner en Espagne ne fait pas partie de ses plans à court et moyen terme, bien qu'il insiste sur le fait que le 26 il votera ce qu'il considère le mieux pour son pays : « Bien qu'avec la distance, et après tant de temps passé si loin, il est inévitable d'être un peu à l'écart, l'important taux de chômage des jeunes me préoccupe particulièrement. C'est pourquoi, le jour des élections, je miserai sur un chef qui a la capacité de conduire le pays loin de l'instabilité dérivée de la crise ».

Eduardo vit actuellement au Chili et était affecté jusqu'à récemment en Colombie en tant qu'ingénieur en télécommunications pour une entreprise espagnole. Bien qu'il vive depuis environ dix ans à l'étranger, il voyage à Madrid tous les six mois. Il souligne le scepticisme et la méfiance envers les partis politiques émergents : « Je soutiens la fin du bipartisme, mais l'Espagne ne s'est pas complètement remise de la crise et avec tant de gens qui souffrent, je ne crois pas qu'il y ait de la place pour l'improvisation. En ce moment, le pays a besoin de politiciens avec expérience. Il y aura tout le temps pour innover quand il se sera complètement remis ».

Ce 26 juin ne sera pas un jour de plus pour ces expatriés. À distance, l'égoïsme n'a pas de place dans la pensée de ce groupe d'électeurs qui, avec leurs corps en Amérique Latine mais leurs coeurs en Espagne, promettent de voter consciencieusement, en pensant toujours à ce qui est le mieux pour leur pays.