Les Etats-Unis, au présent et pour l'avenir

Article publié le 5 mai 2003
Publié par la communauté
Article publié le 5 mai 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un enseignement est à tirer de la crise irakienne : le monde a besoin d'une alliance nouvelle et plus puissante entre les Etats-Unis d'Amérique et les Etats-Unis d'Europe.

Certains soutiennent, à l’intérieur et l’extérieur de la Convention sur le futur de l’Union, que la politique internationale européenne sera anti-américaine ou ne sera pas. En réalité la crise irakienne rend fausse de manière plus que convaincante cette thèse, mais permet aussi d’affirmer avec plus de force qu’aucune politique extérieure commune n’est possible sur la base d’une opposition (ou d’un balancement, pour utiliser une expression de Romano Prodi) entre l’UE et les Etats-Unis d’Amérique.

D’autres ont écrit que la guerre en Irak a divisé l’Europe et uni les Européens. Mais une opinion publique de masse est telle lorsqu’elle se nourrit de connaissance et de débat. Elle se forme uniquement lorsqu’elle s’informe. Les manifestations pacifiques n’ont peut-être été qu’une réaction par défaut, mode d’action de celui qui craint instinctivement la guerre (de manière totalement compréhensible), une réaction pré- politique, typique d’un espace public européen qui réclame information, discussion, et vérité. Les Européens criaient « PACE, PAIX, PEACE, PAZ », mais demandaient seulement à pouvoir comprendre et savoir, plus et mieux, à s’exprimer réellement d’une seule langue.

Pendant qu’à Bruxelles on discute, l’Histoire avance inéxorablement

La politique ou les politiques européennes sur la question irakienne ont été dominées par deux tendances et par une position intermédiaire et éphémère.

La ligne franco-allemande (et belge) a objectivement incarné les espoirs et les humeurs du soi-disant peuple de la paix. Ces pays n’ont pas hésité à chercher la confrontation à l’égard de l’administration Bush.

Le Royaume Uni, l’Espagne, et les anciens pays communistes ont au contraire, et avec différents objectifs, préféré participer ou donner leur soutien à la coalition qui se préparait à libérer l’Irak de la dictature de Saddam Hussein.

Enfin, isolée, la ligne du gouvernement italien : une hésitation non belligérante entre fidélité atlantique, foi dans le Vatican, et dépendance à l’égard de la rue, génératrice des pires désastres de la politique externe italienne, du premier conflit mondial jusqu’à aujourd’hui.

Le résultat a été l’échec de la PESC. L’impossibilité non seulement de parvenir à une position commune, alternative à celle de départ, mais aussi de trouver le plus banal des compromis, si ce n’est sur des phrases rhétoriques et dépourvues de signification politique. C’est peut-être « politiquement incorrect » à écrire, mais pendant que l’on discutait et se comptait à Bruxelles, l’Histoire allait inexorablement de l’avant. Avec la libération et les morts de Bagdad. Avec les espoirs et les humeurs du monde arabe. Avec la puissance invincible et les erreurs inévitables de l’armée américaine. Avec les réflexions et les ambitions des think tanks néo-conservateurs américains. Avec le hiatus toujours plus rude entre le poids économique de l’Europe et son inexistence politique.

Nouvelle frontière euroméditérranéenne

La grande question posée par les américains en Irak n’est pas celle du désarmement, enterrée avant les inspecteurs « héros » de l’ONU et les destructions de masse. Le grand problème n’est pas celui de l’impérialisme militaire américain. Problème que l’Europe ne pourra régler autrement qu’en transformant ses dépenses sociales en dépenses militaires, paradoxe vraiment curieux pour qui se réclame pacifiste au nom de l’anti-impérialisme. La question de fond n’est pas le « droit international » que les uns et les autres brandissent (enseignement d’Hobbes!) comme une arme selon les opportunités du moment : l’ONU n’est pas à réformer en raison des Etats-Unis, mais parce que 60% de ses membres ne sont pas démocratiques et violent son esprit fondateur chaque jour qui passe.

Les Etats-Unis ont posé au Monde et à l’Europe la question de l’ouverture d’une nouvelle phase de démocratisation planétaire. Une nouvelle démocratisation après celle de l’après guerre, de la décolonisation, et de l’après guerre froide. Mais pendant que les Américains parlent de démocratiser le Moyen-Orient, en Europe, la Politique Agricole Commune (PAC) se maintient, et se dresse une nouvelle frontière méridionale, dont le nom de Partenariat euro-méditerannéen sonne comme un euphémisme.

Avant-garde non violente pour la libération de milliards d’hommes

L’option anti-américaine refuse de voir les avantages pour l’Europe d’un processus accéléré et effectif de démocratisation des pays des rives méridionales de la Méditerranée. Elle pousse à la création d’un noyau dur d’états pour la politique extérieure commune, dominé par l’axe rhénan et destiné à être un amplificateur plus grand encore des intérêts nationaux. Et elle pousse l’Europe (comme la crise irakienne nous l’a enseigné) hors de l’Histoire.

Il n’est pas besoin d’une Amérique différente, mais d’une Europe différente. Les Etats-Unis que nous avons sont ceux qui entendent exporter la démocratie et défendre leurs propres intérêts dans le monde sans renoncer à l’utilisation des armes. Les Etats-Unis dont nous avons besoin sont les Etats-Unis d’Europe, acteurs des processus de démocratisation, capables de développer des moyens et des politiques non violents, capables de se transformer d’arrière-garde militaire du monde occidental en avant-garde non violente pour la libération des milliards d’hommes et de femmes oppressés par des régimes que notre bien aimée « communauté internationale » continue de financer.

Tout ne sera possible que si l’Europe s’unit et recommence à parler avec l’Amérique. Seulement si la fin de la guerre froide pousse quelques uns à une mise au point et à une intégration toujours plus étroite entre l’Europe et l’Alliance atlantique.