Les élections en Irak : une victoire pour la démocratie ?

Article publié le 31 janvier 2005
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Article publié le 31 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La poursuite des violences et l'instabilité en Irak augurent mal d'un avenir démocratique. Le succès ou l’échec des élections du 30 janvier pèsera beaucoup.

Quand elles fonctionnent parfaitement, les élections dans les régimes en transition transforment la compétition pour le pouvoir politique et permettent de faire évoluer favorablement une situation bloquée. La paix et l'ordre remplacent la violence et le désordre et les élites comme les masses reconnaissent les avantages du partage du pouvoir et de la participation au jeu politique selon les règles justes de la compétition électorale.

L'élection de l'Assemblée Nationale ce 30 janvier en Irak a peu de chances de produire de tels résultats. Il y a tout simplement trop peu d'intérêts convergents entre les différents acteurs, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

La réalité déformée

La seconde administration Bush veut une élection qu'elle peut vendre comme un succès pour démontrer les progrès de la croisade de Bush pour la démocratisation du Moyen-Orient. Cela irait aussi dans le sens de la stratégie des néo-conservateurs qui veulent assurer la sécurité d'Israel ainsi que des entreprises américaines dans la région. Mais étant donné la force de l'insurrection dans le triangle Sunnite et le boycott des élections par les leaders des partis arabes Sunnites il sera difficile d'en faire une victoire pour la démocratie. L'insécurité, le manque de bureaux de vote dans certaines régions, l'absence d'observateurs internationaux et des dépenses de campagnes non contrôlées promettent de mauvaises élections.

Attirer l'attention des médias sur la participation plutôt que sur la liberté et l'honnêteté du scrutin est une pratique courante à Washington depuis des années. De l'élection présidentielle de 1967 dans le Vietnam du Sud à l'élection présidentielle de 2004 en Afghanistan, la participation a toujours été le critère de succès. Cependant, l'inquiétude que la participation en Irak soit trop faible ou concentrée dans trop peu de régions pour en faire un succès est mise en évidence par les efforts de l'administration pour mettre la barre très bas. Ainsi permettre une élection quelconque dans un climat de violence peut être annoncé comme une victoire pour la démocratie le 31 janvier. Si c'est l'interprétation de Washington, ce sera probablement aussi celle de Londres et de Rome à cause des armées que ces pays ont déployées en Iraq.

Mais les alliés ne sont pas les seuls à avoir des intérêts politiques en Iraq. Le Gouvernement intérimaire Irakien veut que ces élections soient considérées comme un succès pour lui donner une partie de la légitimité qui lui a été refusée lors du hâtif transfert de souveraineté le 28 juin 2004. Pour les hommes politiques irakiens exilés qui ont collaboré le plus ouvertement lors de l'occupation cette légitimité est très importante car ils ont peu de soutien à l'intérieur du pays. Ils souhaitent donc le maintien des forces de la Coalition essentiellement pour les protéger de violentes représailles plutôt que pour établir une démocratie. En même temps les religieux fondamentalistes chiites qui ont mobilisé la majorité arabe chiite ont dans ces élections un intérêt totalement pratique : ils veulent une majorité dans la nouvelle assemblée car c'est le plus court chemin vers le pouvoir. Partager ce pouvoir avec leurs agressifs voisins Sunnites est sans doute moins satisfaisant que d'utiliser l'appareil coercitif de l'Etat pour redistribuer l'autorité et les revenus pétroliers pour leur bénéfice. Les leaders Kurdes devraient eux aussi être peu enclins à partager le pouvoir avec les Arabes sunnites. A l'autre extrémité du spectre politique les insurgés bassistes et Arabes sunnites ont clairement intérêt à gêner les élections. On doit s'attendre à ce que chaque coup porté contre les élections soit un triomphe à la fois militaire et en termes de propagande.

L'insistance à organiser ces élections le 30 janvier a mis en lumière le grave tragédie de l'Irak : ce qu'on pourrait gagner est toujours moins important que ce qui est effectivement perdu.