Les électeurs bernés

Article publié le 7 juin 2004
Publié par la communauté
Article publié le 7 juin 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La campagne pour les élections européennes se perd en polémiques nationales et promesses de gascons, et s'essouffle. Une fois de plus, on a raté l’occasion de rendre l’UE plus proche des citoyens.

Lors des campagnes électorales, on politise, on simplifie, on bluffe. Nous y sommes habitués. Et voir tout un programme électoral résumé sur une affiche en quatre mots creux du genre «Meilleur pour le pays» ne nous étonne plus particulièrement. Tout de même, pour l‘ élection du Parlement Européen, cette tendance à la simplification atteint vraiment des sommets. Mais contrairement aux échéances électorales nationales, où on explique bien aux électeurs qui ils vont élire: le Parlement, et pour quel parti on les prie de bien vouloir voter, même cette simple information fait souvent défaut dans la campagne électorale européenne.

«Elections européennes», dit-on simplement. Cela sonne bien, certes, mais en fin de compte, on ne fait pas nécessairement mieux connaître le Parlement Européen, et on explique encore moins que l’Union Européenne est composée de plusieurs institutions. Car enfin, le vote ne porte pas sur l’UE dans son ensemble. On pourra objecter que la campagne électorale n’est pas le lieu d’une campagne d’information sur l’UE. Mais quel moment y serait plus propice?

Dissumuler plutôt qu'informer

L‘élection du Parlement Européen constitue une occasion unique de créer une opinion publique européenne. En l’espace de trois jours, des gens de 25 pays élisent leurs représentants qui siègeront dans une seule et même chambre haute. Mais au lieu de formuler des intérêts européens, de nombreux partis d’Europe font campagne sur des thèmes nationaux. La campagne qu‘ils mènent dissimule volontairement ses véritables enjeux. Ils instrumentalisent l‘élection du Parlement Européen pour marquer des points au niveau national.

Et de fustiger le gouvernement, de marteler des intérêts nationaux. Dans son clip électoral, la CDU montre des gens qui ont perdu leur travail, à cause de la mauvaise politique du gouvernement rouge-vert paraît-il. Mais le fait que les partis siégeant au Parlement Européen ne légifèreront ni sur des réformes du marché de l‘emploi, ni sur les gouvernements des Etats passe à la trappe. Il n’y a pas un mot sur l’Europe. On ne saura pas non plus pourquoi les sociaux-démocrates espagnols (PSOE) veulent entrer au Parlement Européen. "Nos gusta Europa" professent-ils sur leurs affiches. Mais on cherche en vain des professions de foi sur le contenu de leur programme. La protection du consommateur? La politique des transports? La constitution? Seuls les Verts ont une liste de candidats commune à tous les pays membres de l’UE. Les autres partis ne mentionnent même pas la coopération au sein des fractions européennes.

Les citoyens veulent et doivent être informés. L‘enjeu, c’est de renforcer le degré d’acceptation de l’Union Européenne et de créer une opinion publique informée et critique. Mais les partis savent tous que chaque voix compte, qu‘elle ait vraiment été donnée en connaissance de cause ou un peu moins. De leur côté, les citoyens européens déplorent le manque de proximité de la politique européenne et souhaitent plus de transparence. Or non seulement ce genre de campagne y fait obstacle, mais en plus, produit exactement l’effet contraire. S’il y a des raisons de participer à l’élection du Parlement Européen, alors, elles doivent être clairement exposées.

S’il y a des raisons d’élire tel ou tel au parti au Parlement Européen, alors, ces raisons sont européennes.