LES ÉCOLOGISTES OCCUPENT TBILISI

Article publié le 7 novembre 2013
Article publié le 7 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

À Tbilisi, en Géorgie, une ville où le bruit et le trafic infernal vous étourdissent et vous coupent le souffle, des membres de la communauté s’inquiètent des politiques du gouvernement local qui semble vouloir se débarrasser de tous les arbres et espaces verts de la ville. ​

Le 30 septembre 2013 une foule de militants s’est rassemblée en face la principale salle de concert de Tbilisi, demandant l’arrêt de la destruction des espaces verts et parcs publics de leur ville. À Tbilisi, en Géorgie, une ville où le bruit et le trafic infernal peuvent vous étourdir et vous couper le souffle, des membres de la communauté s’inquiètent des politiques du gouvernement local qui semble vouloir se débarrasser de tous les arbres et espaces verts de la ville. Malgré une place bondée de supporters, les militants semblent frustrés et déconcertés. Ils observent un manque d’attention de la part du gouvernement et craignent que les intérêts de ceux  qui vendent les terres l’emportent sur la santé publique et le bien-être général. Au sein du mouvement écologiste en plein essor beaucoup pensent que, malgré les manifestations hebdomadaires et les nombreuses pétitions, le gouvernement ne prend pas leurs revendications au sérieux. Au lieu de cela, les arbres sont abattus à un rythme alarmant à mesure que les terrains publics sont cédés à des compagnies privées pour une bouchée de pain.

UN MOUVEMENT EMMERGE

La vente non réglementée de terrains publics est un problème en Géorgie depuis les années 90. Mais c’est la récente vente d’un terrain près du Turtle Lake de Tbilisi qui a provoqué une intensification inattendue du mouvement écologiste de la ville au cours des dernières semaines, attirant une foule de supporters de plus en plus dense. Selon les habitants, la décision du conseil municipal de vendre ladite zone de loisirs située  dans le quartier de Ciyvebi est illégale. Frappés par les conséquences des décisions du gouvernement sur leur quartier, bon nombre de membres de la communauté - qui n’avaient auparavant jamais été impliqués dans un mouvement environnementaliste – ont commencé à se mobiliser et unir leurs forces avec les membres du Tbilisi’s Guerrilla Gardening group. Après des années d’inaction, les militants ont soudainement adopté la tactique d’Occupy Wall Street, montant des tentes sur les terrains mêmes où les arbres sont rasés pour laisser place à un nouveau restaurant.

Les militants exigent maintenant du gouvernement qu’il établisse un moratoire sur la vente de terrains publics jusqu’à ce que le conseil municipal de Tbilisi examine le caractère légal de ces ventes. Reste à voir si le gouvernement répondra favorablement à cette demande. Selon Erekle Urushadze, un activiste local et représentant de l’ONG Transparency International, peu de mesures effectives ont été prises en dépit du fait que les membres du conseil municipal local aient accepté de les rencontrer à plusieurs reprises. Le Guerrilla Gardening group de la ville espère qu’avec un nombre suffisant de signatures leur pétition force le gouvernement local à s’assoir et écouter. Bien que les militants soient mécontents de l’inaction du gouvernement, l’attitude générale qui prévaut est  de penser qu’il est temps de mettre un terme à la vente effrénée des ressources naturelles. « Il est temps que le gouvernement réalise que le futur de la terre est lié au futur du pays et que les ressources naturelles ne sont pas une marchandise », explique un militant passionné à un groupe d’amis rassemblés devant la salle de concert en attendant de signer la pétition. La confiance des organisateurs dans l’efficacité de la pression effectuée  grandit à mesure que les chiffres du mouvement croissent. « Jusqu’à maintenant, les gens ne réalisaient pas ce qui se passait, ou bien ils ne se sentaient pas concernés », se plaint Nino, étudiant à l’Université de Tbilisi. « Le Conseil municipal ne sera tenu responsable que si un nombre suffisant s’implique. D’ici là, la destruction illégale des arbres et la vente d’espaces verts publics continuera. »

GÉORGIE NATURELLE

Les politiques du précédent gouvernement du Président Mihkail Saakashvili ont été caractérisées par de nombreux changements dans les ministères et un agenda de libre marché débridé. Cet héritage rend le plaidoyer en faveur de la protection des ressources naturelles difficile en Géorgie. Après que des allégations de corruption généralisée aient fait surface en 2011, le Président a ordonné la restructuration complète du ministère de l’Environnement. Au grand dam des écologistes géorgiens, le contrôle des ressources naturelles du pays a été donné au ministère de l’Énergie.  Peu après, le nouveau ministre de l’Énergie et des Ressources Naturelles, Alexandre Khetaguri, a introduit un nouveau système de crédit-bail pour les forêts, qui garantit qu’aucune nouvelle zone protégée ne serait créée en Géorgie, et que tout,  forêts,  lacs et champs, pourrait être cédé à des investisseurs privés. 

La beauté et la diversité de la nature caucasienne, immortalisée par David Attenborough dans son documentaire Wild Russia, (Russie Sauvage, nda), recèle  un potentiel immense pour le développement d’un tourisme durable et d’une recherche scientifique. Selon Giorgi Rajebashvili, un résident de Tbilisi et ancien employé de l’ONG géorgienne Green Alternative – il dirige aujourd’hui sa propre entreprise de tourisme durable – « une forte proportion de la faune et la flore endémiques se concentre dans le Caucase. On y trouve aussi des paysages variés qui vont des forêts et zones humides des montagnes à des zones semi-désertiques, tout comme des populations viables d’espèces en voie de disparition dans le reste de l'Eurasie occidentale. Bien que la Géorgie ne couvre qu’un septième du Caucase, elle regroupe presque tous les types d’habitats et biomes de la région. Plus de deux tiers des espèces du Caucase sont présents sur le sol géorgien, ce qui représente presque 1% des espèces de la planète, animaux et végétaux confondus. »  Cependant, la préservation de cette diversité, est subordonnée à la décision du gouvernement de rendre la conservation prioritaire ; et en raison de leurs proximité géographique avec le pouvoir, la responsabilité de le faire comprendre aux dirigeants est entre les mains des citoyens de Tbilisi.