Les droits sociaux, grands oubliés de la démocratie libérale

Article publié le 15 janvier 2017
Article publié le 15 janvier 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le contexte global actuel laisse peu de place à l'optimisme et les droits sociaux semblent parfois être oubliés. Tous les regards se tournent à présent vers l'élection française - avec la crainte de voir le Front National accéder au pouvoir. La défiance envers les politiques et la mondialisation sont souvent présentées comme les causes du glissement vers l'extrême-droite.

Qu'est-ce que la démocratie ?

Avant d'analyser la relation entre l'absence de droits sociaux et le populisme, il est fondamental de comprendre l'essence de la démocratie. Il ne s'agit pas d'un concept bien défini : il n'existe pas une définition unique de ce qu'est ou devrait être la démocratie. Nous pourrions dire qu'il existe deux grands types de démocraties. D'un côté, il y a les partisans de la démocratie libérale : ceux-ci pensent que la démocratie renvoie principalement à la liberté. Dans ce cas, la démocratie consiste en un pacte social dans lequel l'Etat garantit les droits politiques et civiques. Son rôle est alors minimal, particulièrement en ce qui concerne la gestion de l'économie. De l'autre côté se tiennent les partisans de l'économie sociale : ils défendent une démocratie qui protège les droits sociaux des citoyens - c'est-à-dire tous les droits qui concernent le bien-être. Dans ce cas, la démocratie consiste en un pacte social dans lequel l'Etat assure non seulement le respect des droits politiques et civils, mais également les droits sociaux. 

De la démocratie libérale à la démocratie sociale...

Alors que des préoccupations pour les droits sociaux étaient présentes dans l'élite politique depuis le 19e siècle, il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour voir émerger un large consensus sur l'importance d'un véritable Etat-providence pour le bon fonctionnement de la démocratie. Ce consensus découlait de l'idée largement partagée selon laquelle la montée des inégalités avait nourri le nationalisme qui à son tour avait mené à la pire guerre de tous les temps. En imposant des sanctions contre l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre Mondiale, le Traité de Versailles a miné le développement économique pourtant nécessaire pour reconstruire le pays. Ces sanctions affectaient avant tout les citoyens. Cela a permis sans surprise aux nazis de gagner les élections en 1933. Le peuple souffrait et les nazis offraient une logique claire, le mythe du "coup de couteau dans le dos", et un bouc émissaire pour expliquer les souffrances tout en proposant de restaurer l'économie nationale. En d'autres termes, la violation des droits sociaux a nourri les mouvements anti-démocratiques.

C'est pourquoi, après la Seconde Guerre Mondiale, l'accent a été mis sur l'importance de l'aspect social de la démocratie. Plutôt que d'offrir des droits sociaux fondamentaux à certains groupes de population tels les personnes âgées, les handicapés et les malades, on a étendu ces droits sur la base d'une logique d'assurance. Chaque citoyen devait être assuré contre les possibles coups durs de la vie comme la perte de rémunération due à un chômage soudain ou à une maladie. De même, un salaire minimum et des conditions de travail décentes sont devenus rapidement des droits sociaux basiques. Le résultat de ces politiques a été la diminution des inégalités sociales entre riches et pauvres.

...et retour au départ

Le consensus autour de la protection sociale s'est affaibli pendant la crise économique des années soixante-dix symbolisée par deux chocs pétroliers. L'économie est passée du modèle keynésien au néolibéralisme, sonnant le retour à la démocratie libérale. Depuis ce jour, les politiques néolibérales ont mené à : l'exclusion de la protection sociale, des baisses d'impôts massives pour les plus riches, l'affaiblissement des syndicats, la dérégulation, des privatisations, des délocalisations et la compétition dans les services publics.

Après quatre décennies d'un tel traitement, la croissance économique demeure faible. Pourtant, le coût de ces politiques et réformes néolibérales n'a pas été supporté équitablement par tous ; c'est principalement les classes moyennes et populaires qui en ont payé le prix. Parmi ceux qui ont un emploi stable, beaucoup rencontrent des difficultés croissantes pour joindre les deux bouts. Il y a eu une perte du pouvoir d'achat. Ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un emploi stable, ce qui correspond à une part croissante de la population, doivent se contenter de conditions d'emploi précaires et vivre un déclassement social constant. Tous ont vu leur niveau de vie diminuer. A l'opposé, les classes supérieures qui ont bénéficié de politiques néolibérales comme les réductions d'impôt ont engrangé la grande majorité des profits de cette période. Par conséquent, les inégalités sociales ont explosé, à nouveau.

Tout le monde n'est pas heureux avec la démocratie libérale

La défiance à l'égard des politiques et de la mondialisation est le résultat d'une insatisfaction sociale contre l'état actuel de la démocratie : son aspect libéral. Cette insatisfaction semble cependant avoir été mise de côté par l'élite politique, y compris par les partis de gauche. Ces derniers qui sont censés protéger ceux qui sont le plus dans le besoin semblent être d'accord sur la nécessité d'une gouvernance néolibérale ou du moins n'avoir pas d'autre choix que de l'accepter. Cela a été particulièrement manifeste en France pendant la présidence Hollande et plus récemment, cela a été illustré par l'adoption de mesures d'austérité par le parti grec Syriza. Par suite, une partie de l'électorat déçu se tourne vers des figures politiques plus extrêmes qui offrent des solutions alternatives. C'est là que l'extrémisme émerge.

Pour conclure, les remarques sont de deux ordres. D'une part, le bon fonctionnement de la démocratie est étroitement lié avec les politiques économiques et sociales. Les politiciens, quand ils élaborent ces politiques, devraient garder cela à l'esprit. En prenant en compte seulement les objectifs économiques - et en oubliant du même coup les droits sociaux - ils posent les bases des mouvements populistes. D'autre part, découlant du premier point, la démocratie libérale est peut-être un objectif insaisissable puisque sa nature libérale mine la démocratie lors des périodes de stagnation économique.

Cet article a été initialement publié sur le site officiel de Eyes on Europe. 

* | Eyes On Europe

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