Les deux visages de l’immigration en Europe

Article publié le 23 avril 2006
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Article publié le 23 avril 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Acte unique européen signé en 1986 encourage la libre circulation des travailleurs comme élément constitutif de l’Europe. Vingt ans après, la réalité reste toute autre.

La politique d’immigration européenne a deux visages. Vu de l’extérieur, l’Europe est dans un processus de construction où les obstacles sont difficiles à franchir. De l’intérieur, l’Europe veut être un marché unique où les travailleurs européens circulent librement. Les citoyens des nouveaux états membres auraient donc un pied dans l’UE et l’autre en dehors: s’ils devraient selon toute logique avoir le droit de travailler librement au sein du marché unique, ils sont traités comme des travailleurs extérieurs à l’Europe. Une ambiguïté qui se comprend à travers l’histoire de l’immigration entre Est et Ouest.

1945-1970: Fermeture

Après 1945 débute la Guerre froide: les frontières entre l’Europe de l’ouest et le bloc de l’est se ferment. L’initiative n’est pas seulement le fait de l’ouest qui souhaite prévenir toute immigration économique. Dans les pays communistes, la fermeture des frontières est idéologiquement justifiée comme un moyen de garder la population éloignée des thèses capitalistes. C’est aussi une façon de maintenir les travailleurs à l’intérieur du bloc soviétique, à une période où beaucoup souhaiterait partir chercher une vie meilleure à l’Ouest. Dans ce contexte, les possibilités de voyage sont très limitées et restent réservées à quelques rares privilégiés dotés d’autorisations officielles.

1970-1989: des frontières étanches

Les années 70 amènent avec elles la Charte 77 qui s’accompagne d’une amélioration politique notable à l’Est. On peut plus aisément aller travailler à l’étranger. D'autre part, il existe des liens serrés entre chacun des pays satellites et il devient plus facile de partir à l’Ouest, même si des restrictions continuent à s’appliquer. A la fin des années 80, on assiste à un nouvel amoindrissement de ces restrictions- des passeports sont même fournis aux travailleurs : pourtant la pauvreté économique et la sévérité des lois sur l’immigration en Europe rendent difficile la possibilité de voyager. Dès le début des années 80, de plus en plus de plus d’Etats communistes signent des accords de travail bilatéraux avec des pays d’Europe de l’ouest. Ces accords varient sensiblement : certains sont restreints à des secteurs précis de l’économie, d’autres incluent des clauses de durée, d’autres encore contrôlent le nombre de travailleurs qui entrent via un système de quotas. Toutes ces mesures empêchent un marché du travail libre.

1989-2004: un pas après l’autre

La chute du mur de Berlin n’a pas apporté de soudaine vague migratoire dans l’UE. La récession économique et l’hostilité croissante vis-à-vis des immigrés limitent les possibilités de travailler au sein de l’Union. Malgré le lancement du processus d’intégration des pays d’Europe centrale et orientale, une série d’accords favorisent le statu quo, les habitants de l’Est continuant d’être traités comme des citoyens «non européens». Avec l’élargissement en 2004, les peurs liées à une nouvelle immigration et à un afflux de travailleurs de l’Est ressurgissent. Afin de faciliter l’intégration, Bruxelles a autorisé certains Etats membres à mettre en place des mesures de transition. Selon les accords « 2+3+2» ans, la vieille Europe peut, pendant une durée de sept ans, choisir à quel moment elle souhaite ouvrir ses marchés du travail aux travailleurs de la jeune Europe. Une législation qui a peu de choses en commun avec le marché du travail libre proclamé dans l’Acte unique de 1986. Le traité assure en effet une libre circulation des travailleurs à l’intérieur de l’Union.

2004: la chute des murs

En mai 2006, les anciens Etats membres sont tenus de prendre position sur la question: ils doivent décider si oui ou non ils ouvrent leurs marchés du travail. Un rapport publié en février dernier par la Commission européenne mentionne les effets positifs de l’immigration, et démontrant que le nombre de personnes qui migrent vers les pays ayant d’ores et déjà ouvert leurs frontières –comme la Finlande et le Royaume-Uni- est moindre que ce l’on avait pu craindre. A l’heure du dixième anniversaire de la ratification de l’Acte unique et vu les besoins de travailleurs dans certains domaines particuliers, il ferait économiquement et politiquement sens d’ouvrir les frontières. Malgré ce constat, l’instauration prochaine d’un marché du travail réellement libre en Europe semble improbable. Les Etats membres sont rattrapés par une réalité: le chômage préoccupe tant les électeurs que la classe politique n’aura pas d’autre choix que de continuer à traiter les nouveaux Etats membres comme des «citoyens de seconde classe».