Les défis énergétiques de demain : quelle place pour le nucléaire ?

Article publié le 18 mai 2011
Article publié le 18 mai 2011
Par Marie Verwilghen Malgré les mesures prises au niveau européen et mondial, la consommation en énergie ne cesse d'augmenter. Ce qui inquiète les spécialistes c’est la pression qu’exercera cette croissance sur les prix. Au niveau européen, tous les scénarios envisagés pour pallier à ce défi prévoient tous une nette augmentation de la part du nucléaire. Analyse.

Une demande croissante

« On consommera autant de ressources entre 2008 et 2050, qu’entre 2008 et l’aube de l’humanité », annonce Jean-Louis Tertian, chef du bureau d'anticipation économique de l'institut Européen des Relations Internationales (IERI). Une déclaration qui enfonce un peu une porte ouverte, particulièrement au regard des changements dans les modes de consommation depuis l’aube de l’humanité. Mais l’expression fait mouche.

Bien que l’augmentation de la demande énergétique émane à 93% des pays émergents, non OCDE, l’Union européenne considère toujours la réduction de sa consommation comme l’une de ses priorités. Pour Philip Lowe, Directeur Général de la DG Energie de la Commission européenne, « la réduction de la consommation est le défi le plus difficile à relever».

Même si les Etats respectaient leurs engagements, le scénario ‘réaliste’ envisagé par la Banque Mondiale prévoit une hausse de la consommation d’énergie de 36% sur 25 ans. Ce qui impliquera une forte tension sur les prix, alerte Jean-Louis Tertian. Dans ce contexte, impossible d’envisager un futur sans progression de la part du nucléaire pour la Banque Mondiale. L’accident de Fukushima est venu rappeler les conséquences d’une catastrophe nucléaire et ravive les protestations citoyennes face au développement du nucléaire dans le monde.

Le nucléaire, solution inévitable des défis énergétiques européens?

Les défis énergétiques actuels sont indissociables des défis du réchauffement climatique. Il est nécessaire de réduire la consommation globale, mais aussi de penser une source d’énergie émettant un minimum de gaz à effet de serre. Selon un rapport du « Wolrdwatch Institute » intitulé « L’énergie nucléaire dans un monde post-Fukushima »,« Cette décarbonisation de l’énergie s’obtient à partir de trois ressources énergétiques : le nucléaire, les énergies fossiles avec stockage des émissions et les énergies renouvelables. »

L’énergie nucléaire représente actuellement 25% des ressources énergétiques européennes. Cette proportion est loin d’être marginale mais, selon Yves Lenoir, membre de l’association « Enfants de Tchernobyl Belarus », « Les investissements dans l'éolien croissent de 20 à 30% par an depuis 15 ans. La Chine et les Etats-Unis tirent le marché et s'en disputent le leadership : à eux deux ils devraient avoir un parc éolien compris entre 200 et 300 GW en 2020, soit les 3/4 de la puissance atomique installée à ce jour».

Le Worldwatch Institute estime que l’industrie nucléaire considère à tord que les énergies renouvelables ne constituent pas un concurrent réaliste. Contrairement à ce qu’elle clame, les énergies renouvelables « accroissent la sécurité énergétique et leur fiabilité est plus importante que celle du nucléaire ».

Il apparait probable que l’Europe puisse, à terme, sortir du nucléaire. Cependant, Philip Lowe reconnait que « les pressions de l’industrie nucléaire sur les Etats membres freinent la transition vers un marché unique de l’énergie en Europe, alors qu’il améliorerait la sécurité d’approvisionnement et permettrait le développement des énergies renouvelables en des lieux qui optimiseraient leur rentabilité ».

Selon des chiffres de l’AIEA, 70% du budget de la recherche et développement est consacré au nucléaire. Pour Yves Lenoir « Cette dépense, financée par les contribuables, permet de réduire le prix du kWh atomique de 10 à 20% en moyenne ». La part des énergies renouvelables est elle de 13%.

Mise à jour 23/05 : Rajout photo Centrale de Doel/Maxence Peniguet