Les chroniques de K-Lit, le premier festival européen des blogs littéraires

Article publié le 7 septembre 2012
Article publié le 7 septembre 2012
Les blogs littéraires sont en train de remplacer les cercles d’intellectuels et les revues spécialisées d’autrefois. Leurs capacités à orienter le marché éditorial et les goûts du public des lecteurs font l’objet d’enquêtes et d’études scientifiques. Depuis cette année, un festival leur est dédié.
Soyez les bienvenus à Thiene, une petite ville italienne de seulement 23 000 habitants au pied des Alpes : c’est ici que s’est déroulé K-Lit, le premier festival européen des blogs littéraires.

Thiene, dans la province de Vicence au nord-est de l’Italie, a pendant deux jours été au cœur de cette insolite manifestation culturelle. K-Lit, K se réfère à « key » (clé), métaphore pour évoquer l’accès au monde d’Internet. Morgan Palmas, créateur du festival et agent éditorial dans la vie de tous les jours a volontairement organisé le festival en se basant sur le concept d’un forum en ligne ce qui a permis de mettre en contact les personnes avec les auteurs les plus en vogue du moment, sans qu’il y ait cependant des commentaires à n’en plus finir sur les forums, ni des modérateurs qui font la police ou des pseudonymes derrières lesquels se cacher.

« Il ne s’agira pas de conférences, il ne s’agira pas de monologues. Il s’agira de se rendre comme dans un café littéraire d’autrefois pour avoir des discussions informelles sur les thèmes chauds en rapport avec l’actualité. Tout ceci entrecoupé par des ateliers d’activités artistiques. » (présentation de l’évènement sur le site officiel)

Thiene, les 7 et 8 juillet 2012. Deux journées rythmées par 200 rencontres, sans aucune continuité, simplement basées sur une idée commune où l’enthousiasme était au rendez-vous. Ces rencontres se sont simultanément déroulées autour de sept tables rondes dont les stands et les sujets changeaient toutes les demi-heures. Comme nous l’a expliqué Morgan en personne, l’objectif central de cette manifestation était vraiment celui de faire se rencontrer les gens, « sans leur imposer un programme précis ».

Accès direct à la blogosphère

Les personnes pouvaient ainsi s’insérer et se « déconnecter » à leur guise, comme sur un forum. Celle-ci intervenaient librement, en étant face aux auteurs dont elles ont lu les passages de leurs derniers romans, avec qui aussi elles ont bu une bière ou un capuccino. « Nous avons essayé de créer un environnement où règne un juste équilibre entre l’évènement chic et le divertissement : ne pas simplement mettre les auteurs en vitrine mais faire en sorte que les gens puissent directement les contacter », disait Anna Cassola, une bénévole recrutée presque par hasard par Morgan Palmas pour ce projet.

Dans quelques cas, « les tables rondes » semblaient être le salon privé des petits groupes qui se connaissaient déjà

On avait finalement vraiment le sentiment de se trouver dans une blogosphère en ayant en plus l’avantage d’avoir un contact physique avec beaucoup d’auteurs. Et même les thématiques de nombreux ateliers, comme les problèmes affrontés par les éditeurs, le rapport avec le temps de travail et les copyrights se sont révélés être d’un grand intérêt pour les spécialistes, une fois devenus bloggeurs à plein temps. Le commun des mortels pouvait cependant suivre les rencontres des tables rondes par l’intermédiaire des réseaux sociaux pendant le Printemps arabe ou en flânant tout simplement depuis un restaurant, où il était possible d’écouter les discussions des stands à proximité. Dans quelques cas, « les tables rondes » semblaient être le salon privé des petits groupes qui se connaissaient déjà. Une sensation probablement provoquée par « l’inexpérience » et la nouveauté de l’évènement.

Le public semblait toutefois apprécier. Environ 8000 personnes de tout âge circulaient entre les stands, et tout le monde écoutait les différents blogueurs qui se succédaient. Il pouvait aussi bien s’agir de la célèbre journaliste, de l’écrivaine de drames, ou tout simplement de quelqu’un qui profitait de l’opportunité pour se faire connaître. Puis place à la musique, au théâtre, et aux tables rondes.

Du blog à la grande édition

La majorité des participants à l’évènement se contentait de poser des questions anodines, plus pour profiter de cette belle journée, que pour découvrir cet univers et se prêter au jeu. Mais un nombre considérable de personnes, surtout des jeunes, a démontré un réel et profond intérêt pour les sujets abordés. Et il y avait même ceux qui osaient promouvoir un de leurs produits, ou qui faisaient tout du moins un grand travail de réseautage. Puis il y avait ceux qui prenaient peut être des notes en cachette lorsque les soi-disant professionnels lisaient des extraits de leurs écrits ou encore ceux qui s’improvisaient critiques de longue date lorsque la célèbre écrivaine faisait la critique du best-seller du moment.

Tandis que sur la scène l’heure est aux critiques ouvertes des grands succès éditoriaux du moment (en l’espèce, Twilight), nous avons réussi à approcher une de celle qui « a percé », Barbara Baraldi, qui est passée du blog littéraire à la grande édition. Écrivaine de drame, Barbara fait partie de ceux qui se font tout de suite remarquer par les journalistes. Après avoir gagné le prix Gran Giallo de Catolica, Barbara a commencé sa carrière d’écrivaine professionnelle en publiant son premier roman La ragazza dalle ali di serpenteLa fille aux ailes de serpent ») aux éditions Mondadori et Einaudi. John Black Publishing a par la suite traduit son roman pour le marché anglo-saxon.

« Je pense que comme dans tous les secteurs, on ne peut pas choisir quand faire son entrée en tant que professionnel dans le secteur éditorial. Et ce n’est pas chose facile. » Barbara jure pourtant qu’elle a réussi à ne pas perdre son originalité créative, ni à se faire conditionner par son personnage de « Reine du sombre ». « Il faut beaucoup d’organisation afin de pouvoir conserver sa liberté d’écrivaine. Mais contrairement à ce qu’on dit à propos du sexe féminin, j’ai toujours été une femme accomplie. Et puis j’aime les défis. »

Même si les organisateurs du K-Lit ont manqué leur objectif à savoir réunir 15 000 personnes au festival, ils sont encore dans l’idée de parvenir à rapprocher la culture virtuelle et le public réel. En octobre, la première « Croisière Littéraire » partira de Naples, pour se diriger vers Tunis, Barcelone, Marseille, et Gènes. Qui sait si les blogueurs ne trouveront pas leur inspiration en haute mer.

Photos : (cc) dMad-photo/flickr; vidéo: klitfestival/youtube.