Les bons et les méchants de l'humanitaire

Article publié le 25 janvier 2005
Publié par la communauté
Article publié le 25 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Qui doit intervenir ? Les gouvernements, l’ONU, les ONG ? Voici le bulletin de notes de la solidarité planétaire qui réserve des appréciations sévères, même pour la généreuse Europe.

Le raz-de-marée qui a détruit le Sud Est asiatique a attiré l’attention du grand public sur le déficiences dont est victime le secteur humanitaire telles que la présence de trop nombreux acteurs, chacun guidé par sa propre politique et objectifs.

La bureaucratie de l’ONU absorbe 60% à 70% des dons :

Ce sont les Etats avec des degrés divers de générosité (aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui détient la palme de l’Etat le plus généreux avec un don de 500 millions d’Euros, suivi des Etats-Unis et du Japon) qui assurent le financement. Le problème qui se présente aujourd’hui, déjà apparu dans le passé, est que ces promesses sont difficilement tenues dans leur totalité et uniquement une partie minime des fonds est effectivement allouée. Il suffit de penser à l’effort très limité du G8 d’attribuer 0,7 % du PIB pour la coopération internationale. Il y a de plus maintenant un autre obstacle, c’est l’urgence Tsunami pour les pays donneurs qui se sont engagés à verser 717 millions de dollars aux Nations Unies, une institution bureaucratique très coûteuse qui, selon les analyses, utilise uniquement le 30./. à 40 ./. de ses ressources pour des opérations de coopération internationale atteignant les bénéficiaires directs, c’est-à-dire les victimes. La grande majorité des dons sont absorbés par les coûts de fonctionnement de l’ONU.

Médecins sans Frontières et l’épuisement de la solidarité :

Il existe ensuite le monde hétérogène des Ong, les organisations non gouvernementales, qui est composé de grandes organisations hautement spécialisée tout comme des petites structures adaptées aux réalités locales. Les Ong vivent actuellement une phase de profonde transformation, délaissant un passé essentiellement basé sur le volontariat pour se professionnaliser, se spécialiser tant au point de vue sectoriel que géographique. La majorité d’entre elles dépendent de grands donneurs institutionnels et des gouvernements et seulement quelque unes réussissent à appliquer une politique indépendante pour décider comment et où agir sur les théâtres de l’urgence. Médecins Sans Frontières, par exemple, a annoncé, le 4 janvier dernier, devoir suspendre la récolte de fonds dédiée à la situation d’urgence du Sud Est asiatique car les 38 millions d’Euros récoltés au niveau international étaient largement suffisant pour garantir la poursuite des projets. Beaucoup d’Ong sont en réalité le seul acteur en mesure d’atteindre les bénéficiaires grâce à leur proximité établie avec la société civile des pays touchés et l’expérience et la maturité accumulées au fil des années de terrain.

A la recherche désespérée de coordination

La superposition d’acteurs, le manque de coordination sur le terrain et la présence de trop nombreux fonds non amortis empêche une meilleure efficacité dans les interventions humanitaires. Il n’existe pas de régie internationale capable d’évaluer rapidement les besoins des populations locales, de planifier sur une aire donnée l’intervention humanitaire des différentes Ong. Souvent, le manque de coordination des Ong doit être assumé par les gouvernements des pays touchés, ce qui se traduit par le délai (long) pour concevoir et mettre en place les projets d’intervention. Les organismes spécialisés en opérations d’urgence réalisent en général des interventions standard qui souvent contrastent avec une réalité locale toujours différente et en évolution.

L’Europe ne se distingue pas dans cette jungle des aides humanitaires. Pourtant, Barroso a fait savoir que l’Union européenne (au sens Commission et Etats membres) s'est engagée à offrir 1,5 milliards d’euros, confirmant ainsi la traditionnelle sensibilité européenne aux urgences humanitaires. Le problème est que chaque Etat membre a encore une propre politique de coopération internationale. En effet, mis à part les organes au sein de la Commission, chaque Etat a les moyens et formes compétentes pour répondre aux crises humanitaires, créant ainsi d’ultérieurs fragmentations et dispersions de l’action qui conduisent à un gaspillage. Récemment, quelques exposants politiques, telle la Commissaire européenne des relations extérieures, l’autrichienne Benita Ferrero-Waldner, ont proposé l’institution d’une Protection Civile Européenne. L’extraordinaire mobilisation populaire qui a suivit la catastrophe asiatique démontre la forte sensibilité des citoyens envers les problèmes rencontrés par d’autres peuples. Les fonds récoltés par la société civile ont dépassé, selon les analyses, les réelles nécessités. Cette forte participation populaire devrait stimuler les gouvernements européens et les organisations internationales à faire un effort pour améliorer les capacités de réponse face aux tragédies cycliques qui touchent la planète. Et cette démarche sera possible à partir du moment où une politique de coopération européenne sera véritablement mise en place.