Les Balkans rêvent d'Europe

Article publié le 31 juillet 2006
Article publié le 31 juillet 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Depuis des années, l'UE promet aux Etats de l'ex-Yougoslavie leur adhésion à la communauté. Mais la stabilité des Balkans est mise à mal par les coups de frein de certains hommes politiques.

On ne pouvait pas attendre autre chose de la Commission européenne : en mai dernier elle a publié un rapport révélant que l'élargissement vers l'Est était un «succès économique» tant pour les anciens Etats membres que pour les nouveaux.

Des emplois se sont créés sur l’ensemble du continent, que ce soit à Cracovie ou à Copenhague. La nouvelle Europe avaient déjà profité d'une belle croissance économique avant son adhésion et la vieille Europe ne s'en est pas portée plus mal. En matière d’immigration, aucune fuite des cerveaux n’a été observée du côté des anciens pays de l’Est vers l’Ouest de l’ancien Rideau de fer.

L’Europe se lasse

Pourtant dire que l’euphorie règne en Europe est loin de la vérité. Certes, la quasi-totalité des nations qui ont une frontière commune avec les Etats membres de l’UE font partie de la liste des candidats déclarés ou potentiels. Cependant, une certaine lassitude face à l’élargissement commence à pointer au sein de la population européenne, notamment parmi la classe politique.

A l’occasion des vagues à venir d’agrandissement de la «grande famille» européenne, plusieurs personnalités ont émis le souhait de réaliser des sondages à grande échelle chez les citoyens. Même si d’après de récentes enquêtes, le facteur responsable du rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas serait plus un «ras-le-bol de la mondialisation» qu’un «ras-le-bol de l’élargissement».

A l’instar de certains hommes de droite, l’eurodéputé Elmar Brok, membre du Parti Populaire Européen (PPE), entend privilégier l’instauration de nouvelles formes d’adhésion qu’il qualifie d’«espace économique européen plus», de «partenariat privilégié», ou de «voisinage élargi». En quoi consiste exactement cette intégration de seconde classe? Personne ne le sait réellement.

Overdosede l’UE ?

D’autres politiques souhaitent examiner de plus près la «capacité d’absorption» de l’UE avant d’accepter de nouvelles candidatures. Depuis 1993, les candidats à l’adhésion doivent se conformer aux critères de Copenhague –démocratie, acquis communautaire ou respect de l’Etat de droit- pour pouvoir devenir membres de l’Union. Toutefois, ’élargissement vers l’Est a mis l’UE sous pression. Et la «capacité d’absorption» de l’Union est aujourd’hui remise en question.

Lors du Sommet européen de juin 2006, les chefs d’états et de gouvernement ont chargé la Commission de publier un rapport sur la «capacité d’absorption» de l’UE. Le texte qui doit être publié à l’automne sera débattu en décembre.

Un élargissement cataplasme

La Croatie étant susceptible d’adhérer prochainement aux 25, dans le sillage de la Bulgarie et la Roumanie, le moment semble propice pour les voix qui ne cessent de plaider pour l’extension de l’UE aux Balkans. Pourtant cette ouverture n’est pas sans danger.

Il y a une dizaine d’années, les pays de l’Ex-Yougoslavie étaient déchirés par la guerre et les conflits. La perspective de l’adhésion est devenue pour eux une sorte de «cataplasme», renforçant leur solidarité et les incitant à mettre en oeuvre des réformes. En outre, les habitants de Zagreb ou Belgrade restent sensibles à la richesse des pays membres

Pour Hannes Swoboda, vice-président de la délégation pour les relations avec l'Europe du Sud-Est au Parlement européen, «les gens savent qu’ils doivent faire des efforts pour entrer dans l’UE. Mais leurs efforts ne prennent sens que s’ils peuvent en récolter les fruits avec l’adhésion ». Pour ce député autrichien, la situation pourrait s’inverser rapidement: «Si on élimine cette perspective, on aboutit à une dépression économique et sociale. L’émigration vers d’autres pays européens ne ferait qu’augmenter.»

Angelika Beer, eurodéputée membre des Verts et experte de la sécurité va encore plus loin : «Si nous ôtons à la Macédoine, au Monténégro, à la Serbie, à la Bosnie ou au Kosovo tout espoir d’adhérer un jour à l’UE, nous pouvons déjà préparer les forces d’interposition.» Pour elle, il est de la responsabilité de l’UE de limiter les morcellements ethniques qui pourraient intervenir dans les Balkans suite aux accords de Dayton (1995 – Bosnie) et d’Orhid (2001 – Macédoine).

Une question de moralité

Car la politique d’élargissement n’est pas seulement une question d’intérêts économiques ou de sécurité. Il s’agit de l’extension d’un système de principes et de valeurs. Aujourd’hui, repousser encore l’adhésion des pays des Balkans serait carrèment devenu immoral. Car au-delà du regain d’activité économique lié à l’élargissement à l’Est, il s’agit de la «chance historique» de parvenir enfin à une « réunification de l’Europe».

En clair, les Etats membres ont une sorte de contrainte morale d’accepter les nouveaux candidats, même si une telle ouverture ne correspond pas forcément à leurs intérêts. Une solidarité qui se retrouve au sein des nouveaux Etats de l’est qui encouragent le processus d’adhésion des Balkans. Comme le résume un diplomate bruxellois originaire de la région, «nous ne pouvons tout simplement pas nous faufiler par la porte et la leur claquer au nez».