Les «Anti Européens». Chapitre 1

Article publié le 30 juillet 2009
Publié par la communauté
Article publié le 30 juillet 2009
François ruffinA l'heure ou les Juilletistes et les Aoutistes se croisent sur la nationale 7 des vacances, il serait bon pour nous Parisiens de garder une certaine fraîcheur intellectuelle, même si ce n'est pas les températures faussement estivales qui vont griller nos neurones ! Ainsi, ouvrons nous aussi «nos pages spéciales été» en abordant notre thème muy caliente: les «Anti-européens». Derrière cette étrange appellation, se cachent de nombreuses réalités qui demeurent obscures aux yeux du grand public. Aujourd'hui, attardons nous sur le monde de la presse hexagonale, à propos de la sortie nationale du Journal ,«Fakir» qui a fait son petit effet dans les cercles journalistiques et politiques parisiens.

François Ruffin distribuant le magazine Fakir

Un journaliste atypique et attaqué

Ce journal existe depuis décembre 1999. A l'origine il était édité à Amiens, sous l'impulsion de François Ruffin, qui en froid avec son ancienne école de journalisme avait écrit son fameux livre «Les petits soldats du journalisme », dénonçant principalement les connivences entre journalistes et politiques. Le premier numéro bénéficiant d'une sortie nationale, titré «Le scandale du Super-Marché  Européen» a entrainé une cascade de réactions virulentes. Alors que François Bayrou le qualifie de «torchon populiste», Laurent Joffrin, côté libération, se lamente de voir «des peigne-culs violer les grands principes constitutionnels.

Ils font des enquêtes, vont sur le terrain, recoupent les informations, étayent leurs propos. Bref ils ne respectent aucune des normes en vigueur dans les grands journaux français. Ils enfreignent les lois de la concurrence libre et non faussée. C'est un véritable dumping intellectuel !» Toujours suite à cet émoi collectif, François Fillon voulait créer un délit d'outrage à l'Union Européenne, projet concurrencé par Michel Alliot-Marie qui aurait voulu lancer une enquête pour terrorisme à l'encontre de l'équipe rédactionnel de Fakir ! D'après elle, le «terroriste» Julien Coupat aurait même pris à abonnement ! C'est dire !

Une ligne éditoriale offensive et sans pitié

Mais de quelle hypnose souffre ce journal Fakir pour déclencher de telles réactions ? Appuyons nous sur le numéro 41 pour mieux comprendre. C'est certain, le discours de ce journal demeure très offensif, et ne fait aucun cadeau aux «Eurocrates» de Bruxelles. En effet, tout le monde en prend pour son grade, des lobbies agissant aux différentes personnalités qui ont fait l'histoire de l'Union Européenne. Parmi celles-ci, Jacques Delors, l'ancien président de la commission, accusé d'avoir construit une Europe libérale au détriment d'une Europe sociale prôné par son parti d'affiliation, le parti socialiste. Sa relance de l'Europe «à 140 à l'heure» ne s'est pas faite via les syndicats européens, mais grâce, selon Fakir, à l'ERT, l'European round Table, qui est composée des 45 plus gros «capitaines d'industries.» A un moment clé de l'histoire européenne, «l'homme des Firmes», comme il est présenté est vu comme l'homme responsable du Traité de Maastricht qui a entraîné ceux d'Amsterdam, de Nice, et bientôt celui de Lisbonne. Loin du programme sociale prôné par François Mitterand : «Nous voulons faire une Europe des travailleurs, contre l'Europe marchande, l'Europe des profits, l'Europe des grandes affaires» dit-il sur TF1 le novembre 1978. Pourtant fort de sa politique de rigueur appliquée par le père de Marine Aubry, lorsqu'il été au gouvernement Mitterand, c'est bien la compétitivité de l'UE qui était son obsession, et non le progrès social, toujours selon François Ruffin.

L'UE dans la ligne de mire de Fakir

fakir Après cette focalisation sur les années Delors, tout y passe. Notamment sur L'EAP « society of european affairs professionnal.» Ce représentant de tout les lobbies européens, responsable selon Fakir d'avoir instaurer en UE «la démocratie des lobbies». Est mise en cause notamment une plaque, inauguré par Nicole Fontaine (ancienne présidente du parlement européen) où il est inscrit «C'est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement». Seul hic, le logo du lobby en question est inscrit sur la plaque... Dans un autre article, Fakir dénonce l'élargissent européen comme propice à l'élargissement du «terrain de jeu des multinationales» ainsi qu'à leurs pratiques salariales d'un autre temps. Dans un papier suivant, le journal s'attaque au symbole de l'Europe sociale, la cour européenne de justice, qui ne manifeste pas apparemment suffisamment de zèle pour lutter contre le dumping social. Enfin, dans un dernier essai sur l'histoire de l'Europe, Fakir voit dans la genèse de la CEE la main de l'oncle Sam , à coup de soutien financier en échange de contreparties économiques. C'est à ce propos par exemple qu'une citation du parti travailliste anglais est citée dans l'article, et qui s'exprime dans les termes suivants: «Il n'y a aucun doute sur les objectifs du marché humain. C'est une tentative des organisations capitalistes pour perpétuer l'exploitation à l'échelle européenne.»

Un style qui change du consensus mou ?

Ouf ! On est plus habitué à un tel discours dans les médias. Et effectivement, pour les habitués des affaires européennes, il y a comme un aspect enragé dans le discours de ce journal. Autrefois confiné dans la région picarde, la sortie nationale de ce journal, peu de temps avant les récentes élections européennes a refroidi le politique et le quatrième pouvoir. Ces «anti-européens», ce sont d'abord des citoyens engagés contre la dimension libérale de l'UE, et arbore un discours marxisant, qui s'oppose fatalement à l'actualité européenne. Mais Il existe bien d'autre type d'anti-européens, que nous verrons lors de notre passionnante saga de l'été ! En ce qui concerne Fakir, faites vous votre propre opinion en lisant au mois un article. Ça relancera le débat sur l'UE, puisqu'on s'ennuie depuis les élections !

Pour plus d'infos : Fakir

Crédit photos : Le Monolecte/FlickR et Allison Caterall/FlickR

Henri Lacour