Les « Airbnb pour réfugiés » : tour d'Europe des projets d'accueil

Article publié le 30 septembre 2015
Article publié le 30 septembre 2015

Le flux de migrants en Europe ne cesse de croître. Récemment, 22 000 d'entre eux sont passés par la Hongrie pour aller en Autriche. La plupart souhaite plus que tout rejoindre l'Allemagne. Munich se prépare par conséquent à une autre vague de demandeurs d'asile. Mais les capacités d'hébergement s'amenuisent. Dans toute l'Europe, les citoyens s'organisent pour offrir un toit aux réfugiés.

Après leur arrivée, les migrants trouvent refuge tout d'abord dans des camps. Ce n'est que six semaines plus tard que les communes installent ces demandeurs d'asile dans des logements communautaires. À Munich, à la mi-septembre, 5200 de places seulement étaient libres. Trop peu pour toutes ces personnes venues déposer leurs bagages dans la capitale bavaroise. Spontanément, les autorités ont mis en place de nouveaux camps de fortune. Le parc Olympique fait désormais office d'hébergement. La Bavière exige de la part des autres régions que celles-ci prennent en charge une partie de ses réfugiés. Mais le reste de l'Allemagne fait la sourde oreille. À Munich, on continue de chercher des possibilités de logement.

Politiquement parlant, la question de l'accueil est encore floue. Les autorités sont dépassées et demandent l'aide du gouvernement. Si l'échec des politiques est évident, c'est loin d'être le cas des projets portés par la société civile. De plus en plus d'actions citoyennes sont mises en place dans toute l'Europe afin de fournir rapidement un logement aux réfugiés. Ces projets, souvent apparentés aux « Airbnb pour réfugiés » en raison de leur ressemblance avec le portail de locations en ligne, fonctionnent tous sur le même principe. Des particuliers proposent leur hébergement. Un questionnaire rassemble les informations principales sur les hôtes et les migrants. Les initiatives, pour la plupart des ONG, proposent ensuite un logement.

Avantages pour tous

La médiation a lieu le plus souvent sur une plateforme en ligne. Une des premières d'entre elles a été Refugees-welcome.net, en Allemagne et en Autriche. Ce sont trois étudiants berlinois Golde Ebding, Mareike Geiling et Jonas Kakoschke qui sont à l'origine du site. « Tout a commencé avec l'idée d'offrir la chambre de notre appartement à une personne, qui autrement devrait vivre dans un refuge », explique Jonas dans une vidéo. Les trois compères sont convaincus de l'avantage de partager une vie commune avec un réfugié : « Ils sont logés dans un endroit décent et peuvent se faire plus facilement des amis. On découvre une autre culture et on aide un être humain », peut-on lire sur la page d'accueil.

Pour commencer, chaque personne qui accueille doit répondre à un questionnaire concernant le logement. Par exemple, le nombre de personnes pouvant être hébergées ou les langues qu'elle parle. Refugees-Welcome se met par la suite en relation avec un partenaire de la ville correspondante et recherche un colocataire éventuel parmi les nouveaux arrivants. Après un premier contact s'organise l'emménagement. Le dernier problème reste le financement du loyer. Les initiateurs recommandent d'effectuer des micro-dépenses , dans le cas où les agences ne prennent pas en charge les coûts: « De nombreuses personnes s'engagent à ne dépenser que très peu par mois, entre 3 et 50 euros. »

Jusqu'ici, 176 migrants ont pu être accueillis dans de bonnes conditions grâce au portail. « Le fait d'accueillir des réfugiés dans des appartements ou d'autres habitations est beaucoup plus facile que l'on pense », conclut Golde Ebding. Le « Airbnb pour réfugiés » est un concept qui s'étend dans toute l'Europe. La France a également lancé un projet similaire qui va encore plus loin.

De l'appartement en ville à la ferme en Corse 

L'organisme français SINGA est un mouvement citoyen, explique Guillaume Capelle, un des leaders. Il a été crée en 2012 en vue de rassembler des personnes partageant des intérêts communs. Les réfugiés sont tout autant concernés que les Français : « L'idée, c'est de permettre à ces personnes d'intégrer la société à travers des passions et des projets », étoffe Capelle. « Nous sommes un projet pour un vivre ensemble avec les réfugiés. Ce n'est pas un projet uniquement pour les migrants. Les gens peuvent se rencontrer, ce qui contribue à l'intégration. » SINGA propose de nombeux évènements et projets, que ce soit du yoga, du football ou des cours. Cependant, bien que l'association souhaiterait s'adresser à tous les citoyens, un projet a désormais été créé spécialement pour les réfugiés de France. Celui-ci s'appelle CALM (« Comme à la maison ») et sert d'intermédiaire entre les réfugiés et leurs hôtes. L'idée provient d'une plateforme située en Australie. Capelle raconte : « Là-bas, il y a un organisme qui met en contact des étudiants étrangers avec des familles d'accueil, et à partir de 2012, les demandeurs d'asile ont aussi pu utiliser cette plateforme. » Dès lors, les deux directeurs Capelle et Nathanael Molle ont procédé à la mise en oeuvre de ce projet en France.

CALM demande également que l'on remplisse un formulaire afin d'évaluer les compatibilités. Mais après que les réfugiés ont trouvé un toit, SINGA ne s'arrête pas là : « Il est important que les personnes qui reçoivent un réfugié acquièrent une formation interculturelle », explique Capelle. Cela permet de découvrir une autre culture et de comprendre les expériences traumatisantes de ces migrants. Capelle ajoute : « L'accueil est une porte ouverte à de nombreuses opportunités, comme l'apprentissage d'une langue ou l'accompagnement professionnel ».

Au cours des deux premières semaines, CALM a mis à disposition 60 logements pour les réfugiés. L'hébergement est différent d'un cas à l'autre. Une fois, ce sont des familles, la fois d'après ce sont des personnes seules ou des colocations. « Il y a aussi des personnes qui offrent leur maison secondaire, leur appartement parisien ou leur ferme en Corse », se permet de rappeller Capelle. Pour le moment, l'inscription se fait via un formulaire manuscrit. Mais d'ici la fin de l'année, une plateforme en ligne doit être mise à disposition. « Pour l'instant, tout fonctionne parfaitement. Bientôt, le dispositif sera étendu à la France entière. On va commencer par Lyon, Nantes, Lille et Montpellier », affirme le président, le regard tourné vers l'avenir.

Le monde entier est responsable

Le projet de Sholi Loewenthal, le Britannique de 32 ans, dépasse les frontières de la France ou de l'Europe. Il projette de créer une plateforme internationale pour fournir un endroit où dormir aux réfugiés. « Je suis né à Londres et j'y ai grandi », nous raconte Sholi. Il développe désormais le programme MyRefuge qui doit permettre, par l'intermédiaire d'ONG et d'autorités, de mettre en relation les hébergeurs et les hébergés. Loewenthal rappelle le devoir de chacun d'entre nous : « MyRefuge doit être un moyen pour tout citoyen lambda, de jouer un rôle dans l'aide apportée aux réfugiés. Et cela permet également à des personnes du monde entier d'en être acteurs. Ce n'est pas une bonne chose que l'Europe à elle seule endosse cette responsabilité. Le monde doit travailler ensemble pour sauver des vies humaines ».

MyRefuge a pour but de faciliter la recherche de logement, dès lors que tous les critères sont réunis dans une application : « À l'heure actuelle, il semble y avoir de nombreuses associations désireuses de venir en aide aux migrants ». Un demandeur d'asile doit s'adresser à des organisations diverses. Grâce à la plateforme, un réfugié peut à la fois chercher un logement, vérifier son statut d'asile et demander de l'aide de la part des associations bénévoles. Tous les grands partis du monde entier doivent être interconnectés. Un objectif ambitieux, mais Loewenthal voit en My Refuge un « one stop shop », c'est à dire un endroit qui offre tout le nécessaire. Très prochainement, l'application sera disponible en anglais. Une version arabe et grecque sont également prévues au programme. D'autres langues viendront s'ajouter par la suite. Afin de financer les premières étapes du développement, Loewenthal a ouvert un financement participatif de 1000 livres : « L'argent nous permet de payer les premiers coûts liés au serveur et de promouvoir la conception ». Après 8 jours seulement, le projet sur Indiegogo avait déjà obtenu plus que cette somme. Loewenthal laisse ouvert le financement participatif, car il est reconnaissant de chaque aide financière. Une plateforme mondiale fait bien sûr de l'ombre aux projets à l'échelle nationale, cependant le créateur rassure : « Pour le moment, nous ne travaillons pas directement avec eux, mais nous souhaitons à l'avenir collaborer avec Welcome-refugees.net et d'autres associations ».

Des maires socialistes pour les réfugiés

Retour maintenant au niveau administratif. Il apparaît clairement que les actions citoyennes rayonnent davantage que celles de nos politiques. Cependant, dans un pays européen, ce sont les autorités qui mettent en place un « Airbnb pour réfugiés » – le discours vient d'Espagne. Là-bas, 55 villes ont fusionné au sein d'un réseau afin d'aider les réfugiés. Ada Colau, la maire de Barcelone, est à l'origine de ce projet. Madrid a rejoint le réseau le 29 août, suivie ensuite de Valence. Les membres du comité ont créé une adresse mail et un formulaire en ligne. Les citoyens qui veulent mettre à disposition leur hébergement pour les réfugiés peuvent donc s'inscrire. Les maires veulent « agir contre l'inefficacité des États européens », a t-on déclaré dans la presse. Le réseau, lequel réunit principalement des villes socialistes, se définit par la même occasion comme l'opposition au régime conservateur.

Les citoyens font le boulot de gouvernements incompétents et divisés – est-ce donc ça l'image que l'on donne pour l'aide aux réfugiés ? Ceux qui sont à l'origine de ces initiatives citoyennes sont unanimes sur le fait que seule la synergie des citoyens et du gouvernement mènera au but. « Il est clair que nous avons besoin de décisions politiques plus concrètes, affirme Sholi Loewenthal à Londres. Mais cela ne peut se faire que s'il y a une volonté des citoyens. » L'initiative française se veut diplomatique : « Nous n'avons pas de message politique, nous réfléchissons davantage à la manière dont nous pouvons améliorer notre société ». Guillaume Capelle, le président de SINGA, se donne un objectif ainsi qu'à tous ceux qui viennent en aide aux réfugiés : « Nous souhaitons que le regard que la société porte sur les migrants change radicalement au cours de la prochaine décennie ».

_

Retrouvez l'interview entière avec Guillaume Capelle, directeur de SINGA ici.

Retrouvez l'interview entière avec Sholi Loewenthal, fondateur de MyRefuge ici.

Retrouvez l'article consacré au projet allemand Refugee-Welcome ici