Les 3 premières mesures que Podemos mettrait en place 

Article publié le 17 décembre 2015
Article publié le 17 décembre 2015

Voici en exclusivité pour cafébabel les trois premières mesures que souhaiterait mettre en place Pablo Iglesias Turrión, fondateur du parti citoyen Podemos en Espagne (2014), si son parti était élu aux élections générales dimanche prochain. La surprise ? Ça parle d'Europe.

Modèle productif : Plan National de Transition Énergétique

Ce plan prévoit de dépenser 3,5 milliards d'euros par an voués à l'adaptation des bâtiments habitationnels aux normes d'efficacité énergétique conseillées par l'UE. Il prévoit donc de créer 300 000 emplois la première année. Selon Podemos, il aurait la double vertu de proposer au secteur du BTP une solution de reconversion qui le rende utile et compétitif en Espagne et à l'exportation de ses services. En même temps, il entame l'urgente réduction des importations d'énergie du pays. L'Espagne importe 70% de l'énergie qu'elle consomme (un des taux les plus élevés en Europe et dans le monde pour un pays de sa taille), 80% des énergies fossiles et 90% du charbon qu'elle consomme. Cette dépendance « rend les gains de productivité très volatiles et empêche de développer des stratégies de modèle productif stables et viables à long terme », selon une source proche du parti. Ce plan de transition énergétique prévoit de renverser l'étouffement des industries nationales des énergies renouvelables qui s'est produit depuis 2012. Une question se pose toutefois : comment financer ce plan ? Podemos prévoit de saisir la justice européenne et les tribunaux nationaux qui prévoient de sanctionner les grandes entreprises énergétiques espagnoles pour avoir perçu, à la fin des années 90 et début des anées 2000, 3,5 milliards d'euros en trop au motif « d'aide de transition vers le régime de concurrence ». Le PSOE (Parti socialiste, ndlr) et le Partido Popular (Parti conservateur, ndlr) n'ont jamais exigé de ces grandes multinationales de payer leur dette. 

Si la mesure semble bénéficier du soutien d'une autorité supranationale, reste à savoir la durée des délais pour saisir les cours de justices. Podemos pourrait rapidement se retrouver sous une chape de plomb bureaucratique et ne rien obtenir de la part des entreprises incriminées.  

Institutionnel : interdiction des « revolving doors » (Puertas Giratorias) et création d'un registre de transparence 

Cette mesure s'inspire de la philosophie et de l'expérience dejà développées avec succès dans le cadre des institutions européennes. En clair, elle vise à empêcher les ministres, les députés et leurs assistants de travailler dans les conseils d'administrations des grandes entreprises du secteur dans lequel ils ont occupé leur responsabilité institutionnelle. En même temps, Podemos souhaite instaurer un registre qui clarifie les relations entre les groupes de pression et les hauts fonctionnaires ainsi que les responsables et élus politiques. Ce, dans un souci clair : tacler la corruption et éviter que les relations privilégiées entre certains lobbys et les sphères de prise de décision politique n'interfèrent dans la libre et juste concurrence du marché.

L'initiative semble encore une fois louable, tant les citoyens européens manifestent l'envie d'obtenir plus de transparence de la part de leur représentant politique. En revanche, on a vu très récemment que lutter contre les lobbys financiers et s'atteler à détricoter les affaires de corruption au niveau européen revenait parfois à affronter des moulins à vents. Si elle pourrait aboutir, la mesure prendra du temps. Beaucoup de temps. 

Social : Plan de Sauvetage Citoyen 

Selon Podemos, le temps est venu de « sauver les gens ». Il est temps de distribuer ce qu'ils appellent le « dividende social » : aider les familles, les auto-entrepreneurs, les PME, les chômeurs de longue durée, les chercheurs, les jeunes, les femmes victimes de violences domestiques... Comment ?

Pour les auto-entrepreneurs et les PME, Podemos propose qu'ils ne payent pas la TVA tant qu'ils n'ont pas encaissé les factures, ni de charges sociales tant qu'ils n'ont pas générer de bénéfices. Pour les familles et chaque individu, sera alloué un revenu minimum d'insertion de 600€ par mois. Selon Podemos, il est littéralement impossible de survivre en Espagne en dessous de ce niveau. Pour les travailleurs, le SMI (revenu minimun, ndlr) sera augmenté pour le situer en 2020 à 950€ (il se situe à 658€ aujorud'hui, ndlr). Pour les percepteurs d'aides sociales, Podemos serait prêt à approuver une loi qui obligera les administrations à effectuer les paiments de ces aides sociales avant le paiment des frais élévés des hauts fonctionnaires et de ceux de l'Administration. Pour les femmes victimes de violence domestique (54 ont été assassinées en 2015, ndlr), une garantie habitationnelle pour elles et ses enfants sans même avoir besoin de déposer une demande auprès d'un tribunal. Pour les chercheurs, Podemos entend élever d'ici 2020 les niveaux d'investissement public à 3% du PIB, tel que le recommande l'UE.

C'est la principale mesure d'urgence et peut-être la clef de voûte du programme politique de Podemos. Pourquoi ? Parce qu'elle s'adresse avant tout aux personnes qui ont construit le parti : les citoyens. Augmenter le SMIC d'une telle somme reviendrait à déplacer un grand volume d'argent public d'une place à une autre et Pablo Iglesias n'a toujours pas précisé comment il allait y parvenir. 

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Informations obtenues de la part d'une source proche parmis l'équipe dirigeante de Podemos