L’environnement à la Une en France et en Europe

Article publié le 3 décembre 2008
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Article publié le 3 décembre 2008
Tandis que du 1er au 12 décembre, la ville de Poznań en Pologne accueille les négociations internationales post-Kyoto et un an avant la Conférence de Copenhague (décembre 2009),  qu’est-on concrètement en droit d’attendre en tant que citoyen européen ?

Crédit photo : Commission européenne

Thématique moralisatrice à la mode, phénomène de société ou véritable enjeu sanitaire et sécuritaire, la protection de l’environnement occupe les agendas nationaux et européens. Non contente d’en l’un des chevaux de bataille de son mandat présidentiel, la France entend également rattraper son propre retard par rapport à ses voisins nordiques en replaçant les thématiques écologiques au cœur des politiques urbaines et de l’action collective.

XXIème siècle -

Force est de constater que le réchauffement climatique, l’augmentation des déchets, les pollutions irréversibles s’imposent comme des « vérités qui dérangent », pour reprendre le titre du célèbre documentaire réalisé par l’ancien vice-président américain Al-Gore. Même si nous faisons mine de découvrir les nouveaux signes du réchauffement climatique (augmentation du niveau des mers, pénurie énergétique, dégradation de la qualité de l’air et des sols, etc.), le malaise environnemental n’est pas né aujourd’hui. Outre les prémices physiques de la lente et irréversible déclinaison de notre écosystème – dont certaines associations militantes et la presse sensationnaliste se sont rapidement saisi pour faire grimper leur côte de popularité et insuffler un vent de panique dans l’opinion publique – les rhétoriques de plus en plus alarmistes de nos politiques ont officialisé  l’entrée dans l’ère de la crise environnementale.

Prise de conscience 

Au moins, cela aura-t-il eu le mérite de tirer la sonnette d’alarme. Grand bien s’en fusse ; mais il n’en demeure pas moins étrange que nos voisins finlandais, suédois ou hollandais – pour ne citer qu’eux – aient eu une prise de conscience plus précoce.  A croire que, comme le nuage radioactif de Tchernobyl, la menace environnementale s'était, jusqu’à aujourd’hui, arrêtée aux portes de la France. Si Kyoto et l’inertie américaine ont focalisé l’attention sur les Etats-Unis et en ont fait un bouc émissaire mondial du trou dans la couche d’ozone, les pays d’Europe ont aussi leur lot de responsabilité. Il ne faut pas oublier que la plupart d’entre eux ont – et pour certains continuent – à déverser les déchets des usines dans la mer ou dans les sols, mettant ainsi en danger le réseau trophique et la survie de leur propre espèce.

Désormais, nos décideurs publics décrètent la  « semaines vertes », la « semaine du développement durable » (2-5 avril dernier), la « semaine du recyclage des déchets » (20-30 novembre), la « coupure électrique citoyenne de 5 min», la « semaine du tri sélectif », etc. L’intention est bonne : il s’agit de responsabiliser le citoyen en faisant de la question environnementale un référentiel commun, mais nous sommes tentés de demander « et après ? »

A grandes intentions, petites réalisations

Le « Notre planète brûle et nous ne pouvons plus regarder ailleurs » de Jacques Chirac a certes permis de mettre un slogan derrière une urgence sanitaire mondiale, mais à quand des mesures concrètes qui obligeront les citoyens européens à un comportement plus raisonné ? On a beau dire qu’il ne faut pas tout le temps légiférer sur tout et que l’Etat régalien est dépassé, il ne faut pas non plus trop miser sur le volontarisme et la « conscience verte » de nos concitoyens. Alors, comme le demande de façon très habile Greenpeace à travers un slogan très européen, l’Europe doit agir maintenant, mais « maintenant, c’est quand ? »

Difficile de changer des pratiques ancrées dans nos structures mentales, psychiques, comportementales et … économiques...

Si l’impôt n’est pas la meilleures des solutions, plus particulièrement dans un contexte de crise où les replis individualistes et la grogne font oublier les « gestes utiles », les mesures incitatives semblent être les plus vertueuses et les plus bénéfiques sur le long terme. Nous y avons d’ailleurs cru pendant un temps, en France, avec la « prime aux transports ». Quelle ingénieuse idée, allier employeurs et employés dans la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre en invitant les premiers à proposer des primes salariales  aux seconds. Mais l’espoir s’effondre quand, en octobre dernier, la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale reboute l’initiative (pour que l’Assemblée finisse par l’adopter). On déclame alors, dans un premier temps, la conjoncture financière qui ne permet pas de faire pression sur les patrons à un moment où leurs portefeuilles d’investissements sont menacés ; puis, dans un second temps, on invoque le retour à la normale des prix à la pompe et une urgence moins grande de favoriser les modes alternatifs de transport – l’industrie pétrolière, et les taxes sur l’essence, c’est quand même une sacrée manne financière pour l’Etat. Ce deuxième argument a d’ailleurs fait un tolet auprès des associations de protection de l’environnement : depuis quand les mesures environnementales sont-elles indexées sur la fluctuation du prix du pétrole ? Ceci montre bien que les préoccupations environnementales n’arrivent qu’en second rideau.

Nous voyons donc que derrière les grands moments d’affichage politique, comme le Grenelle de l’environnement, les logiques économiques de marché s’imposent toujours.

Caricature : TALES- Washington Post

Le paquet « Energie climat » proposé par la présidence française de l’UE, largement soutenu par l’Allemagne, et appuyé par la Commission européenne joue d’ailleurs sur cet accord. Avec ses fameux quotas d’émission de gaz à effet de serre, le nouveau Monopoly européen des « crédits carbone » est lancé.  

A la veille des négociations internationales post-Kyoto – qui se poursuivront à Poznan en Pologne du 1er au 12 décembre – et de la Conférence de Copenhague (décembre 2009), tous ont compris que, pour compter sur le grand échiquier mondial, les discours responsabilisant sur la nécessité d’adopter de nouvelles pratiques n’ont de sens que couverts par les logiques économiques.

Sophie Helbert