L'English-Bashing : full contact !

Article publié le 22 septembre 2010
Article publié le 22 septembre 2010

Ces derniers temps, quand on consulte la presse de langue allemande, s’il est un mot auquel il est très difficile d’échapper, c’est bien Bashing ! Tout droit sorti du vivier anglais, il s’impose comme le petit chéri des médias. Qu’il s’agisse de dénoncer un Islam sans scrupules, (Die Presse), de mettre en garde contre la mainmise de Google sur la navigation virtuelle ou de l’ire de toute la classe politique après les déclarations sulfureuses de Thilo Sarrazin : la tendance est au bashing.

Mainstream du palais

En anglais, le mot désigne un type de violence exercé à l’encontre d’un groupe ou d’une personne fondée sur l’identité ou les convictions idéologiques. Ce terme traduit ce que l’allemand s’obligerait à exprimer en usant de périphrases tortueuses telles que « cloué au pilori, vouer aux gémonies… » A l’instar d’autres anglicismes, le bashing a donc acquis désormais le droit de cité dans les médias d’Outre-Rhin. On savait déjà, depuis le dernier championnat du monde de football, que les supporters de l’Allemagne n’assistent plus collectivement à une projection publique sur grand écran, mais à un… Public Viewing. De même qu’ils cancel un vol au lieu de l’annuler, se tartinent de make-up ou effectuent leurs transactions bancaires Online. Mais cette fois, avec ce nouveau venu, on peut dire que le Denglich (Deutsch+English) s’affirme comme un courant dominant… Je voulais dire… Mainstream.

Le Français Toubon, sinon rien

Les Allemands ne sont pas les seuls à opérer cette mutation. Il suffit de jeter un coup d’œil de l’autre côté du Rhin pour constater que les Français se battent déjà depuis un certain nombre d’années contre l’invasion du franglais. Ce néologisme créé par le grammairien Max Rat fit son apparition dans les colonnes du quotidien France-Soir en 1960. Il en résulta que face à la recrudescence du full time et autres open spaces, la douce France, si soucieuse de préserver la virginité de son idiome, tenta d’endiguer le phénomène en légiférant. Cette volonté hexagonale de se protéger aboutit en 1994 à la promulgation la Loi Toubon (du nom du ministre de la culture de l’époque). Une mesure que la rue ne manqua pas de brocarder en l’affublant, non sans malice, du sobriquet de loi Allgood. Or, si depuis, les Français ont bien troqué le brainstorming contre un remue-méninges « plus aux normes » et substitué le courriel à l’E-mail, l’efficacité d’une telle mesure a encore de quoi laisser perplexe.

En tant que traducteur, il a livré une "Polish" version du best-sellerCependant, l’idée a fait son chemin…plus à l’Est. Par exemple, en Tchéquie, en Hongrie, dans les trois nations baltes et en Pologne où le phénomène connu sous le nom de Ponglish a converti le mail en mejlować et transsubstantié tout événement de masse en eventy. De leur côté, les autorités italiennes ont diffusé une circulaire encourageant les professeurs, les artistes et les politiciens à enrayer la progression de l’Italenglish.En vain. Le célébrissime Ti amo cède progressivement ses lèvres à un ti lovvo (Indicatif présent du verbe lovvare.) Les Russes ne sont pas en reste. Et voient s’étendre l’ombre du Ruglish. Les gonzesses se sont muées en Chicksas (de chicks : nanas). Quant au Spanglish, il suffit de rappeler qu’il servit de titre en 2004 à un film du cinéaste James Brooks pour mesurer combien l’hybridation n’a pas épargné non plus l’Espagne.

Quand l'Allemand a peur de devenir nazi

Sous le déluge des anglicismes, les Allemands ne semblent pas répondre avec beaucoup d’entrain. Certes, on se souvient du coup de sang de Guido Westerwelle, quand un reporter de la BBC s’adressa à lui directement en anglais. Le ministre exigea que la question de l’impertinent journaliste soit reformulée dans la langue locale. Remontrance qui ne manqua pas de provoquer un tollé. Malgré tout, des organisations comme Lebendiges Deutsch ou Stiftung deutsche Sprache passent à l’offensive afin que les gros-titres, manchettes de presses et autant de communiqués se re-germanisent… Pourquoi les Allemands ont-ils tant de difficultés à se jeter dans la mêlée ? Si beaucoup d’entre eux ne fuient pas leur langue, ils préfèrent mettre le moins possible leur qualité de ressortissants allemands en avant. En bref : mieux vaut user d’un faux-ami que de passer pour un parfait nazi.

Du moins, sur son sprachkritischen Blog, c’est l’avis du professeur Walter Krämer de l’Université de Dortmund. Si son point de vue reste simpliste, Mr le Professeur semble au moins marquer un point, car au « finish » les Germains se posent en maîtres du Denglich. Beamer ( de beam / faisceau) pour data projector ou oldtimer en guise de vieille bagnole. Ce qui ne manquera pas de déclencher chez les puristes anglophones un froncement de sourcils légèrement réprobateur…

Photos: (cc)Henning Studte ; Videos: Les Inconnus (cc)glook183/Youtube