L’enfer, c’est les autres

Article publié le 13 janvier 2016
Article publié le 13 janvier 2016

Du 12 janvier au 6 février le théâtre des Martyrs à Bruxelles accueille Huis Clos, l’emblématique pièce de Jean-Paul Sartre à la phrase universellement connue «l’enfer c’est les autres ». CafeBabel Bruxelles a pu assister à la première et apprécier l’interprétation outrancière mais remarquable des acteurs. 

Huis Clos met en scène trois personnes arrivant en enfer, à savoir deux femmes et un homme, la bourgeoise, la salariée de la poste homosexuelle et l’écrivain pacifiste. Tous trois sont là pour des forfaits différents que l’on découvre peu à peu tout au long de la pièce. Celle-ci se déroule dans la petite salle en U du Théâtre des Martyrs, conférant une ambiance à la fois intimiste et feutrée, qui nous plonge entièrement dans les touffeurs de l’enfer. A la plus grande joie du spectateur.

Petit retour historique

Huis clos parait la première fois sous le titre Les autres en 1944. Une année cruciale pour la France, celle-ci étant marquée par le tryptique de la fin de la seconde Guerre mondiale ; l’occupation, le débarquement et la libération. Dans ce contexte, Jean Paul-Sartre exprime à travers son œuvre toute la problématique de la mauvaise foi, de la responsabilité individuelle, de la liberté, de l’occupation et de la guerre – particulièrement palpable dans le personnage de Garcin, journaliste pacifique, exécuté pour désertion. 

Jeu splendide

Stéphane Ledune, qui endosse le rôle de Garcin est remarquable dans la pièce. Son jeu est sans faute. Sombre et drôle à la fois, il incarne parfaitement ce personnage schizophrénique tiraillé entre son pacifisme quasi angélique et la plus crasse des perversités. Un jeu qui vient en rien faire de l’ombre à celui des deux autres protagonistes, Estelle (interprétée par Dolorès Delahaut) et Inès (Sylvie Perederejew), toutes deux excellentes, dans la peau de ces deux personnages que tout oppose.

Enfin, Le Garçon, ce trait d’union entre le monde des vivants et le purgatoire, ressemblant à s’y méprendre à Christopher Walz, vient apporter des accents ironiques et vitriolés sur la situation sans issue, puisque vouée à rester pour l’éternité, de nos trois compères.

Pièce hautement conseillée par nos journalistes de CaféBabel Bruxelles, qui ont retrouvé le temps d’une heure trente, les affres délicieuses d’une œuvre majeure étudiée dans l’enfance, mais dont le propos reste d’une parfaite actualité. 

« J’ai voulu dire : l’enfer c’est les autres. Mais l’enfer, c’est les autres a toujours été mal compris. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-même pour notre propre connaissance de nous-même. » Jean- Paul Sartre. Extrait de Un théâtre de situations, 1973.