L’émergence des systèmes d'échanges locaux en Europe : une initiative citoyenne face à la crise

Article publié le 28 mars 2012
Article publié le 28 mars 2012
Par Lena Simon La situation actuelle de crise économique et financière européenne n’est plus un secret pour personne. Au contraire, son évocation permanente et les discours pessimistes qui l’accompagnent commencent à nous donner des boutons. Tout ce que l’on souhaiterait, c’est de ne plus en entendre parler. Seulement voila, pour ne plus en entendre parler, la meilleure solution, c’est l’action !
Comme le dit si bien Francis Blanche… « Face au monde qui bouge, il vaut mieux penser le changement que de changer le pansement. » C’est pourtant ce que l’on risque de devoir faire si nous restons les bras croisés à attendre que nos politiciens, qui sont pieds et poings liés par les puissants lobbies financiers, réforment le système de manière durable.

Dans cette grisaille persistante, quelques lueurs d’espoir…

Ce sont les idées de quelques uns qui tentent de trouver et de mettre en œuvre des solutions. Parmi celles-ci, un certain nombre de citoyens, sans cesse croissant, se sont réunis afin de renouer le contact, trop souvent perdu, avec leur voisinage proche, leur localité. De petits groupes parsemés sur la carte de l’Europe, ont créé en leur sein des Systèmes d’Échanges Locaux (ou Local Exchange Trading System (LETS) en anglais). Ces SEL, fonctionnent sur le principe d’échanges de services et de biens au sein d’une communauté réalisés à l’aide d’une monnaie locale présentant une valeur alternative à celle de l’€uro, sans intérêts ni inflation qui puissent affecter la valeur de l’échange. À la différence du troc, l’échange n’y est pas réciproque et immédiat : Bart rend service à Robert qui aidera à son tour Lisa qui louera ses services à quelqu’un d’autre, etc.

La richesse et la diversité des échanges (jardinage, travaux en tous genres, cours de langue, de danse, de comptabilité, de cuisine, baby-sittings, co-voiturage, déménagement, divertissements...), le retour à la coopération (en lieu et place de la compétition) et la rénovation du lien social, sont autant d’atouts que présente ce type de systèmes.

S’entraider entre voisins

L’idée n’est pas de remplacer le système économique, ni de remplacer l’€uro, mais de venir compléter le système avec un projet plus proche et en concordance avec les besoins de l’individu. Alors en quoi les SEL peuvent-ils contribuer à répondre à la crise d’aujourd’hui ? C’est la question que nous avons posé à Bernard Simon, créateur du SEL’Coup de pouce, en Brabant Wallon.

« Les SEL nous apprennent à abandonner nos références et repères "classiques" : chacun y est valorisé, tour à tour producteur et consommateur; toutes les transactions et les comptes sont "publiques" au sein de la communauté; le système est vraiment au service des gens, il encourage le lien social, la solidarité; l'ensemble du groupe pilote et contrôle le système; toutes les compétences sont traitées sur pied d'égalité et surtout pas besoins d'être riche en argent ou bardé de diplômes ; pas d'inflation ni de spéculation... le SEL reste un "petit" système d'économie domestique (200 à 300 membres max), du "non professionnel". Son ambition reste actuellement limitée en termes de volumes échangés, mais c'est un laboratoire de "débrouillardise" qui nous armera de repères, d'outils et de valeurs, pour nous et nos enfants, quand l'argent et les richesses financières viendront à manquer dans nos contrées... »