L'église italienne et les réfugiés : autel cinq étoiles

Article publié le 24 septembre 2015
Article publié le 24 septembre 2015

Dans la province du Turin, la diaconie de l'Église vaudoise propose depuis 2011 un modèle d’intégration basé sur des cours de langue, des stages et des rencontres culturelles. Nous nous sommes entretenus avec Debora Boaglio, la responsable du projet d’accueil.

L’intégration et l’accueil des migrants sont les deux défis majeurs à l’agenda de l’Union européenne, avec certains pays membres qui remettent en question le traité de Schengen en construisant des murs ou en lançant des fumigènes comme en Hongrie, pendant qu’à Bruxelles on trouve enfin une partie des solutions à propos des problèmes de répartition des réfugiés entre tous les États membres de l’UE.

L’Italie et les régions méridionales sont souvent la première étape des migrants qui essayent de rentrer dans l’UE. En cette triste ambiance d’intolérance et de ressentiment, il existe des réalités, qui même si elles ne sont pourvues qu’à petite échelle, proposent un modèle d’intégration qui va au-delà du simple assistanat, et balisent des parcours pour l’insertion professionnelle.

Nous sommes à Turin, la diaconie (institution religieuse qui organise la charité envers les pauvres et les malades, ndlr) est l’entité ecclésiastique qui coordonne les activités d’accueil de l’Église vaudoise, et mène depuis 2011 une série de projets destinés aux migrants et aux demandeurs d’asile. Nous avons interviewé Debora Boaglio, la référente du projet en cours mené dans le cadre du SPRAR (Sistema di protezione per richiedenti asilo e rifugiati - Système de protection pour les demandeurs d’asile et les réfugiés mis en place par le Ministère de l’intérieur, ndt)

cafebabel : En quoi consistent les projets actuellement en cours destinés aux migrants ?

Debora Boaglio : La Diaconie vaudoise s’occupe actuellement de projets d’accueil appelées CAS (pour Centre d’accueil extraordinaire, nda), pour les demandeurs d’asile qui impliquent aussi la préfecture et le SPRAR. Les projets prévoient des services minimums garantis comme la médiation lingustico-culturelle, l’accueil matériel, l’orientation et l’accès aux services du territoire. Mais également une formation et une requalification professionnelle, une orientation et un accompagnement à l’insertion professionnelle, ainsi que le prêt d'un logement et un accompagnement social. Une protection légale et psycho-socio-sanitaire, des cours de langue italienne, de formation professionnelle et l'obtention d'un certificat.

L’objectif des opérateurs est de mettre en place des stratégies ainsi que des méthodologies de travail qui favorisent la responsabilisation des bénéficiaires et la re-construction de leur parcours d’autonomie ici en Italie. Nous essayons en effet d’éviter des attitudes d’assistanat à leur égard et nous nous engageons à faire tout notre possible pour que ces personnes acquièrent les instruments nécessaires pendant leur période d’accueil pour se créer leur propre parcours de vie ici, en Italie.

Sur la base de ces raisonnements, nous privilégions justement les accueils de petits groupes, dans des appartements en centre-ville, pouvant héberger 4 ou 6 personnes, et dans lesquels les bénéficiaires accueillis peuvent gérer leur quotidien en toute autonomie. (la préparation des repas, les tâches ménagères…)

Afin de favoriser les parcours d’intégration, nous accordons une extrême importance aux cours de langue italienne et de formation professionnelle, aux parcours d’insertion professionnelle (stages, bourses de travail…) et quand c’est possibles, aux parcours de volontariat sur le territoire.

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Pour avoir un bon emploi, il est fondamental d’avoir de bons contacts avec le territoire sur lequel se déroule le projet d’accueil. En l’espèce, 26 personnes sont accueillies dans les communes de Torre Pellice et Luserna San Giovanni (Turin) : 14 personne à Turin, 30 personnes dans les communes de Pomaretto, Persoa Argentina, Villar Perosa e San Germano Chisone, dans la province de Turin. Et enfin 54 personnes à Vittoria, province de Raguse.

cafebabel : Comment les migrants démarchent-ils auprès de ces structures ?

Debora Boaglio : Pour  les projets SPRAR du ministère de l’intérieur, le service central nous envoie des informations. En ce qui concerne les projets avec la préfecture, ceux sont les préfectures qui s'occupent de nous signaler leur arrivée.

cafebabel : Quelles sont les difficultés majeures que vous rencontrez ?

Debora Boaglio: L'insertion professionnelle de ces personnes représente le défi majeur au sein de ces projets. L’accueil a en effet des limites de temps bien précises (6 mois à compter du jour de la notification de la protection internationale par la préfecture de police) et ce n’est pas toujours possible de mener à terme des parcours d’intégration socio-professionnelle avec succès.  

cafebabel : Que pensez-vous du système d’accueil italien en général ?

Debora Boaglio: L'Italie n’a pas une grande expérience en matière d’accueil. C’est la raison pour laquelle il y a encore beaucoup à faire. Il faut structurer le système d’accueil en évitant de travailler continuellement avec un système d’urgence. L’ « urgence » que nous avons vécue en 2011 est en quelque sorte devenue structurelle dans ce secteur.

cafebabel :Les épisodes d’intolérance et de racisme, comme celui des Roms à Trévise (où les manifestants se sont opposés à l’arrivée de nouveaux migrants, en mettant le feu aux structures d'accueil, nda) suscitent de l’inquiétude. Vous ne vous êtes jamais retrouvés dans des situations similaires avec des résidents locaux ? Comment peut-on prévenir et résoudre ces évènements ?

Debora Boaglio : Nous n’avons jamais connu d’épisode de ce genre dans nos projets d’accueil. Il s’agit, quoi qu’il en soit, d’un sujet auquel nous accordons beaucoup d’attention et nous considérons qu’il est très important d’informer la population, organiser des évènements de sensibilisation sur le sujet et essayer de favoriser le plus possible des moments de rencontre et de connaissance réciproques. Au cours de ces années nous avons mené ces activités en organisant différentes rencontres publiques, des interventions dans les écoles, des évènements de socialisation (comme des dîners), des congrès sur le sujet, une bonne communication, et un volontariat de « restitution » au territoire.  

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Article rédigé par l'équipe de cafébabel Florence. Appellation d'origine contrôlée.