L'église géorgienne déclare la guerre aux enfants

Article publié le 7 février 2014
Article publié le 7 février 2014

Pour chaque fête or­tho­doxe en Géor­gie, le pa­triarche donne un ser­mon re­trans­mis en di­rect à la té­lé­vi­sion. Seule la fête de Noël a été cé­lé­brée cette année, le 7 jan­vier, mais le dis­cours de l'église a suffi pour cho­quer une grande par­tie du pays.

Élie (ou Ilia) II est le pa­triarche de la Géor­gie de­puis 1977. At­teint de la ma­la­die de Par­kin­son, il n'a pas pu pro­non­cer le ser­mon an­nuel de l'église or­tho­doxe. Il a donc confié la tâche à un de ses prêtres. 

la guerre ou­verte aux en­fants

C'est sur le thème des en­fants que le prêtre a choisi de créer la po­lé­mique. Ce der­nier, au nom du pa­triarche, s'est ex­primé sur ceux qui ont le droit d'avoir un en­fant et ceux qui ne l'ont pas. En pré­am­bule, les ma­riages de même sexe ont été évo­qués, ce qui n'est pas sans sur­prise connais­sant la po­si­tion de l'église sur l'ho­mo­sexua­lité. Mais le prêtre est allé jus­qu'à nier le droit des pa­rents de même sexe d'adop­ter un en­fant. Il a jus­ti­fié son point de vue en ex­pli­quant que l'adop­tion fai­sait de l'en­fant un objet que n'im­porte qui peut ache­ter.

« Les pro­grès de la science ont sou­levé des pro­blèmes éthiques aux­quels l'hu­ma­nité n'a en­core ja­mais été confron­tée, tels que les in­sé­mi­na­tions ar­ti­fi­cielles, les bébés éprou­vettes, les mères por­teuses, les fu­sions de gènes, le clo­nage, etc ». « Les soi-di­sant hu­ma­nistes sont en fa­veur de l'adop­tion, de l'eu­tha­na­sie et du sui­cide », a dé­claré l'homme d'église. « Une fa­mille peut-elle être heu­reuse si son en­fant est issu d'une mère por­teuse ? Cet en­fant aura été placé dans un foyer sans amour, des­tiné à une vie de so­li­tude. Même s'il était élevé dans une fa­mille riche, il res­tera mar­qué par la vio­lence de la pé­riode pré­na­tale et en su­bira les consé­quences en gran­dis­sant. Les en­fants nés d'in­sé­mi­na­tions ar­ti­fi­cielles po­se­ront éga­le­ment des pro­blèmes, car leurs vies au­ront été créées au prix de la des­truc­tion d'autres em­bryons. »

Le chris­tia­nisme prêche la to­lé­rance, la bonté, l'op­ti­misme, la lu­ci­dité et l'amour de l'autre, et non la mé­chan­ceté, la ja­lou­sie ou le ju­ge­ment. Pour­tant, avec ses opi­nions, l'église s'est po­si­tion­née en en­ne­mie de la mo­der­nité. Le dis­cours a par­ti­cu­liè­re­ment cho­qué car l'église n'avait ja­mais pro­noncé un dis­cours aussi pes­si­miste pour Noël. Même les membres du gou­ver­ne­ment ont senti le be­soin de ré­agir.

Joyeux noël à vous aussi

La pre­mière fut Tamar Chu­go­sh­vili, conseillère au­près du Pre­mier mi­nistre. « Joyeux Nöel, a-t-elle lancé. En par­ti­cu­lier à ces mer­veilleux en­fants nés de mères por­teuses ou d'in­sé­mi­na­tions ar­ti­fi­cielles. Joyeux Noël à leur fa­mille, aux mères por­teuses, aux mi­no­ri­tés, et aux femmes, qui ap­pa­rem­ment aiment leurs fausses li­bertés, et Joyeux Noël à tous ceux qui ont eu de la peine au­jour­d'hui. Je suis sûre que Dieu nous aime tout par­ti­cu­liè­re­ment. »

Le pré­sident Guior­gui Marg­ve­la­ch­vili et le mi­nistre du Tra­vail, de la Santé et des Af­faires so­ciales David Ser­geenko ont éga­le­ment réagi le len­de­main du ser­mon. Le mi­nistre Ser­geenko a même es­sayé d'ex­pli­quer ce que si­gni­fient les mères por­teuses et les in­sé­mi­na­tions ar­ti­fi­cielles d'un point de vue scien­ti­fique. Une dé­marche très bien ac­cueillie, car les Géor­giens ont clai­re­ment be­soin d'être in­for­més sur ces ques­tions. 

Le mes­sage de Noël cette année est par­ti­cu­liè­re­ment in­quié­tant, car beau­coup de per­sonnes en Géor­gie croient tout ce que l'église leur dit de croire. Il est dif­fi­cile de com­prendre les rai­sons d'un dis­cours aussi hai­neux, sur­tout en­vers les en­fants. Un dis­cours sur les en­fants de­vrait être em­preint d'amour et d'es­poir.

La plu­part des êtres hu­mains veulent un en­fant tôt ou tard, mais une par­tie d'entre eux n'en a pas la pos­si­bi­lité. Ces per­sonnes mettent en œuvre tout ce qui est en leur pou­voir pour avoir un en­fant. Pour­quoi alors les pri­ver du droit à d'autres al­ter­na­tives de concep­tion? Pour­quoi un en­fant de­vrait-il être traité dif­fé­rem­ment parce qu'il est issu d'une in­sé­mi­na­tion ar­ti­fi­cielle ? Le futur dé­pend des nou­velles gé­né­ra­tions, et mal­gré ce que nous dit l'église, nous ne de­vrions pas leur tour­ner le dos. 

L'église de­vrait ap­prendre à faire l'amour, pas la guerre, et sur­tout pas la guerre aux en­fants.