L'Église face à l'homosexualité : l'Italie et ses litanies

Article publié le 22 janvier 2013
Article publié le 22 janvier 2013
Lors de la Gay Pride dans le Veneto Rosario Crocetta, la parade en profite pour faire le point sur le rapport entre politique italienne et homosexualité et sur le rôle incontournable joué par le Vatican, au lendemain de la déclaration du Premier ministre sortant, Monti à propos de la légitimité d’une famille qui ne peut être composée que d’un homme et d’une femme.
Du nord au sud du pays, les associations gays semblent tendre une main à l’Église tandis que cette dernière préférerait parfois esquiver le sujet.

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La Constitution italienne rédigée en 1948, a récemment été accusée « d’excès de socialisme » et de compromis politiques nécessaires pour maintenir l’unité dans un pays à la dérive après la Seconde guerre mondiale. Il y a toutefois un point où la Constitution s’exprime de façon très claire avec l’article 29 disant textuellement que « La République reconnaît les droits de la famille comme société naturelle fondée sur le mariage », naturelle sous-entendant à l’époque l’union entre un homme et une femme. Cet article est resté un fondement de l’action politique de notre pays. En bien et en mal et cela à cause du conservatisme italien qui s’explique en partie par l’influence évidente du Vatican. Mais aujourd’hui, la « légitimité » ainsi que la formulation de l’article 29 de la Constitution, est remise en cause par les DICO (PACS) et par la grandissante vague de libération des homosexuels qui est en train de commencer à gagner du terrain dans des lieux jusqu’ici inimaginables.

La majorité des Italiens ne se déclare pas défavorable tout du moins pas contraire à l’hypothèse de plus de droits pour les gays.

Malgré les différentes oppositions, comme celle du dimanche 13 janvier à laquelle Paris a dû faire face, on trouvait des centaines de milliers de catholiques intégristes, en première ligne afin que le droit au mariage pour tous ne soit pas obtenu mais pour que beaucoup en soient officiellement privés. En Europe, les droits des LGTB (les personnes lesbiennes, gays, transgenres et bisexuelles) sont désormais une réalité consolidée. Du PACS français aux véritables mariages en Hollande et au Danemark, aux quartiers « colonisés » en Espagne et en Allemagne, il semblerait que l’Italie soit le seul territoire hostile à la culture homo. On dirait toutefois que quelque chose est en train de changer malgré le malheureux exploit du Premier ministre sortant Mario Monti qui devant les caméras de skytg24, a déclaré qu’une vraie famille doit être formée par un homme et une femme.

De la Sicile au Veneto, les associations gays tendent une main à l’Église

Rosario Crocetta, membre du Parti Démocratique, est le nouveau président de région en Sicile. Rien d’étrange en soi hormis le fait qu’il est homosexuel et qu’il l’a déclaré publiquement, tout comme son collègue Nichi Vendola, président de la Région des Pouilles. Les deux hommes défendent leur choix dans le berceau du machisme méditerranéen. Cette tendance semble s’affirmer dans tout le territoire méridional, même si cela ne se fait pas encore de façon homogène. Les associations LGTB siciliennes, essayent déjà depuis longtemps de dialoguer même si ce n’est pas toujours facile, en particulier celles qui sont en contact avec leurs homologues catholiques et qui tentent de fixer un rendez-vous avec la communauté et les groupes religieux. Si ces associations ont reçu l’accord du maire de Palerme qui est prêt à financer la Gay Pride 2013 dans la ville, Giovane Italia, le jeune mouvement du Peuple De la Liberté a de son côté souligné qu’il s’agissait d’un gaspillage d’argent public pour un évènement mineur.

Peut-être que parmi les différents courants il y aura de l’espace pour un « 1968 » qui n’a encore jamais eu lieu en Italie.

La situation n’est guère mieux au nord où une autre ville se prépare à une manifestation de masse LGTB, en devant faire face aux mêmes péripéties. Vicence n’est pas vraiment réputée pour être ouverte d’esprit (c’est justement la raison pour laquelle il a été décidé que la manifestation se déroulerait là-bas, plutôt que dans une autre ville plus « tolérante »). De fortes résistances perdurent de la part du clergé, ou de nombreux défenseurs de la famille chrétienne, comme l’onorevole  Parolin qui prépare même une manifestation avec de nombreuses messes dans deux importantes églises qui donnent sur l’artère principale du centre historique, là où le cortège passera. « Si cette attitude obtient pour réponse la polie ironie de la part des organisateurs, on dit aussi que ces derniers feront remarquer qu’il existe encore une forte résistance pour évoquer ces sujets dans le secteur de l’institution. Dans certains milieux, il n’y a aucun problèmes, ce n’est en effet pas du tout mal vu d’être gay. Je parle de milieux "huppés, classe" ou des professions libérales. Moi, je suis avocat et je n’ai jamais eu de problèmes. Mais concernant les catégories sociales plus indigentes, il est sensiblement plus difficile de vivre publiquement son homosexualité. Je sais par exemple que beaucoup d’enseignants n’osent pas sortir, tout comme dans les milieux institutionnels et dans le travail public », explique Everardo dal Maso, un avocat et organisateur du mouvement. Il poursuit : « Je crois que l’Église est au contraire disponible à la confrontation constructive, elle l’a démontré en disant non à l’idée saugrenue lancée par Parolin. Nous sommes ouverts au dialogue. Il y a des associations de gay catholiques qui font partie de l’organisation de la Gay Pride, comme le groupe "La parole" de Vicence ».

Photo de Vanessa Dos Santos.

En somme, de la Sicile au Veneto, il semble que les associations gays tendent une main à l’Église, outre les laïcs. Bien que le Pape ait récemment béni la ministre de l’OugandaRebecca Kadaga, promotrice avec d’autres membres de son gouvernement de l’Anti-Gay Bill, ayant pour but d’exterminer les personnes homosexuelles : la majorité des Italiens ne se déclare pas défavorable tout du moins pas contraire à l’hypothèse de plus de droits pour les gays et surtout à l’introduction du délit de discrimination sexuelle à leur égard, proposé de façon bipartisane par le passé au Parlement. Le problème, c’est que la question a toujours été prise en otage par la composante la plus conservatrice et philo-catholique. Paradoxalement, la crise qui est en train de mettre l’Italie à genoux va peut-être aider la cause arc-en-ciel. Beaucoup de personnes se déclarent peu intéressées par le sujet et beaucoup trouvent même l’excès d’attention porté à ces problématiques déconcertant. Mais entre les partis qui se renouvellent les listes civiques, les mouvements athées et indépendants, on dirait que la société italienne s’apprête à prendre un tournant, même si c’est encore impossible de déterminer dans quelle direction. Et peut-être que parmi les différents courants il y aura de l’espace pour un « 1968 » qui n’a encore jamais eu lieu en Italie.

Photos : Une © rezavoody/flickr; Texte: Rosario Crocetta © courtoisie du site officiel de Crocetta; Gay Pride de Parlerme © Vanessa Dos Santos/facebook