“L’éducation aux droits de l’Homme’’ débattue au Centre Européen de la Jeunesse

Article publié le 29 octobre 2009
Article publié le 29 octobre 2009
Par Hamid Derrouich Sous l’égide du Centre Européen de la Jeunesse (CEJ), une dizaine d’associations s’est réunie les 16 et 17 octobre 2009 dans le cadre du Forum d’éducation aux droits de l’Homme.
Deux jours de travail pendant lesquels les participants ont pu approcher les moyens mis en place par le Conseil de l’Europe (CoE), organisation de tutelle du CEJ, pour la promotion de la culture des droits de l’Homme. Ils ont également été l’occasion de faire un constat de l’action des associations en matière de défense des droits de l’Homme.

Pour les jeunes et avec les jeunes

Partant d’un constat réel, celui de plus 300 millions de jeunes que compte la Maison Europe, les représentants du CEJ tiennent à montrer l’importance de la défense des droits de l’Homme, mais aussi à souligner la complexité à les promouvoir au sein de la jeunesse européenne. En réalité, ce constat renvoie à un autre, plus contraignant. Celui de l’impossibilité d’agir en faveur des droits de l’Homme en empruntant les mécanismes émanant exclusivement des institutions. Car agir pour les droits de l’Homme suppose inévitablement une mise en commun de moyens, autrement dit un travail horizontal faisant intervenir les institutions, les ONG (organisations non-gouvernementales) et aussi les jeunes. D’où cet appel lancé aux associations locales, majoritairement strasbourgeoises, œuvrant principalement dans le domaine de la jeunesse. La démarche est simple, mais intelligente. Elle fait état d’une certaine évolution dans les principes directeurs de l’éducation aux droits de l’Homme au sein d’une institution comme le Conseil de l'Europe puisqu’elle implique une participation active aux côtés des jeunes et des ONG pour promouvoir les droits humains. Le forum de deux jours s’inscrit dans le cadre du programme sur l’éducation aux droits de l’Homme du CoE mis en place depuis 2001. L’Agenda 2020 adopté par la 8e Conférence des Ministres de la Jeunesse à Kiev en octobre 2008 et repris par le Comité des Ministres sur la politique de jeunesse du Conseil de l’Europe reconnaît l’importance dudit programme. Son objectif principal est d’intégrer l’éducation aux droits de l’Homme dans le travail de la jeunesse et dans les politiques qui la visent. Le forum a été également l’occasion de découvrir les instruments financiers destinés au soutien des projets visant la jeunesse. Certains relèvent principalement de l’Union européenne (par exemple le Programme Européen Jeunesse en Action PEJA), d’autres du Conseil de l'Europe (Fonds Européen pour la Jeunesse).

Une thématique globale pour un engagement associatif transversal

La formule ingénieuse de ‘’forum’’ choisie par les organisateurs place tous les intervenants dans une logique d’interactivité et d’échange. On sort ainsi des schémas traditionnels et « ennuyeux », pour ne pas dire infantilisants, de la conférence où le public est astreint à l’obligation d’écouter une seule et unique parole, celle du conférencier. Cela dit, rien n’est parfait. La thématique des droits de l’Homme continue d’attiser des débats tous azimuts. Elle fait même l’objet de dénigrement. Elle est souvent montrée du doigt comme un nouvel instrument idéologique aux mains de l’Occident. Par ailleurs, il n’est pas évident de réunir un ensemble disparate d’associations dont les champs d’action divergent autour d’une seule thématique aussi transcendantale que celle des droits de l’Homme. Si un certain consensus est bel et bien acquis au sujet des droits fondamentaux, des droits sociaux, de l’égalité homme/femme, des droits des minorités, etc., les modalités d’action diffèrent et les réalités socioculturelles alimentent des discours mettant en cause l’universalité des droits de l’Homme. C’est avec un panel de participants fragmenté que le forum a donc engagé ses travaux. Du Mouvement « Ni Putes Ni Soumises » jusqu’à « Babel Strasbourg », en passant par, « AMSED », « CALIMA », « CLAPEST », « Réseau Express Jeunes Regards d’Enfants », « La Marmite », « l’ATMF », « COJEP International », « CDIPAJ », « RESF 67 », et « Voices for Young Refugies », les secteurs de déploiement comme les modalités d’action et les publics ciblés sont de fait cloisonnés. Pour certains, le forum est une opportunité pour un enrichissement mutuel et un lieu d’échange d’expérience. Et pour d’autres, un panel aussi fragmenté se traduit par une déperdition des énergies, la difficulté à dégager des lignes directrices pour des projets collectifs et des positions communes sur les questions des droits de l’Homme. Par ailleurs, les deux jours de travail ont été un moment pour approcher les trajectoires personnelles des uns et des autres. C’est un paramètre structurel qui renseigne tant sur la profondeur du militantisme des participants que sur les seuils de compromis indispensables qui sont les leurs. L’élaboration des recommandations a été à juste titre le moment où se sont ainsi exprimées les divergences d’idée et de registres mobilisateurs des participants. Cela s’est traduit par l’adoption de recommandations générales, plutôt consensuelles.

Les recommandations : à la quête du consensus

Trois groupes de travail se sont constitués pour la formulation des recommandations. Celles-ci s’adressent tout d’abord aux ONG et aux structures locales (Développer des microprojets avec les populations locales ayant un impact direct ; soutenir des actions à long terme en mettant l’accent sur le suivi ; constituer des réseaux locaux entre ONG/Structures locales pour profiter des acquis de chacun ; créer une base de données commune aux ONG). Elles s’adressent ensuite aux autorités locales (Prendre en compte le travail des associations locales dans le domaine des droits de l’Homme et apporter le soutien nécessaire aux projets ; faire du COE un lieu de rencontres, d’échanges et de formation pour les acteurs locaux par le biais du CEJ en partenariat avec les autorités locales, mais également les Conseils de Jeunes, de Quartiers, Consultatifs de Résidents Étrangers) ; établir des relations avec les élus dans le but d’une coopération et d’un suivi des projets portant sur les droits de l’Homme). Enfin, les recommandations sont destinées au Conseil de l’Europe (mettre en place une ligne claire de financement en faveur des associations locales ; prendre en charge la formation des éducateurs aux droits de l’Homme ; réactualiser et faire appliquer la Convention de 1982 relative à l’éducation aux droits de l’Homme dans les programmes scolaires.)

L'avis de Café Babel Strasbourg

Outre le bœuf bourguignon du déjeuner de samedi qui a été trop salé, Babel Strasbourg a aimé l’ambiance de travail, le professionnalisme et la sincérité des organisateurs et l’intensité des échanges.