L'écologie au service des handicapés

Article publié le 29 juin 2013
Publié par la communauté
Article publié le 29 juin 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les personnes handicapées sont les premières à souffrir de la morosité du contexte socio-économique européen. Face à ce fléau, l'Etablissement et services d'aide par le travail (Esat), établi un peu partout en France, propose d'établir un"environnement protégé" propice à l'insertion professionelle de ces personnes

              Rencontre avec Eric Dheilly, directeur d’un de ces établissements, dans le nord du pays. Un centre qui recense une centaine d'employés et qui peut se targuer d'être à la pointe des technologies environnementales.    

             Les cheveux grisonnants, qui remontent sensiblement sur le haut du crâne. Une figure ronde et joyeuse, dont les pommettes saillent à chaque rire. Une paire de lunette rectangulaire, qui lui donne de faux airs sérieux. Eric Dheilly, directeur de l'Etablissement et services d'aide par le travail (Esat) de l'Association départementale d'aide aux parents et enfants inadaptés (ADAPEI) d'Allaines (80), inspire sans aucun doute la sympathie. Et lorsqu'il évoque son association, qui a pour but de faciliter l'intégration sociale des handicapés par le biais de l'insertion professionnelle, on a un peu l'impression d'entendre un père, à propos de son enfant. "Pendanttrop longtemps, surtout après la Deuxième guerre mondiale, qui a particulièrement ravagé notre région, le handicap a été une honte. On gardait chez soi les enfants, on n'osait pas les montrer. Il faut en finir avec tout cela. Il faut démythifier le handicap".

            Eric Dheilly n'a pas hésité à donner de sa personne pour mener à bien cet idéal. Après des études de gestion et de comptabilité, il rejoint l'Esat d'Albert (80) en 1993 comme chef d'atelier. Il devient ensuite directeur en 2006, et décroche un diplôme de directeur d'établissement de santé. Après quoi, il se charge de la gestion du site d'Allaines. Car pour lui, l'acceptation du handicap et l'intégration des personnes inadaptées doit passer par des "actions concrètes", et non par de la "bricolo-thérapie". "Il faut permettre à ces personnes de se sentir utiles. Ce qui importe réellement, c'est la reconnaissance qu'elles ont en travaillant, notamment avec des marques connues, et de pratiquer un métier valorisant", dit-il, une petite lueur malicieuse dans le regard.

            L'Esat d'Allaines propose aux personnes handicapées plusieurs métiers, répartis dans cinq secteurs : espaces verts, blanchisserie, imprimerie, sous-traitance industrielle et restauration. Les employés (plus d'une centaine), exercent ensuite leur métier au cœur du site, d'une superficie de 5000 ha. Un lieu titanesque, où règne toutefois une atmosphère bon enfant. "Bonjour Amandine, ça va ?" s'exclame avec un grand sourire Eric Dheilly, au détour d'un couloir, à une des salariées. Le directeur connaît le nom de chacun de ses employés, les tutoie et en parle avec bienveillance. "Bien sûr, je ne vais pas avoir le même niveau d'exigence que d'autres entreprises, surtout dans le privé.". Il reconnaît toutefois que la situation des personnes handicapées s'aggrave, dans le contexte socio-économique actuel. "Les candidatures se multiplient, j'ai devant les yeux des situations sociales très difficiles. Je ne peux pas embaucher tout le monde, à cause des contraintes financières et du manque d'espace. J'essaie toutefois de répondre à un maximum de candidatures". Interrogé sur les aides dont l'association pourrait bénéficier, il reste assez discret, quoiqu'un peu amer. "Elles sont loin d'être pléthoriques".

            Tout est donc prétexte pour faire des économies. Et pour ce faire, Eric Dheilly n'a pas hésité à investir dans des technologies innovantes de recyclage et d'énergie verte. La grande éolienne qui surplombe le site, donne le ton. Elle fournit une petite partie de l'électricité et permet notamment de faire fonctionner les appareils de veille – comme les ordinateurs, la nuit. Le chauffage est quant à lui assuré par l'exploitation des 5 ha de myscantus, plantés à proximité. Un travail effectué par le personnel handicapé de l'équipe "espaces verts", qui récupère la matière, la broie, l'entrepose puis alimente les chaudières."C'est un peu la petite maison dans la prairie ici !", plaisante Eric Dheilly.            

            La blanchisserie du site est assez représentative de la fibre écologique de l'association. L'Esat a choisi de ne rejeter aucune eau usée. Elle a, au contraire, investi plus de 200 000 € dans un procédé de recyclage unique en Europe pour ce métier, qui permet de réutiliser 70% des eaux grises. Si les sommes versées pour financer cette technologie sont conséquentes, les économies réalisées par le biais du recyclage le sont tout autant.

            L’Esat d’Allaines est en somme représentative d’une région à fort potentiel en matière de développement durable, qui peut se targuer d’avoir un des plus faibles taux de personnes handicapées en recherche d’emploi en France. Une manière de pallier la hausse du chômage pour des personnes particulièrement sensibles à l'évolution de la conjoncture économique.