« L'écolo doit voter pour le nucléaire »

Article publié le 6 janvier 2015
Article publié le 6 janvier 2015

[Expresso] François Hollande l'a affirmé lors de son entretien de 2h; lundi dernier, sur l'une des plus grandes radios françaises : « la France est exemplaire en matière d'écologie ». Plutôt que de décrypter ce qu'il en est, questionnons le choix de l'énergie nucléaire d'un pays qui exploite toujours le second parc du monde après les États-Unis. 

De nombreux pays font le choix de l’énergie nucléaire, de la Belgique aux Émirats Arabes Unis, la nouvelle donne du panorama énergétique mondial ouvre d’intéressantes perspectives à l’industrie atomique. Nos voisins du plat pays qui devaient entamer la fermeture de deux réacteurs, viennent de prolonger de 10 ans la durée d’exploitation de Doel 1 et Doel 2. Aux Émirats, où l’on produit 2,8 millions de barils de pétrole par jour, le premier réacteur devrait rentrer en service à partir de 2017…

Peut-on s'affranchir de l'énergie nucléaire ?

La France exploite le second parc nucléaire du monde après les États-Unis. Alors que de nombreuses centrales ont déjà été prolongées de l’autre côté de l’Atlantique, la durée de vie des centrales française est fixée par une visite de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Lors des prochaines visites décennales, plusieurs installations verront probablement leur durée de vie augmenter afin de maintenir à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique.

C’est du moins ce qu’affirme Didier Migaud, le président socialiste de la juridiction financière. En 2012, il constatait qu’à la « fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans. Dans l'hypothèse d'une durée de vie de quarante ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel, il faudrait donc un effort considérable d'investissement à court terme, qui paraît très peu probable (…) une décision implicite a été prise qui nous engage déjà : prolonger nos centrales au-delà de quarante ans ».

C’est justement la décision de l’ASN qui alimente la polémique sur le dossier de Fessenheim. Alors que le gouvernement avait évoqué la possibilité de fermer le site alsacien, l’autorité avait accordé le prolongement de l’exploitation, conduisant EDF à entreprendre des travaux de rénovation. Depuis, François Hollande a assuré, lundi 5 janvier, au micro de France Inter que la centrale nucléaire alsacienne fermerait. Cet engagement sonne en fait comme une confirmation puisqu'il faisait partie de ses promesses de campagne.

Pas d'incompatibilité entre changement climatique et énergie nucléaire

Pourtant, à en croire Miroslav Lipar, directeur du département sûreté en exploitation de l’AIEA, la filière française obtient de très bons résultats aux contrôles de sûreté. Après l’Operational safety review team ou Osart, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a salué « le respect des standards internationaux par le groupe EDF ». Autant de signes qui viennent soutenir la décision de l’ASN et remettre en cause la parole présidentielle.

En ce qui concerne le démantèlement, la France dispose encore une fois d’une expertise technique de très bonne qualité. Comme l’expliquait encore récemment le président de l’American Nuclear Society, Donald Hoffman, la standardisation française est un atout considérable. D’ailleurs sur les 12 réacteurs déjà à l’arrêt, 9 sont actuellement en cours de démantèlement. D’après la Cour des Comptes, le coût des travaux a déjà été provisionné…

Enfin, dans une tribune du journal Les Echos, le scientifique Jean-Marc Jancovici nous explique brièvement pourquoi « l'écolo doit voter pour le nucléaire ». Selon lui, comme pour les experts du GIEC, « l’écolo devrait être, en toute bonne logique, contre le changement climatique et pour le nucléaire ».