LE VILLAGE POLONAIS DE ZURAWLOW : UN EXEMPLE DANS LA LUTTE ANTI GAZ DE SCHISTE

Article publié le 21 août 2013
Article publié le 21 août 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le village de Zurawlow accueille ses visiteurs avec deux panneaux visant une compagnie pétrolière Américaine : « Chevron, on ne veut pas de gaz » et « Hier Tchernobyl, aujourd'hui Chevron ». Lancé par les résidents le 3 juin 2013, « Occupy Chevron » s'oppose fermement aux projets, dans leur village ,d'exploration et d'exploitation du gaz de schiste.

Le vil­lage de Zu­raw­low ac­cueille ses vi­si­teurs avec deux pan­neaux vi­sant une com­pa­gnie pé­tro­lière Amé­ri­caine : « Che­vron, on ne veut pas de gaz » et « Hier Tcher­no­byl, au­jour­d'hui Che­vron ». Lancé par les ré­si­dents le 3 juin 2013, « Oc­cupy Che­vron » s'op­pose fer­me­ment aux pro­jets, dans leur vil­lage ,d'ex­plo­ra­tion et d'ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste , un gaz na­tu­rel em­pri­sonné dans les roches de schiste, nous dit Ra­luca Bes­liu.

Les vil­la­geois de Zu­raw­low ont blo­qué le pro­jet de fo­rage de Che­vron en 2012 en in­vo­quant une loi po­lo­naise qui in­ter­dit toute ac­ti­vité sur terre ou dans les airs qui per­tur­be­rait les oi­seaux ou leurs ha­bi­tats pen­dant la sai­son de re­pro­duc­tion (à par­tir de mars et qui dure quelques mois) . Déses­pé­rés face à la puis­sante com­pa­gnie, les lo­caux ont porté plainte de­vant les au­to­ri­tés, si­gna­lant que les ca­mions de la com­pa­gnie ex­cèdent la taille lé­gale ac­cep­tée sur les routes. Les ma­ni­fes­tants po­lo­nais s'op­posent fer­me­ment aux fo­rages qui pol­luent l'eau, la terre et af­fectent leur santé.Ils ont déjà constaté les dan­gers des fo­rages lors des es­sais sis­miques faits par Che­vron , les ex­plo­sifs uti­li­sés ont alors pol­lué l'eau la ren­dant im­bu­vable.

LAIS­SEZ NOUS

Che­vron a ob­tenu au début de l'an­née un ac­cord du gou­ver­ne­ment pour l'ex­plo­ra­tion du gaz de schiste à Zu­raw­low. De­puis la mise en œuvre de la loi géo­lo­gique et mi­nière en Po­logne, l'Etat est au­to­risé à s'em­pa­rer des terres où se trouve le gaz de schiste, à des fins in­dus­trielles. La nou­velle loi ac­corde plus de droits aux com­pa­gnies pé­tro­lières, au dé­tri­ment des droits des ci­toyens. Pour­tant,d'après les ha­bi­tants, cette au­to­ri­sa­tion a été an­nu­lée en juin 2012 . Gra­zyna Bu­kowska, le porte-pa­role of­fi­ciel pour la fi­liale de Che­vron Po­logne, a sou­li­gné que la com­pa­gnie « n'a pas de pro­jet im­mé­diat à Zu­raw­low, mais reste ou­verte pour de fu­tures opé­ra­tions. »

Le 2 juin, Che­vron est re­venu avec des agents de sé­cu­rité pour s'em­pa­rer d'un ter­rain et le clô­tu­rer pour com­men­cer à forer. Les lo­caux ont im­mé­dia­te­ment lancé un mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion ap­pelé Oc­cupy, ré­vé­lant que la com­pa­gnie n'a pas eu d'ac­cord pour clô­tu­rer le site.

Selon les vil­la­geois, la conces­sion, va­lide jus­qu'en dé­cembre 2013, ne per­met que des es­sais sis­miques, de­puis que l'au­to­ri­sa­tion de Che­vron d'ex­plo­ra­tion de gaz de schiste a été an­nu­lée en juin 2012. Che­vron af­firme avoir l'au­to­ri­sa­tion d'ex­plo­rer cette zone.

Dans une lettre ré­cente au pre­mier mi­nistre Po­lo­nais et au mi­nistre de l'en­vi­ron­ne­ment, les ci­toyens de Zu­raw­low ré­clament la pro­tec­tion du gou­ver­ne­ment pour leur air, leur terre et leur eau qui se­raient pol­lués par l'ex­trac­tion du gaz de schiste. Les es­sais sis­miques préa­lables avaient déjà causé une pol­lu­tion.

DE MOINS EN MOINS D'EX­PLOI­TANTS

D'autres com­pa­gnies, comme Ca­na­da's Ta­lis­man Energy Inc, Ma­ra­thon Oil Cor­po­ra­tion (MRO) et Exxon font marche ar­rière dans la pour­suite de l'ex­plo­ra­tion du gaz de schiste en Po­logne. En 2011, l'ad­mi­nis­tra­tion de l'in­for­ma­tion amé­ri­caine sur l'éner­gie a an­noncé qu'il pou­vait y avoir 5.300 mil­liards de mètres cubes, soit une ré­serve pour 300 ans , de gaz qui pour­rait être ex­ploi­tée dans la zone de Zu­raw­low, mais des études plus ré­centes ont mon­tré que ces ré­serves sont moins im­por­tantes et pour­raient être uti­li­sées entre 26 à 70 ans. Cela in­té­resse le gou­ver­ne­ment Po­lo­nais qui vou­drait être in­dé­pen­dant de la Rus­sie qui ali­mente les deux tiers de la consom­ma­tion po­lo­naise, un des plus haut taux en Eu­rope.

 

'Gas­land', 2010 os­car-no­mi­na­ted US anti-fra­cking do­cu­men­tary by Josh Fox 

D'autres pays com­battent aussi la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique et les com­pa­gnies . La France a été le pre­mier pays eu­ro­péen a adop­ter des me­sures de pré­cau­tion contre la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique, en in­ter­di­sant la pra­tique en 2011 . Des ma­ni­fes­tants à Bal­combe (au sud de Londres) ont été ré­cem­ment ar­rê­tés pour avoir par­ti­cipé à des ac­tions contre la frac­tu­ra­tion, dont un membre éco­lo­gique du par­le­ment , Ca­ro­line Lucas.

En 2012 , la Bul­ga­rie a adopté un mo­ra­toire sur la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique et a an­nulé un per­mis ac­cordé au­pa­ra­vant à Che­vron, en in­vo­quant les preuves in­suf­fi­santes pour la sé­cu­rité de l'en­vi­ron­ne­ment.

En Rou­ma­nie, où je suis née, les ci­toyens ont ré­gu­liè­re­ment ma­ni­festé contre les dé­ci­sions de leur gou­ver­ne­ment qui en­cou­ragent la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique. A Cos­ti­nesti, une des ré­gions de Rou­ma­nie concé­dée, 94% ont voté contre la frac­tu­ra­tion lors d'un ré­fé­ren­dum local. Entre 2012 et 2013, 8000 ci­toyens Rou­mains ont pro­testé. En avril 2013, des ma­ni­fes­ta­tions et des marches contre la frac­tu­ra­tion ont eu lieu dans beau­coup de villes de Rou­ma­nie. Cer­tains ma­ni­fes­tants ont sou­li­gné le manque de trans­pa­rence et d'in­for­ma­tions sur les pro­jets d'ex­plo­ra­tion. En mai 2013 , en signe de so­li­da­rité, des Bul­gares de la ville de Do­brich, ont aussi or­ga­nisé des ras­sem­ble­ments contre le gaz de schiste en Rou­ma­nie, ce qui a eu un im­pact sur leur pays. L'exemple de Zu­raw­low et leurs tech­niques de ré­sis­tance aux com­pa­gnies est po­si­tif et ins­pire d'autres pays, comme la Rou­ma­nie, qui veulent pré­ser­ver leurs ci­toyens, leur en­vi­ron­ne­ment et leur santé.