Le vent de crise emporte les jeunes espagnols

Article publié le 28 mars 2012
Article publié le 28 mars 2012
Par Maria Moreno Le climat économique difficile et l’absence de perspectives d’avenir génèrent une nouvelle vague de migration. Loin des flux migratoires d’antan, l’envol de la nouvelle génération emporte avec elle l’espoir d’un lendemain qui chante. De plus en plus de jeunes espagnols plient bagage et s’envolent vers une vie nouvelle, au-delà des frontières.
Ces jeunes diplômés laissent derrière eux un taux de chômage de près de 23% et des conditions salariales peu favorables. Ainsi, ils n’hésitent pas à consulter l’offre d’emploi dans d’autres pays.

Parmi les différentes possibilités, l’Allemagne est la destination idéale pour ceux qui se sont spécialisés dans le secteur technique. Avec son « action d’embauche d’ingénieurs espagnols », l’Agence allemande pour l’emploi a récemment recruté une centaine de candidats. D’autres destinations de choix s’imposent, selon les critères de recherche. Londres, par exemple, attire les professions plus créatives, tandis que l’Amérique latine a la cote pour la facilité de la langue.

« No future » pour les adulescents

Le terme "adulescent" désigne ces jeunes adultes qui sont confinés dans le monde de l’adolescence. En Espagne, ce phénomène produit par notre société actuelle s’est accentué avec la crise. Privés de revenus, le retour chez "Papa et Maman" apparaît alors comme la seule issue, pour les plus chanceux. Sinon, ces adolescents éternels cohabitent à plusieurs, recréant un semblant de cercle familial. Mais le groupe empêche de construire un projet de vie personnel.

Cette « generación perdida » a impulsé le mouvement des « indignados », qui a pris une ampleur inattendue. Sans revendication particulière, des milliers de jeunes se sont mobilisés pour montrer leur indignation contre un système en général. Et c’est cette même impuissance face au futur qui amène aujourd’hui les jeunes à repousser les frontières, dans l’espoir d’un avenir moins pénible.

Des émigrés du franquisme aux exilés du capitalisme

Si de nos jours les moyens de communication facilitent la tâche, quitter le pays reste une épreuve. Mais le courage finit par payer. À l’étranger, un Espagnol peut imaginer exercer un poste en relation avec ses études. Il suffit d’ouvrir le moteur de recherche d’emploi européen, Eures, pour comparer la réalité des offres selon les pays. Les nouveaux migrants, pour la plupart diplômés, ne mettront donc pas leurs compétences au service de la péninsule ibérique.

Dans les années 50, l'émigration était impulsée par le gouvernement franquiste, comme stratégie de développement. Aujourd’hui, il existe des politiques de coopération entre l’Espagne et d’autres pays, en matière d’emploi. Seulement, la nouvelle vague d’émigration des jeunes espagnols échappe au gouvernement, impuissant face à la fuite des cerveaux. Alors, peut-être faut-il interpréter ce vol d’oiseaux en masse comme les funestes augures d’un profond enlisement.