Le syndrome post-Bush en Europe

Article publié le 19 janvier 2009
Article publié le 19 janvier 2009
L'Europe entière attend en retenant son souffle l’investiture de Barack Obama, le 20 janvier prochain. Après huit ans de détérioration de l'alliance transatlantique, l'Europe pourra-t-elle recommencer à faire confiance à la première puissance économique mondiale ?

Après une sombre année 2008, les New-Yorkais ont fait leurs derniers préparatifs pour le réveillon du Nouvel An sur Union Square, en espérant que 2009 soit meilleure. Sur les trottoirs se dressaient des stands sur lesquels la marchandise à l'effigie de Barack Obama, des tee-shirts, des casquettes et même des bols, s’entassaient. « Les affaires vont bon train, expliquait alors un des vendeurs, les gens sont réellement enthousiastes. » Une enquête réalisée en septembre 2008 par le programme PIPA (le programme sur les attitudes politiques internationales), montrait un avantage de 4 points contre 1 à l’avantage de Barack Obama sur son concurrent, le candidat républicain John Mc Cain.

2003 : guerre et paix

(Image: DK)A l'aube du nouveau millénaire, tant au niveau de la politique étrangère, des structures économiques ou des actions environnementales, l'Europe n'avait aucune influence sur les Etats-Unis, la super puissance mondiale. Mais en fin de compte, au sujet de la guerre en Irak, c'était bien l'Europe qui avait raison ! L'autosatisfaction et le « je te l'avais bien dit » n'est qu'une maigre consolation quand le mal est déjà fait…

« L'époque de l'hégémonie américaine sur l'économie mondiale est révolue »

Voyons voir… La politique étrangère, par exemple. Tout le monde se souvient de la tirade de Donald Rumsfeld qui cataloguait l'Allemagne et la France de « vieille Europe », lorsqu'en 2003, les deux nations avaient refusé de soutenir la guerre en Irak, expliquant que les conséquences pourraient être terribles. Seul le Royaume-Uni avait finalement soutenu les Etats-Unis et participé à l'invasion. Mais c’était sans compter les manifestations de désaccord du peuple britannique. La participation de l'ancien premier ministre britannique, Tony Blair, lui avait finalement valu le gentil sobriquet de « toutou » de Bush. Tout le monde avait alors imaginé que la « relation spéciale » qui lie les deux nations (on appelle bien le Royaume-Uni le 51e Etat ?) depuis toujours, rendait la décision de Blair un tantinet plus complexe, que pour Chirac.

De petits contingents européens ont donc participé à la guerre en Irak. Pour beaucoup, cette situation a révélé la véritable histoire de l'alliance des Etats-Unis et de l'Union européenne : au lieu d'être des partenaires égaux, les Etats-Unis dirigent et l'Europe se contente de suivre. Finalement, la « vieille Europe » avait raison… La vaine croisade contre des armes de destruction massive (souvenez-vous, c’était la raison de l'attaque) et le chaos qui ont suivi l’ont largement prouvé.

Inaction au niveau environnemental

(Jaume d'Urgell/flickr)Lorsque Bush est entré en fonction en 2001, il ne considérait pas le réchauffement planétaire comme un fait scientifique, mais plutôt comme une théorie. Son administration a même refusé de ratifier le protocole de Kyoto. Et les pays en voie de développement ont alors suivi le géant américain pas très vert, en invoquant cette même excuse pour ne pas signer le traité. A mesure que les Européens étaient préoccupés par le changement climatique, ils se sont rendu compte qu'ils ne pouvaient rien faire sans la coopération des Etats-Unis. 

Les institutions européennes n'étaient pas encore assez matures pour coordonner une politique environnementale unique et cohérente au sein de l'Union. Finalement, les républicains américains ont changé d'opinion. Le réchauffement climatique est même devenu un thème important au cours de la campagne présidentielle de 2008 alors que les deux camps ont finalement reconnu le « fait » réel contre la théorie. Mais après huit ans d'inaction, y-a-t-il encore de l’espoir ? L'Europe était prête à réagir il y a huit ans, mais ne pouvait rien faire sans l'aide des Etats-Unis.

L'échec du marché libre

Les Etats-Unis sont en faveur du libre échange et de la libre concurrence, tandis que l'Europe préfère une approche plus réglementée (le Royaume-Uni nageant entre les deux concepts). Pendant plusieurs années, ces deux systèmes coexistaient pacifiquement. Néanmoins dans notre monde globalisé, les deux systèmes se heurtent confusément, comme nous le démontre la crise économique actuelle. Elle est le résultat de la dérégulation des marchés financiers américains au cours des deux dernières décennies. Les entités régulatrices, les mains liées, se sont avérées inefficaces, notamment sous la présidence de Bush. Et comme le dit l'adage, « quand le chat est parti, les souris dansent ». Les investisseurs ont eu les yeux plus gros que le ventre et personne n'a pu empêcher leur aveuglement.

Malheureusement, dans un système économique qui tourne autour des Etats-Unis, les problèmes nord-américains deviennent vite mondiaux malgré la volonté protectionniste des marchés européens. De là à parler de la fin du capitalisme à l’anglo-saxonne… l’avenir nous le dira.

« Je te l’avais bien dit »

(freemarketmyass/flickr)Au cours de la présidence française de l'Union européenne, le président français Nicolas Sarkozy n’y a pas été de main morte sur ce thème. En septembre 2008, lors d'un discours tenu à Toulon, il a démoli le système américain, expliquant que la dérégulation du marché, poussée à l’extrême, « était une folie dont le prix se paie aujourd'hui ». Si l'Europe veut protéger son avenir, elle doit prendre des initiatives et réglementer les banques. Pour Sarkozy, la déréglementation est « finie ». Le président russe, Dmitri Medvedev, s'est exprimé encore plus franchement lorsqu'il a déclaré que le mythe de la supériorité américaine venait de s'effondrer : « L'époque de l'hégémonie américaine sur l'économie mondiale est révolue. » Une nouvelle fois, l'Europe avait en fin de compte raison. Mais en pleine récession, un « je te l'avais bien dit » sonne un peu grotesque.

Il serait toutefois très naïf de croire que les relations entre l'Europe et les Etats-Unis redeviendront telles qu'elles étaient en 2000. Certes, les Européens aiment Barack Obama. Mais ils ont été sérieusement affectés par la présidence de Bush, qui a été mine de rien élu deux fois par le peuple américain. Qui sait si les citoyens yankees n’éliront pas à nouveau un président à son image d’ici quatre ans ? Comme dirait le président sortant : « Fool me once, shame on me, fool me »... Eh bien, nous non plus, il ne faudra pas nous « rouler » une deuxième fois.