« Le syndrome ONU »

Article publié le 7 septembre 2004
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Article publié le 7 septembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quand le terrorisme frappera le cœur de l'Empire, l’heure de ceux qui pensent que les Etats-Unis doivent recomposer leur « hégémonie » mondiale -les néo-conservateurs- sera venue.

align="left">Les idéologies étaient à l’agonie depuis qu'en 1989, avec la chute du mur de Berlin, le monde bipolaire avait fait ses adieux définitifs. Lorsque les tours jumelles sont tombées, on a pu les faire revivre. C’est ce à quoi se sont attelées les gauches européennes à l'ONU, et c’est là qu’elles continuent de protester tandis que le décompte macabre continue et s’amplifie.

Le rôle de la gauche jusqu'au 11 septembre

Mais quelle est donc la stratégie de la gauche dans ce nouveau contexte mondial ? Faisons une rétrospective historique : l'Espagne est entrée dans l'OTAN du fait d’une gauche qui, pendant la décennie 80, se plaçait dans un monde traditionnel, bipolaire, domestiqué par l' « équilibre de la terreur » dans lequel le Pacte de l’Atlantique offrait une certaine sérénité. Le reste des gauches européennes a agi de même, et le profil de l'UE se teintait d’un atlantisme loyal, bien qu'autonome. Les socialistes espagnols et européens ont su s’installer confortablement dans cette structure « tranquille », sans pour cela être inconditionnellement soumis aux « faucons ». Deux exemples : en 1989, l’Espagne votait en faveur de la résolution de l'Assemblée générale des Nations-Unies condamnant l'invasion de Panama par les Etats-Unis ; et d'autre part, la polyvalence qui permettait de prêter la base militaire de Rhein-Main aux Américains sans que l'Allemagne renonce à la critique de certaines actions américaines.

Nouvelle légalité internationale après le 11 septembre

C’était jusqu’au 11 septembre et jusqu’à ce que le monde entre tout à coup dans une ère nouvelle où le danger n’était plus le risque d'invasion par un autre État, mais une menace dispersée et invisible telle que le « terrorisme international ». La gauche social-démocrate se sentait à l’aise dans ce que l'analyste néo-conservateur Robert Kagan a appelé « la multipolarité honorifique » que représentait l’ONU et l’UE. Mais le World Trade Center est tombé. La gauche européenne a paru ne pas se rendre compte que les normes qui avaient régi le monde traditionnel pendant la Guerre Froide ne servaient plus. La légalité internationale basée sur le respect des frontières souveraines et limitant l’usage de la force aux seules violations de celles-ci se trouve dépassée.

A l’heure actuelle, des attaques qui pouvaient autrefois être menées à bien uniquement par des armées traditionnelles sont financées par des gouvernements voyous et liés au trafic de drogues, d’armes, de personnes, et au crime organisé en général. Évidemment, Javier Solana était conscient de ce problème, comme le montre son document « A Secure Europe in à Better World » (Une Europe sûre dans un monde meilleur), adopté par le Conseil Européen le 12 décembre 2003, quelques mois avant que les attentats d’Atocha n’aient lieu.

La gauche européenne et la nouvelle politique américaine

Quand les Faucons ont décidé que la sécurité des Américains était au-dessus de l'ONU, la gauche européenne s'est contentée de les dénoncer et de s’asseoir pour regarder passer les bombardiers. La crise de légitimité de l'ONU comme source de Droit international est manifeste, mais en Europe on continue à rêver de la Paix de Westphalie, tandis qu’au Soudan la population noire est massacrée par des milices arabes. Dans un monde globalisé, avec des menaces globales, le rôle de défenseur passif des droits humains et de la lettre de l'ONU ne sert pas. Si l'UE ne parvient pas à avoir un rôle « actif » dans la sécurité mondiale, nous nous transformerons en spectateurs impuissants. La politique extérieure de la gauche européenne sera un politique-témoin : une politique de musée, flot de belles paroles, mais totalement marginales. L'ONU n’est déjà pas utile, car elle fournit une légalité « passive » protectrice aux Etats qui violent les droits humains en faisant siéger côte à côte dictateurs et dirigeants démocratiquement élus.

N'oublions pas que ce fut un socialiste, Javier Solana, qui, comme secrétaire général de l'OTAN, a autorisé les bombardements contre Milosevic, sans l'aval de l'ONU. Comme tout le monde le sait, c’est la France qui a demandé aux Etats-Unis de conduire cette opération militaire, sans l'ONU, avec le même naturel avec lequel elle s'oppose maintenant à une intervention pour arrêter le massacre de Soudan. Suivrons-nous la gauche-réaliste de Solana ou resterons-nous coincés dans la « vieille gauche » de l'axe Madrid-Paris-Berlin et dans son son « syndrome de l'ONU ?