Le stratège

Article publié le 21 octobre 2014
Article publié le 21 octobre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Banquier, artiste et clubs berlinois — à première vue, ces mots jurent quelque peu entre eux. Et pourtant, Heinz-Joachim Mogge concilie les trois. En ce moment, il expose son œuvre dans le quartier berlinois, Friedenau.

Il se retrouve souvent dans son atelier et travaille avec les couleurs, les pinceaux, les photos et la lumière. Heinz-Joachim Mogge, 60 ans, fait de l'art. Ses installations lumineuses sont exposées, entre autres, dans les clubs berlinois au son de la musique électronique pendant que les jeunes font la fête.

Grand, mince, cheveux grisonnants, lunettes sans monture et chemise repassée : voilà à quoi ressemble l'artiste Mogge. Mais il est également banquier. Il travaille dans le secteur financier. « Entreprise familiale », dit-il. L'ensemble de la famille est composé de commerçants. Il a grandi à Hanovre. Lorsqu'on interroge sa fille de 24 ans, elle décrit son foyer comme étant aisé. Après des études d'économie à Münster, il débute en tant que stagiaire à la Commerzbank. Ensuite, il déménage à Berlin. Aujourd'hui, il conseille les créateurs d'entreprise et les jeunes entrepreneurs. Sa carrière semble assurée et bien planifiée.

En chemise repassée dans l'atelier

Pendant son temps libre, il pourrait rester dans le jardin à tondre le gazon ou à tailler les roses. Comme le font la plupart des gens de son âge après le travail. Mais depuis cinq ans, Mogge se consacre intensément à l'art — pour lequel il pose autant d'exigences professionnelles que dans sa vie. Dans ses ateliers situés à Fridenau et Treptow, il construit des toiles et applique la couche de fond. Il mélange lui-même ses couleurs grâce à des pigments et des agents liants. Il a par exemple rapporté du sable de lave après un séjour à Palma pour la création de ses couleurs. Au début, il suivait des cours sur la technique picturale à l'Université des arts de Berlin. Aujourd'hui, il continue son apprentissage auprès d'Angelika Morgull, une ancienne professeure à l'École supérieure de Potsdam. Le 11 et 12 octobre, dans le cadre de l'organisation de « Kultour » par l'association Südwest-Passage, il ouvrait son atelier à Friedenau et présentait son œuvre.

Tout a commencé avec une maison de pain d'épice : Selon lui, la construction d'une simple maison en bois pour ses enfants était trop ennuyeuse, et il a donc reproduit sa maison berlinoise. C'est ainsi qu'il a suscité l'attention d'une amie galeriste. Elle l'a spontanément exposée dans sa galerie de Wedding. « Parfois, il suffit d'une occasion extérieure pour devenir actif », raconte Mogge. Même si l'art l'a toujours préoccupé, il n'a jamais été question d'en faire son métier. Jusqu’à il y a quelques années, il était arrivé à saturation avec ses deux enfants. « J'étais peut-être trop vigilant ou je n'avais pas assez confiance en mes capacités artistiques. Il y avait beaucoup de gens dans mon entourage direct que je considérais comme bien plus talentueux », explique-t-il.

Le style rétro est à l'honneur

Tout ce qui a trait à la couleur, à la lumière ou aux structures le fascine. « Les structures m'ont toujours fasciné, jusqu'aux structures organiques », déclare-t-il. Tout ce qui est créé par l'homme obéit aux mêmes lois. Sa fille raconte que dans l'art, il a pu exprimer ses pensées. Et pourtant, depuis le début Mogge prépare son œuvre de façon stratégique. Ce sont des collages, des impressions couleur et des spectacles de lumière. Ses exhibitions, dont l'origine remonte aux années 70 avec Joshua White, il les crée analogiquement. Pour les concevoir, il expérimente des couleurs qu'il commande aux États-Unis, il filme l'expérience et combine ensuite cela avec de la musique. Suite à une suggestion de sa fille, il ajoute de la musique provenant des clubs berlinois. C'est de cette façon que ses exhibitions ont été présentées l'année passée dans le club : //about blank lors d'une soirée organisée par le journal Straßen aus Zucker, connu pour son regard critique sur la société, sur la musique de Stanley Schmidt et de Robert Audien.

Œuvre psychédélique par Heinz-Joachim.

« J'ai trouvé ça très motivant de voir que ces installations de style ancien pouvaient être bien accueillies par les noctambules de cette nouvelle génération », se réjouit Mogge. « Le jardinage peut plaire à certaines personnes. Moi, ce n'est pas mon truc. » Il a besoin de sentir et de faire quelque chose de spécial. Même s'il possède une maison à Hanovre. Avec jardin.

Cet article a initialement été publié dans le magazine en ligne de la jeune presse berlinoise, Brennpunkt F!. Tous droits réservés par l'auteur.

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