Le souffle fédéraliste

Article publié le 17 mars 2009
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Article publié le 17 mars 2009
Article écrit par Michele Ciavarini Azzi, Président de l'UEF.be La crise économique et sociale, conséquence de la crise financière, est globale et durable. Toutes les institutions économiques internationales, les instituts de recherche ou les organisations spécialisées s’accordent à dire que la situation actuelle est complexe et qu’une éventuelle sortie de la crise (par le haut ou par le bas ?
) n’est envisageable qu’après mi-fin 2010. Et de toute manière, d’ici dix ans, notre façon de vivre, de produire et de consommer ne sera plus la même.

En Europe les tensions s’aggravent et menacent la zone Euro, le marché intérieur, et la solidarité entre Etats tout comme celle entre citoyens. Les Etats membres de l’Union européenne se renferment sur eux-mêmes, et des rencontres au sommet sont convoquées pour rassurer les médias et l’opinion publique que le spectre du protectionnisme ne l’emportera pas.

Entre-temps, les plans de relance ont du mal à se mettre en place et ne sont pas à la hauteur des défis. La coordination européenne, tant souhaitée, piétine.

Ainsi, la perspective d’une Europe politique plus solidaire et plus proche des citoyens s’éloigne, juste au moment ou le besoin se ressent le plus. Le projet européen est aussi en crise.

Un texte fondateur enfin accessible aux 27 Etats membres

Dans ce climat morose, le Parlement européen a rendu hommage, jeudi 5 mars, à l’action d’un visionnaire européen, l’ancien commissaire et député européen Altiero Spinelli. La célébration a eu lieu dans la même salle où le lendemain Hillary Clinton, secrétaire d’Etat de la nouvelle administration américaine de Barack Obama, allait dialoguer avec des jeunes sur le partenariat Union européenne - Etats Unis.

Altiero Spinelli C’est à l’initiative de la Région du Latium et dans le cadre des célébrations du centenaire de la naissance de Spinelli, que le Manifeste de Ventotene, texte-culte du lancement de l’intégration européenne et acte fondateur du mouvement fédéraliste européen en Europe, a été traduit dans les 23 langues de l’Union, et à cette occasion a été distribué aux représentants des 27 Pays membres. Enfin, les amis bulgares ou estoniens vont pouvoir découvrir les racines et les origines du projet de vie en commun en Europe. Mais il s’agit d’une bonne lecture pour tous les européens, excellente initiative !

L'héritage d'Altiero Spinelli, une vision pour l'Europe

S’en est suivi la vision d’un documentaire reprenant le célèbre discours de 1984, lorsque le Parlement approuvait à une grande majorité le Traité pour une Union européenne, traité fortement voulu par Spinelli. Nous connaissons la suite de l’histoire. Du gros poisson, le pêcheur n’a pu ramener au port que les arêtes. Le regard vif, la voix vibrante et le courage contagieux de ce grand européen expliquant avec réalisme les raisons d’une Constitution européenne nous ramènent aux difficultés d’aujourd’hui. La comparaison avec les actuels dirigeants européens est improbable, presque gênante : quel contraste ! Quelle misère ! Quel manque de courage politique !

La remarquable actualité des propos de Spinelli, d’ailleurs, n’est pas sans rappeler l’appel vigoureux de Fernand Herman pour un Gouvernement européen, ou celui de Bronislav Geremek pour le renforcement des institutions communes et de l’Europe communautaire. Un langage différent celui-ci, certes, mais une vision sans doute commune. Le souffle fédéraliste ne semble pas être disparu complètement.

Un fil d’espoir pour l’avenir est encore là, parmi les nombreux jeunes présents dans la salle. Peu importe, alors, si la traduction du Manifeste en letton était, en réalité, en lituanien, et vice-versa !