Le Sommet de l’OTAN à Prague : Résultats et Conséquences

Article publié le 4 décembre 2002
Publié dans le magazine
Article publié le 4 décembre 2002
Le sommet de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’est tenu à Prague les 21 et 22 Novembre 2002. Au début de la Session plénière du Conseil de l’Atlantique Nord (NAC), le secrétaire général de l’OTAN, Lord George Robertson a défini les objectifs du Sommet : «Pour l’OTAN, Prague est un sommet de transformation. C’est le moment fatidique pour l’Alliance atlantique.
Nous accueillerons de nouveaux membres, entreprendrons de nouvelles missions, moderniserons nos moyens militaires et renforcerons nos relations avec des amis et des associés à travers tout la zone euro-atlantique.”

Les attentes avant le Sommet étaient très fortes. Voyons si et de quelle façon ce sommet a répondu à ces souhaits( souvent contradictoires).

Elargissement

“J'ai proposé aux chefs d'Etat et de gouvernement de l’OTAN qu'ils s’accordent pour inviter les nations suivantes à des pourparlers afin de les intégrer dans l’OTAN : Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie. Je note que c'est d’accord – le Conseil en a décidé ainsi.” (Discours de Lord Robertson, réunion du Conseil Atlantique Nord, le 21 novembre 2002).

La première de ces attentes, qui était partagée depuis au moins un an par tous les pays de L'OTAN, était la nécessité d’un élargissement.

Les crises survenues après le 11 septembre 2001 ont radicalement changé les plans américains en matière d‘'extension pour la seconde vague de l'élargissement de l'Alliance à l’est. Les buts stratégiques réels des Etats-Unis tendent à élargir à n'importe quel prix l'espace de stabilité en Europe –le prix le plus bas est la baisse à venir des moyens militaires et des pouvoirs opérationnels des alliés européens. Comme l‘a dit George W. Bush après que la décision de l'agrandissement eut été prise par le Conseil de l’Atlantique Nord (CAN): “Nous croyons que la décision prise aujourd'hui réaffirme notre engagement envers la liberté et envers une Europe unifiée, libre et en paix.” En d'autres termes : une Europe autosuffisante dont les Etats-Unis n’ont pas besoin de prendre soin.

Les Etats-Unis attendent peu des alliés européens –sauf une chose primordiale : assurer la paix et la stabilité dans leur proche voisinage. Les Etats-Unis doivent avoir les mains libres pour opérer dans d'autres parties du monde où leurs intérêts nationaux actuels -ou futurs- en matière de ressources naturelles (par exemple l'Afrique) ou en vue de sécuriser leurs investissements à l'ouest (par exemple le Moyen-Orient) sont beaucoup plus menacés qu'en Europe.

Au Sommet de Prague, les Etats-Unis ont été sans aucun doute le moteur de l’élargissement. Leurs raisons sont si fortes et si puissantes que les alliés européens n'ont pas eu le courage d‘aller contre, même si certains d'entre eux le souhaitaient probablement. S'ils avaient protesté à propos de n'importe lequel des pays invités (le consensus n’était pas tout à fait sûr dans le cas de la Bulgarie et la Roumanie), les Etats-Unis auraient rappelé à leurs alliés l‘énorme disproportion dans le montant du budget affecté à la défense. Les états européens de L'OTAN donnent– à eux tous! – seulement la moitié de la somme que les Etats-Unis donne pour les forces armées et leurs effectifs opérationnels représentent seulement un dixième de celui des Américains. C'est un argument puissant pour la domination américaine dans le processus décisionnel de l‘Alliance.

Les républiques baltes de l’ex-URSS (Estonie, Lettonie et Lituanie) ont obtenu toutes trois, de la part de l’OTAN, une invitation à Prague. Le président Poutine a refusé l’invitation au Sommet du président tchèque Havel pour ne pas affaiblir plus la position géopolitique russe. La Russie n’a pas d’autre choix que d’accepter la volonté de ces pays et de l’Alliance plutôt que de provoquer un scandale diplomatique et politique aussi grand (et inutile) que celui d’il y a quelques années quand la république Tchèque, la Pologne et la Hongrie ont rejoint l’OTAN.

Le processus d'élargissement de l'OTAN n'est pas achevé. Lord Robertson a dit : “La porte de l'adhésion de L'OTAN reste ouverte. Les invités d’aujourd’hui ne seront pas les derniers. Par l’intermédiaire du MAP (le Plan d'Action d'Adhésion – approuvé au sommet de Washington en avril 1999), nous continuerons à vous aider à poursuivre votre processus de réforme et nous restons engagés à vos côtés pour une intégration réussie dans la famille des nations euro-atlantiques”. Pour les pays invités à Prague, le MAP a été un outil très utile au niveau du processus de préparation pour l'adhésion. C’est pourquoi par exemple, aujourd'hui, la Slovaquie est bien mieux préparée pour rejoindre les structures militaires de L'OTAN que la république Tchèque ne l’était au moment de son accession en avril 1999, malgré la même “la position de départ” après la scission de la Tchécoslovaquie en 1993. Les pays qui seront probablement invités pour le sommet suivant sont la Croatie, la Macédoine et la Serbie/Monténégro.

Les négociations avec les sept pays invités au sommet de Prague débuteront en mars 2003 et le processus d'accession devrait se terminer fin 2004.

Force de réponse de l’OTAN

“Nous avons décidé de créer une Force de Réponse de L'OTAN (NRF) consistant en une force technologiquement avancée, flexible, déployable, interfonctionnelle et de soutien, incluant des éléments terrestres, maritimes et aériens prêts à se déplacer rapidement partout où c’est nécessaire, comme il a été décidé au Conseil.” (Déclaration du Sommet de Prague, Article 4b)

L'élargissement n'était pas la seule question importante à l'ordre du jour du Sommet de Prague. Suite aux conséquences du 11 septembre 2001, dans cet environnement de peur suscité par le terrorisme, l'OTAN se devra de trouver sa propre voie communautaire pour résoudre les nouveaux défis de sécurité et les menaces.

Le CAN a décidé de créer cette force d’une capacité à plein régime de 21000 membres opérationnels d‘ici octobre 2006. C'est un grand changement dans l'histoire de l'OTAN, parce qu'il rompt le vieux principe de l'alliance défensive : “Hors de notre secteur, hors de notre activité”(« Out of area, out of business »). Quel est aujourd'hui le secteur de l'OTAN? La crise du Kosovo a montré que dans n'importe quelles circonstances ce pourrait être au-delà des frontières des états membres de l'Alliance. Est-ce que les Balkans sont hors du secteur ? Quid de l'Afghanistan ? Quid de l'Irak ?

Déclaration à propos de l’Irak

“Nous, les 19 chefs d'Etat et de gouvernement de l'OTAN, nous engageons à apporter notre plein appui pour la mise en oeuvre de la Résolution 1441 du Conseil de sécurité de l'ONU et invitons l'Irak à s‘y soumettre entièrement et immédiatement ainsi qu‘à toutes les résolutions appropriées du Conseil de sécurité de l'ONU.(…) Nous rappelons que dans cette résolution le Conseil de sécurité a averti l'Irak qu'il devra faire face à de sérieuses conséquences en réponse à la violation continue de ses obligations”. (Déclaration du Sommet de Prague sur l'Irak, CAN, le 21 novembre 2002)

A l’évidence, le président Bush aurait voulu une déclaration de l‘OTAN beaucoup plus dure pour une question qui est pour lui d’une telle importante. Les alliés européens – principalement la France et l'Allemagne – ont choisi un langage strictement diplomatique, parce qu'ils n’ont pas été capable de changer d'avis sur cette question. Cependant le chancelier allemand Gerhard Schröder a annoncé au le Sommet que son pays est prêt à permettre aux Etats-Unis d'utiliser leurs bases en Allemagne pour la guerre contre l'Irak. Ce geste a une raison principale : améliorer les relations germano-américaines (après le scandale diplomatique pendant la campagne pour les élections allemandes quand Bush a été comparé à Hitler). Mais l'Allemagne n’a pas changé d'avis sur le non ralliement de son armée en cas de guerre contre l'Irak.

Quels conséquences ?

La conférence de presse finale du Secrétaire général a été interrompue par un incident : un Russe et un jeune Ukrainien ont lancé des tomates sur Lord Robertson, mais sans l‘atteindre. En même temps ils criaient : “Alors l'OTAN est pire que la Gestapo!”. Ce couple était accrédités au Sommet en tant que journalistes, mais c‘étaient tous deux des néo-fascistes, membres du Parti national bolchevique (basés sur un mélange d‘idéologie bolchevique et nationaliste).

Ce fut le seul incident à Prague. Les anarchistes et les communistes ont organisé chaque jour des manifestations pacifistes contre le sommet de L'OTAN, contre la militarisation et contre le capitalisme. On s’attendait à la venue à Prague de plus de 12 000 manifestants, mais finalement il n’en est venu qu'un millier.

Pour la République tchèque le Sommet était un grand événement historique. C'était le premier sommet qui avait lieu dans un pays situé derrière l‘ancien “Rideau de fer”. Ce Sommet a déplacé la zone de stabilité en Europe en la rapprochant de la Russie et a aidé trois états post-soviétiques à s'identifier beaucoup plus fermement et visiblement avec l'Ouest et avec l'Europe, et en finir avec la sphère d'influence russe. C'est un grand succès même si d'autres conclusions du Sommet resteront lettre morte.