Le « Socialisme-Champagne » : une réécriture de la Gauche

Article publié le 10 juin 2011
Article publié le 10 juin 2011
Lorsque la Gauche s’embourgeoise, les expressions journalistiques pour la qualifier dénotent souvent d’un rapport avec des aliments onéreux. Comme si une certaine presse avait un appétit pour les scandales gourmands.

Le goût de certaines personnalités politiques pour les mondanités fait l’objet de railleries de la part des journalistes. Ces derniers n’ont donc pas manqué de souligner le penchant de leurs responsables pour le champagne. Ceux-là, les Allemands les regroupent sous l'appellation de « Champagner-Linken » (« Gauche-champagne ») alors que les Suisses se contentent de les qualifier de « Cüpli-Sozialisten », soit une simple coupe. Plus laconiques, les Britanniques les rangent dans la catégorie des « Champagne-socialists » (« Socialistes champagne »). Or, bien que le breuvage à bulle coule à l'origine en France, l'usage du terme voyage du Royaume-Uni jusqu’en Russie. Les Anglais ont pour tradition de « porter un toast ». Au contraire, le philosophe russe, Alexandre Herzen, fustige dans son ouvrage, From the other shore (De l’autre bord) le discours d’une élite qui vante les mérites des pâtisseries et du champagne alors que les pauvres crèvent la dalle.

En Allemagne on est plus prosaïque. On préfère parler de vin mousseux « RotweinLinken » dont l'équivalent suédois s’apparente à « Rödvistvänster ».

Du caviar en Toscane

Les mêmes médias picorent aussi dans une nourriture tout aussi cossue. En particulier, quand il s'agit de ces fameux petits œufs gris noirs : « La gauche caviar » ! Si les journalistes français ont remis l’expression au goût du jour, les Portugais l’utilisent pour les mêmes fins, mais on dit « Esquerda caviar ».

Moins littéralement lié au seul style de vie culinaire et dissolu, les journalistes allemands se plaisent à pointer du doigt leurs dirigeants en les intitulant « ToskanaFraktion » (« La fraction toscane »). Et, s’ils associent les dérives fastueuses de leurs notables à ce pays de beauté et de délectation, c'est avant tout parce que ces derniers apprécient, dit-on, d'y prolonger leurs vacances. L’idée germa dans les années 80 lorsque les Toscans estampillèrent leurs confrères germaniques de l’étiquette de « Radical Chic ». Soulignant ainsi au passage que la cité italienne est une des capitales de la mode.

Apparemment le label ironique provient tout droit des USA quand, dans les années 70, Tom Wolfe, l'un des créateurs du « Nouveau Journalisme », dénonça dans son essai éponyme, l'appropriation par la « Haute Société » des objectifs politiques et idéologiques des radicaux américains (entendons ici : les gauchistes !). En fait, la première utilisation du terme a vu le jour durant les années 70 au pays de la Dolce Vita sous la plume d'Indro Montanelli, chroniqueur à Il Giornale dans un article qu'il avait rédigé contre les nantis qui encourageaient, selon lui, l'action subversive des Rouges. De nos jours, parmi les hommes politiques de la Péninsule, Massimo d'Alema, ancien Premier Ministre et chef de file du Parti démocrate dépeint par la presse comme un grand passionné de voile, propriétaire de plusieurs bateaux, semble être le plus apte à incarner cette tendance « Radical Chic ». Finalement, il ne serait donc peut-être pas tout à fait inexact de le classer lui aussi dans les rangs de la « Fraction toscane ».

Photo : Une © Henning Studte