Le secret du très prisé wirtschaftswunder allemand

Article publié le 8 août 2014
Article publié le 8 août 2014

Il faut l’avouer, les Allemands nous font peur. Ils énervent constamment leurs voisins européens en leur disant comment mener leur politique économique ou comment faire baisser leur taux de chômage. Pire que ça, ils ont gagné la coupe du monde. Essayons de découvrir la pierre philosophale du succès économique allemand.

Mythe : les Allemands sont travailleurs

Ca ne devrait pas être compliqué. Ces amateurs de Wurst [charcuterie allemande, ndlt] adorent tout simplement travailler. Vu les conditions climatiques auxquelles ils doivent faire face, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire pour eux que de rester au bureau jusqu’à la tombée de la nuit. Alors que les Espagnols, les Italiens, les Grecs profitent d’une sieste après le déjeuner et sirotent leur premier Calimocho au cours de l’après-midi, les Allemands eux préfèrent les prolongations (et Dieu sait que les Argentins s’en souviendront). Donnez leur quelque chose à faire et sans se fatiguer, ils continueront de transporter tel une horde de Sisyphe, la pierre au sommet de la colline. En somme, le travailleur allemand s’apparente à une Mercedes : c’est un engin rapide et indestructible. 

En réalité : non !

Notre problème est-il résolu ? Regardons les statistiques. En moyenne, les travailleurs allemands passent 1388 heures sur le lieu d’Arbeit. C’est bien moins qu’en Espagne (1665 heures) ou qu’en Italie (1852). Un Allemand travaille presque moins de la moitié de ce que travaille un Grec (2037). Si vous regardez les bureaux à Hambourg, Francfort ou Berlin après les coups de six heures, vous seriez surpris. Ces gens-là prennent leur temps de travail très au sérieux. Dans la matinée déjà, les Allemands s’arrangeront entre collègues pour aller siroter une bière après le travail. En effet, les Allemands sont ponctuels, et pas seulement quand il est question de travail mais aussi quand vient le temps de la débauche. Vous trouverez ainsi des hordes d’Allemands se déplaçant tous ensemble de leur lieu de travail au premier bar qu’ils verront. Un coup de fil de quelques minutes après le travail ? Tout simplement impensable pour eux.

Quand on demande  aux professeurs de travailler une heure supplémentaire par semaine histoire de compenser un manque de personnel, vous verrez des hommes et femmes conciliants tenter de faire un sitting au niveau des bâtiments du gouvernement. Ils se battront comme des loups et ne s’inclineront jamais face à ces politiques qui leur ont fait l’affront de leur demander un effort de plus. Voyez, c’est exactement ce que le talentueux Steve Jobs nous enseigne « fais un effort supplémentaire, travaille les weekends, combat le statut quo » - en somme, l’opposé de ce que font les Allemands tous les jours. Attendez un peu : les Allemands ne seraient pas ce peuple de travailleurs assidus pour lequel nous l’avons pris ? Mais alors comment se fait-il que l’Allemagne soit cette forteresse ayant résisté au typhon de la crise qui a emporté l’Europe en moins d’une décennie ?

Mythe : les Allemands ne prennent pas de vacances

Au sein d’une société capitaliste, les vacances sont souvent synonymes de paresse et de manque de productivité. Alors que les Européens du sud se font dorer la pilule en août pendant un mois entier, les Allemands passent leur été à éviter de prononcer le mot « vacances ». Blasphème. Cela leur rend doublement service : tout d’abord, ils peuvent travailler plus pour faire augmenter leurs rendements, et par ailleurs, il faut rappeler qu’ils sont allergiques au soleil et au sable, puisque ces éléments ne font pas partie de leur environnement naturel. Pendant cette période stressante pour le psychisme allemand, leur façon de penser renvoie à un métronome, qui répète encore et encore leur mantra préféré : continue de travailler, continue de travailler (qu’on chantera sur l’air de la chanson ci-dessous de Dory).

Dory's mantra, qui s'adapte au psychisme allemand

En réalité : complètement faux

Loupé, encore une fois. Die Deutschen prennent leurs vacances très au sérieux, tout comme leurs camarades du sud. Les Allemands sont les deuxièmes dans le monde à prendre le plus de congés payés (arrivant ex-æquo avec l’Espagne, ni plus ni moins) avec au total 34 jours. C’est seulement l’Autriche et le Portugal qui la dépassent, avec 35, tandis que les prétendus ennemis du travail, les Grecs, les Français et les Italiens s’accordent respectivement 26, 31 et 31 jours. En août et en septembre, la plupart des grandes villes allemandes accueillent nombre de touristes, mais vous serez plus susceptibles de croiser un Hambourgeois ou un Berlinois sur les plages d’Ibiza, de Sydney ou de Bali, là où il est allé chercher aventure ou calme. Egalement, ne vous embêtez pas à essayer de les joindre, dans la plupart des cas, vous allez tomber, sur un message amical vous informant que la personne est injoignable. Sur les portes des hôtels il y a toujours un petit écriteau précisant « Ne pas déranger, Allemand en vacances ». 

Mythe : l'administrations s'apparente à une mercedes

Ordnung (ordre) est le mot qui revient le plus quand on s’attache à décrire ce système administratif organisé et efficace qu’est le système allemand. Toutes les procédures sont régulées grâce à des instructions claires et chaque cas est manié par des mains expertes - uniquement. Au contraire du système schizophrénique français souvent considéré comme une véritable plaie, c’est un dispositif sans contretemps, qui ne connaît ni l’erreur ni la confusion. La structure gouvernementale allemande a fait de l’Allemagne un modèle qui se doit encore d’être égalé par ses voisins, un succès à suivre pour toute l’Europe tout comme les mesures d’austérité d’Angela Merkel.

En réalité : c'est un désastre

Une fois encore, il s’agit d’un mythe. Une lutte menée contre la bureaucratie allemande est susceptible de vous laisser frustré comme jamais. Naviguer au sein du système d’immigration est un véritable cauchemar – presque semblable au carnage qui règne en France, avec des montagnes de paperasse et des rendez-vous à n’en plus finir. Le système universitaire est un autre exemple en la matière, notamment célèbre pour son inertie où les professeurs évitent de répondre aux mails des élèves et prennent parfois jusqu’à un an pour noter des devoirs.

MYTHE : L’ALLEMAGNE, C’EST UN PEUPLE HEUREUX ET CHANCEUX

Ainsi, ils ne travaillent pas beaucoup, sont en vacances permanentes et on trouve au sein de leur administration des gens grincheux qui n’ont aucunement l’intention de faire leur boulot comme ils le devraient. Faisons un effort de plus pour comprendre comment l’Allemagne peut être la nouvelle superpuissance de l’Europe. Il doit bien y avoir quelque chose dans l’attitude allemande qui rende le pays si prospère. Quelque chose qui les habite, appelez ça une passion ou un état d’esprit, quelque chose qui fait que les Porsche roulent toujours plus vite et que les machines à laver Miele fonctionnent éternellement. « Ayez faim, soyez fou », c’est notamment l’une des dernières choses que Steve Jobs a dit avant de mourir. Les Allemands doivent être fous, et jongler tels des enfants avec des idées jusqu’à ce qu’ils inventent quelque chose comme la nouvelle « Volkswagen ». Tout comme leurs concurrents américains, tous les matins, ils doivent lire des citations des cartes de vœux Hallmark qui les inspirent, comme « les portes seront ouvertes pour ceux qui seront assez audacieux pour frapper ». Ils ont en eux une capacité innée à avoir une attitude positive, même quand ils se retrouvent face à l’adversité, suivant le célèbre adage : si tu n’y arrives pas dès la première fois, essaye et essaye encore. 

En réalité : Nein

Plus sérieusement, si vous êtes un jour amené à visiter une entreprise ou un bureau en Allemangne, vous seriez surpris. Vous y trouverez souvent des photos de la dernière virée à l’Obktoberfest, mais des citations inspirantes, ça non. Vous ne le croirez peut-être pas, mais les Allemands sont connus pour être pessimistes. Donc si jamais vous arrivez à trouver une carte où il est inscrit une citation, il y serait probablement marqué quelque chose comme « attendez-vous au pire, ça ne pourra qu'être mieux ». 

Mais pourquoi donc ? Finalement, l’énigme autour du succès économique allemand n'a pas pas été résolue, à l'image du mystère du triangle des Bermudes. Mais toi, oui toi, tu pourrais peut-être nous aider à trouver une réponse! Ecris-nous : j.finkeldey@cafebabel.com ou k.bolongaro@cafebabel.com