LE ROLE DES IDEOLOGIES DANS LA POLITIQUE GEORGIENNE

Article publié le 28 novembre 2013
Article publié le 28 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’investiture de Giorgi Margvelashvili en tant que président hier a signé le glas d’une situation plus qu’inhabituelle dans la politique géorgienne : la cohabitation. Maintenant, la coalition Rêve Géorgien contrôle quasiment toute la branche exécutive. La question qui vient irrémédiablement à l’esprit est : qu’est ce qui va changer exactement et dans quelle mesure ? La réponse tient en partie à l’influence (ou pas) de l’idéologie dans la politique géorgienne.

Aucune des deux forces politiques principales géorgiennes ne semble pencher idéologiquement pour la droite ou pour la gauche. C’est une des spécificités du système des partis en Géorgie. La dernière élection présidentielle, comme beaucoup d’autres auparavant, a été le théâtre d’une compétition entre deux partis fourre-tout. Des partis qui, sous la bannière de leurs influents leaders, entendaient brasser toutes les strates de la société. A cause de lacunes démocratiques et de l’héritage autoritaire soviétique, un parti dont l’idéologie ne permet pas d’incorporer tout le monde ne peut parvenir à percer. Comme le rôle du Parlement n’a jamais été très important dans la politique géorgienne, certains partis élus au Parlement peuvent choisir de ne pas s’y rendre et de perpétuer la lutte politique dans la rue. Même les noms des partis dominants et des coalitions montrent que les partis aspirent avant tout à inclure tout le monde. Le parti d’Eduard Shevardnadze a été par exemple nommé « Union des citoyens de Géorgie ». C’est notamment pour cela que certains prétendent que le gagnant rafle tout dans la politique géorgienne.

Ces observations laissent penser que l’idéologie ne joue pas un rôle important dans la politique géorgienne. On a pu le constater lorsque le Rêve Géorgien a esquissé le nouveau code du travail. Le précédent ministre de l’Education, qui a été fait président hier, a critiqué le nouveau code, qu’il voyait comme un rêve pour Rosa Luxembourg mais comme un cauchemar pour le milieu des affaires. Le ministre de la Justice a rétorqué que cette esquisse n’était que la première étape de la réforme en cours. Comme en atteste clairement ces commentaires, il existe fréquemment des divergences idéologiques parmi les branches de l’exécutif, notamment chez les parlementaires du Rêve Géorgien. On trouve des nationalistes, des libéraux de droite et des sociaux-démocrates dans le même mouvement.

En réalité, certains pensent que le RG (Rêve Géorgien) et l’MNU (Mouvement national uni, centre-droit) partagent les mêmes bases idéologiques. L’ancien ministre de l’Environnement et de la Protection des ressources naturelles de Géorgie, membre du groupe parlementaire MNU, a un jour plaisanté à ce propos sur sa page Facebook, en disant que la différence entre le MNU et le RG était si petite qu’il pensait que les gens votaient pour le RG uniquement parce que le physique des membres de le MNU ne leur plaisait pas. Beaucoup de gens pensent en effet que les politiques du MNU et de la coalition RG sont similaires et que le succès de RG incombe en parti à cela – ils occupaient le centre de l’espace politique Géorgien et ont poussé le MNU dans le recoin droit du large spectre idéologique.

Il est vrai que, pour qu’une coalition fonctionne, il faut une force unificatrice. Le Rêve Géorgien avait deux de ces forces : Bidzina Ivanishvili, le héros, et Michael Saakashvili, le vilain. Aujourd’hui, le héros comme le vilain ont quitté la scène politique géorgienne. C’est tout aussi regrettable pour le Mouvement national uni, un parti qui doit s’adapter à de nombreuses nouvelles réalités. Le MNU rassemble des membres libertaires, nationalistes mais aussi centristes, et ils ne semblent pas avoir établi un terrain d’entente stable sur beaucoup de problématiques. Quelques membres du MNU sont par exemple ouvertement opposés à une pratique intolérante de la foi, alors que d’autres membres apparaissent soit en faveur de ces pratiques, soit neutres.

Mais alors, pour quoi le people géorgien vote-t-il ? La pratique électorale en Géorgie veut que le peuple ne vote jamais POUR des idées et des gens, mais CONTRE eux. Lorsque les Géorgiens ont élu Shevardnadze avec 70% des voix, ils ont voté contre les forces qui aspiraient prétendument à déstabiliser le pays. La stabilité était donc le maître mot de la campagne de Shevardnadze. Après la Révolution des Roses en 2003, les Géorgiens ont voté CONTRE Shevardnadze. En 2012, les gens ont également voté contre Saakashvili, plutôt que pour Ivanishvili.

La seule façon de sortir de ce système qui fait émerger des partis à leader unique, est de renforcer le rôle du Parlement et de modifier la cartellisation des partis. Si un parti, avec à sa tête un leader influent, remporte une élection avec 75% des voix à nouveau, cela marquerait l’échec des changements démocratiques attendus en Géorgie. C’est pourquoi les divergences à l’intérieur même de la coalition Rêve démocratique peuvent être une bonne chose pour maintenant.