Le rock espagnol, bien au delà du flamenco

Article publié le 29 novembre 2013
Article publié le 29 novembre 2013

Espagne = Flamenco. C’est le cliché qui vient à l’esprit de beaucoup d’étrangers lorsqu’ils pensent à la musique en Espagne. Mets ta veste en cuir, on va remuer les consciences. Parce qu'en Europe le rock 'n' roll s'écrit aussi avec la ñ.

Ça fait plus de 40 ans qu’on parle de rock ‘n’ roll en Es­pagne, un rock aux dif­fé­rents ac­cents, langues, po­si­tions. Aux quatre coins du pays ré­sonnent les fa­meux quatre temps, les bat­te­ries et les gui­tares qui ba­layent le ter­ri­toire. Au sud de la pé­nin­sule ibé­rique, à l’ombre du fla­menco – l’em­blé­ma­tique blues es­pa­gnol et son œuvre de ré­fé­rence « La leyenda del tiempo » – on trouve de­puis les an­nées 70 des groupes comme les Smash et leur rock psy­ché­dé­lique, pion­niers d’un style qui triom­phera avec Los Tri­ana. Mo­dèle et exemple pour tous ceux qui sui­vront, de Kiko Ve­neno à Al­ber­tu­cho, de Pata Negra à Rai­mundo Ama­dor, les ro­ckeurs dé­passent la gratte fla­menca de Paco de Lucia avec beau­coup d’art et de sen­si­bi­lité. Ce rock ‘n’ roll puise son ins­pi­ra­tion dans les pro­fon­deurs de l’An­da­lou­sie et dans les branches du Delta du Mis­sis­sipi.

PLUS RA­DI­CAL, PLUS UR­BAIN

Les routes d’Es­pagne naissent et meurent à Ma­drid, ca­pi­tale es­pa­gnole, mère du rock ur­bain. Coin­cées dans les quar­tiers ou­vriers du début des an­nées 80, les gui­tares du pro­lé­ta­riat fu­sionnent avec ce qui leur vient d’ailleurs.  De Rory Gal­la­gher à Sex Pis­tols, du punk au rock ‘n’ roll. Il ne s’agit pas de la naïve « mo­vida » ma­dri­lène, mais des jeunes d’en bas qui ar­rachent leur li­berté à grands coups de riffs. As­falto, Topo, Bur­ning ... Mais l'in­con­tes­table pion­nier à la source du mou­ve­ment reste Leño, groupe aussi dur qu'élec­trique. Gui­tare-basse-bat­te­rie, la for­mule du suc­cès. Bref, le rock ‘n’ roll cru du maître en la ma­tière, j'ai nommé le lea­der Ro­sendo Mer­cado, tou­jours actif.  

Quelques an­nées plus tard, plus au Nord, la Côte de Can­ta­brie va elle aussi faire bou­ger les longues crêtes des jeunes dans des clubs rem­plis de fumée et de hors-la-loi. Eus­kadi de­vient vite le centre né­vral­gique de ce mou­ve­ment, là où les types les plus durs de l'usine ont formé ce qu’on ap­pel­lera le « Rock ra­di­cal basque ». Punk, sau­vages, comme les Ace­ros de Bil­bao. En basque ou en cas­tel­lan, peu im­porte, le mes­sage est le même. L'art brut sera en­suite dis­tillé par des for­ma­tions comme Ci­ca­triz, Es­kor­buto, Kor­tatu, La Polla Re­cords ou les Vul­pess. Parmi tous ces groupes, Bar­ri­cada res­tera comme le plus em­blé­ma­tique. Ce groupe de hard-rock formé en 1982  a émergé des rues de la Txan­trea, quar­tier ou­vrier de Pam­pe­lune. Dif­fi­cile de ré­su­mer leurs 25 an­nées de car­rière et leurs 15 al­bums stu­dios tant leur mu­sique a consti­tué l’hymne de plu­sieurs gé­né­ra­tions d’Es­pa­gnols.

De­puis la glo­rieuse dé­cen­nie des an­nées 80, des mil­liers de groupes ont foulé les planches de la scène mu­si­cale es­pa­gnole avec leurs styles, éti­quettes et tri­bus res­pec­tives. La force du  groupe ga­li­cien Los Suaves et leur lea­der unique - el Yosi -, l’in­so­lence rock de Lo­quillo, le punk-rock de Sé­ville avec Rein­ci­dentes, les hur­le­ments de Quejíos de Marea... Le der­nier grand pro­phète du rock cas­tel­lan est peut-être Robe In­iesta et ses Ex­tre­mo­duro. Hymnes d’hier et d’au­jour­d’hui, amours ado­les­cents et poé­sie, ces groupes agran­dissent leur pa­lette pour des­si­ner un genre qui va dé­sor­mais bien au-delà de l'art brut.

CONTI­NUER À CHO­QUER LES CONSCIENCES

Qui sont les hé­ri­tiers ? Qui conti­nue à grat­ter la six cordes pour cho­quer les es­prits biens pen­sants ? Même si faire de l’ombre à ceux qui ont rem­pli les murs de nos chambres pa­raît com­pli­qué, la santé du rock es­pa­gnol semble bonne : les stades se rem­plissent et les nou­veaux groupes se forment. Tous les styles, toutes les cou­leurs. Ce, de­puis le style al­coo­lisé des Co­ri­zo­nas, jus­qu'à la classe de M-Clan. Les lieux les plus sombres des villes es­pa­gnoles conti­nuent de faire par­ler d’eux, avec Quique González, Pon­cho K Ha­va­lina ou les touches pop de Per­eza.

Nul be­soin de s'in­quié­ter, le rock avec un Ñ se porte bien, merci. Don­nez-lui sim­ple­ment la chance de tra­ver­ser les Py­ré­nées, afin que l'on ar­rête de consi­dé­rer une fois pour toute l'Es­pagne comme le pays des pal­mas et des chants a cap­pella.

Consul­tez ici, la play­list de tous les groupes cités dans l'ar­ticle.