Le revival du vinyle : allez, encore 33 tours

Article publié le 4 avril 2013
Article publié le 4 avril 2013
De moins en moins de personnes semblent prêtes à payer pour écouter de la musique. Pourtant, on constate depuis quelques années une hausse des ventes de vinyles, le support d’écoute le plus coûteux qui existe. Pour mieux comprendre ce phénomène, on est allé discuter avec ces fans de toujours et autres jeunes addicts du disque noir.

Si l’on est tenté de conclure un peu vite que le retour du vinyle est un simple effet de mode dans les milieux hipster - plus intéressés par son aspect vintage que par la recherche d’une meilleure qualité de son - on aurait tord de croire que les vrais passionnés de vinyles sont une espèce en voie d’extinction.

Who are you ?

Des inconditionnels du vinyle, on en trouve bien sûr parmi les professionnels de la musique. Disquaires, programmateurs, musiciens… ils sont nombreux à ne jurer que par la galette noire. Comme Benjamin, du groupe Sporto Kantes. « Pour moi le vinyle ce n’est pas un choix, c’est une habitude. C’est le support par lequel j’ai découvert la musique. Et même si j’utilise le format mp3, je continue à acheter du vinyle et à passer du temps chez les disquaires, parce que ce sont les derniers à vraiment connaître la musique. »

Il ajoute : « Il y a le même engouement pour le mp3 qu’il y a eu pour le CD il y a quelques années, mais dans les deux cas on finit par se rendre compte que mis à part la qualité de stockage, on a jamais égalé la qualité sonore d’un bon vieux vinyle ». Quand on on lui demande ce qu’il pense de la musique digitale et du téléchargement sur Internet, le musicien n’hésite pas à parler de « révolution numérique ». « Quand le mp3 est apparu, c'était comme si on avait jonché le sol de billets de20€et qu'il n'y avait plus qu'à se baisser pour les ramasser. Tout à coup la musique était devenue gratuite, on pouvait avoir ce que l'on voulait quand on voulait. Je dois dire que j’ai beaucoup téléchargé gratuitement. Mais depuis quelques temps, il me semble que la tendance s'est inversée, et je me surprends à télécharger légalement tout ce je veux écouter. J'ai lu récemment que le téléchargement légal était en forte hausse en Europe. Peut-être avons nous eu besoin d'une période d'adaptation à cette nouvelle révolution numérique, pour assimiler ce nouveau média et comprendre que la musique a toujours un prix. »

Sonic Youth

Mais, rassurez-vous. Pas besoin d’être un pro pour savoir apprécier ce son chaleureux que seul le vinyle est capable de produire. Et d’ailleurs, pas besoin d’être né dans les 50’s non plus ! L’attrait des jeunes pour le vinyle, loin d’être le fait de deux trois geeks de la musique, est même le moteur principal de la renaissance du disque noir ces dernières années. Bien plus qu’un phénomène nostalgico-vintage, c’est la volonté de vrais érudits de la musique, à la recherche d’une qualité sonore et visuelle que le cd a totalement perdu de vue, qui donne un nouveau souffle aux ventes de vinyles. C’est ce que nous explique notamment Benoit, 27 ans. « Le cd, pour moi, n’a pas d’avenir. Son prix est scandaleux compte tenu du manque d’innovation du produit. En terme de musique, le cd n’a pas permis d’augmenter la qualité ni du son ni de l’esthétique d’un album. On n’a pas l’impression d’acheter quelque chose d’unique, qui aurait du vécu, mais plutôt un vulgaire bout de plastique avec une image sans valeur collée dessus. » Entre l’insatisfaction pour le prix des CDs, et la mauvaise qualité sonore des musiques au format digital, le vinyle apparaît comme la solution. Un objet précieux, digne d’être acheté et conservé. Etienne, 25 ans, sommelier, en est un vrai collectionneur. « A 18 ans, j'ai découvert les caisses de vinyles de mon père dans le garage. De quoi me constituer un début de collection ! Aujourd’hui j’ai environ 140 vinyles chez moi, pas énorme, mais je m’éclate ! Je constitue ma collec petit à petit, bien que je ne trouve pas que les vinyles soient si chers que ça. J'ai d'ailleurs été surpris de voir les prix quand j'ai commencé à en acheter. Bien sûr, certains sont plus chers car rares, mais on trouve énormément de choses entre 15 à 25 euros. »

« En terme de musique, le cd n’a pas permis d’augmenter la qualité ni du son ni de l’esthétique d’un album »

Et oui au fait, parlons budget. Le vinyle est, rappelons-le, l’option d’écoute la plus coûteuse. Mais quand on est fan, on ne compte pas. Enfin, on calcule, quand même... faibles salaires et coût exorbitant de la vie obligent. En moyenne, les personnes interviewées consacrent entre 30 et 50 euros par mois à l’achat de musique.

Le vinyle et l’an 2000

Ce qui ressort de ces rencontres, c’est qu’être fan de vinyles aujourd’hui ne veut pas dire ignorer le tournant digital qu’a pris la musique ces dernières années. Bien au contraire. Comme Benjamin, les plus jeunes confessent avoir recours au streaming et aux téléchargements, pour leur côté pratique. Grâce à son ordinateur ou Smartphone, et des logiciels comme iTunes ou Spotify, on a toute sa musique préférée stockée au même endroit, et on peut l’emporter partout avec soi. Etienne témoigne : « Je télécharge des discographies entières en pagaille. Sur mon ordinateur j'ai tout mon son, je peux le gérer facilement, j'ai accès à tout ce que je veux ».

On ne peut pas renier le monde dans lequel on vit. Notre génération est née au cœur d’une société de surconsommation, où on s’est habitué à avoir tout, tout de suite. Internet reste, pour satisfaire ce besoin d’abondance, un support privilégié. Mais quand il s’agit de qualité, beaucoup d’entre nous savent encore heureusement s’installer devant leur platine, et éprouvent à chaque fois le même plaisir en entendant ce grésillement si caractéristique, signal de départ d’une heure de pur plaisir.

Photos : Une (cc) wildfires/flickr ; Texte (cc) Remona Poortman/flikr; (cc) Khanh Hmoong / flikr ; Vidéo : (cc) Discorgy/YouTube