Le rêve européen à quatre mains

Article publié le 14 décembre 2006
Article publié le 14 décembre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Premier ministre français Dominique de Villepin et l’écrivain espagnol Jorge Semprun ont réfléchi sur 'L'Homme européen', un essai déjà publié en 2005 en France.

Helmut Kohl l’a fait, Jacques Delors aussi. Régulièrement, des personnalités politiques européennes se fendent de leur petit ouvrage sur l’Europe. Mais ‘L’Homme européen’, écrit à quatre mains par l’écrivain espagnol Jorge Semprun, un ancien ministre de la Culture, et le Premier ministre français Dominique de Villepin, aspirant poète, n’est pas qu’un livre de plus dans une bibliothèque européenne bourrée à craquer.

Dépourvu de la complexité des essais du sociologue Edgar Morin sur les racines européennes, loin de la radicalité des ‘Essais hérétiques’ du philosophe tchèque Patocka, ‘l’Homme européen’ est pourtant –ou justement à cause de cela- un livre important. Et il est publié à un moment crucial de la construction européenne.

Non, on ne continue pas comme ça !

Depuis l’échec du référendum sur le traité constitutionnel européen en France et aux Pays-Bas, le processus communautaire est au point mort. Bloqué par ceux qui devaient justement s’unir : les citoyens et citoyennes des Vingt Cinq.

De quoi l’Europe est-elle vraiment faite ? Le refus du texte constitutionnel vaut-il refus de la pensée européenne ? Dans leur essai, Semprun et de Villepin cherchent des réponses. Ces deux personnalités européennes contemporaines ont souhaité, malgré leurs cultures différentes, travailler ensemble à une même idée de l’Europe. Et ils y croient.

Le livre ressemble curieusement aux ‘Ecoutez-moi : Paris-Berlin, aller retours’, une correspondance sur l’Europe entre l’écrivain allemand Günther Grass et la journaliste française Françoise Giroud, publiée en 1988. A l’époque, l’idée de l’Europe était plus éclatante que jamais. Aujourd’hui, son éclat est terni. L’essai de Semprun et de Villepin ne cherche pas à nier cette érosion : c’est là que réside justement sa force.

Pas question pour sse auteurs d’endosser une attitude jusqu’au boutiste en voulant « continuer comme ça » coûte que coûte, comme on a pu l’entendre en Allemagne après l’échec de la ratification de la constitution.

Regarder le passé

Leur ouvrage prend au sérieux les peurs et les doutes des Européens. Si le projet européen reste crédible, il est absolument nécessaire de lutter contre les dangers du capitalisme ou la bureaucratisation des institutions européennes. Semprun et de Villepin dépeignent la possibilité d’une Europe aux belles couleurs mais ne l’enjolivent pas.

Pour construire le futur, il faut regarder le passé et se poser la question de ce que veut dire être un homme européen. Pour les auteurs, un tel titre implique des responsabilités. Responsabilités qui ne peuvent se comprendre et se justifier que sous l’angle de la culture et du développement européens.

Dans ‘l’Homme européen’, de nombreux témoins de leur temps, de Jacques Delors à Voltaire, racontent quelques anecdotes. Une manière de rendre public -à leur insu ?- les grands écueils de la pensée européenne : l’élitisme aux yeux Semprun, l’identité nationale pour Villepin, deux problèmes qui ne peuvent être séparés l’un de l’autre.

Malgré ces thématiques exigeantes, ‘l’Homme européen’ reste un livre accessible pour tous les Européens et les emmène plus loin dans la réflexion. Un seul mot d’ordre : pas question d’évoquer les fondements négatifs ou positifs du sentiment européen. L’Europe est bien là, les auteurs ne laissent aucun doute là-dessus. Nos valeurs et nos libertés, même si elles semblent évidentes, sont la chance unique que nous offre l’Europe. Quant à la paix qui règne sur le continent depuis plus de soixante ans, c’est elle qui nous rend Européens.

‘L’Homme européen’ de Jorge Semprun et Dominique de Villepin ; Editions Plon, 2005

Photo homepage : Dominique de Villepin (Commission européenne)