Le retour d'Israël à l'Union Européenne

Article publié le 15 juin 2002
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Article publié le 15 juin 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Contre le militarisme théocratique de Sharon et l'autorité d'Arafat dépourvue de légitimité démocratique, voici comment pourrait agir la diplomatie européenne.

Il était une fois des chevaliers et des Papes qui embarquaient dans les ports d'Europe méridionale pour rejoindre les côtes du Levant et combattre, unis en croisades contre les infidèles qui

profanaient la Terre Sainte.

Cette Terre Sainte, devenue le carrefour d'enjeux géopolitiques terribles, est aujourd'hui soumise à

une guerre d'infamie tandis que la diplomatie européenne se fige dans une passivité irritante.

En réalité, tous les politiques semblent s'accorder pour gérer la crise Israëlo-Palestinienne dans une optique de court

terme. Cessez-le-feu, force d'interposition, casques bleus, résolutions du Conseil de

Sécurité : ils semblent peu nombreux à vouloir proposer une solution de long terme apte à

guider l'action diplomatique.

En réalité, l'Europe et le Moyen-Orient se confrontent en ce moment historique à deux défis parallèles de grande importance. Elargissement

vers l'Est de l'Union Européenne et processus de paix en Palestine sont deux phénomènes sans lien apparent, mais qui pourraient ce compenser mutuellement.

Il faut selon moi écarter l'approche qui voudrait voir dans le conflit israelo-palestinien la manifestation la plus évidente d'un choc des

civilisations à l'échelle planétaire. La dialectique normale existant en réalité entre les cultures est le dialogue et l'interpénétration. Il n'existe pas de culture pure et vierge de toute influence : toute culture est un artifice.

Que serait la prétendue culture occidentale sans les influences du monde arabe médiéval et sans l'ouverture aux cultures extrême-orientales des voyageurs de tous temps ? Chaque culture se définit seulement en relation aux autres et la lutte entre Palestiniens et Israéliens se fonde plus sur le fanatisme et les revendications

économiques que sur une prétendue incompatibilité entre le monde occidental et le monde musulman.

L'Union Européenne est de ce point de vue le système de résolution durable des conflits le plus efficace que l'histoire ait connu. Il peut sembler banal de rappeler à quel point un conflit armé à l'intérieur de l'espace Européen commun

semble aujourd'hui impossible, en dépit des différences culturelles marquées qui parcourent et traversent les frontières plus ou moins naturelles de nos vieux Etats-nations.

Un tel mode de coexistence pacifique ne pourrait-il pas trouver d'application au Proche-Orient ?

A mon avis, si.

Une certaine vision des équilibres internationaux souhaiterait voir l'Europe soutenir l'Autorité Palestinienne contre les gouvernements américanophiles de Tel Aviv. Cette approche est selon mois injustifiable.

Il est inacceptable que l'Europe soutienne diplomatiquement un gouvernement Israélien militariste et théocratique, qui ne met en uvre aucun effort pour limiter l'usage de la force et qui depuis des décennies impose sa volonté par la

politique du " fait accompli ".

Il n'est pas acceptable non plus de financer, comme cela a été le cas jusqu'alors, une Autorité Palestinienne despotique qui dépense les aides de l'UE en programmes scolaires incitant à la haine anti-juive et qui entend perpétuer des structures économiques arriérées au seul profit de la clique d'un personnage pittoresque, j'ai nommé Yasser Arafat.

Par une évaluation plus réaliste, on s'accorderait de plus à affirmer que M. PESC n'aurait jamais les moyens de soutenir un affront diplomatique direct dirigé contre le Département d'Etat de la très aguerrie administration de Washington.

Tout acte de politique extérieure a, en outre, des répercussions en politique interne : la présence en Europe continentale d'importantes communautés juives ou pro-palestiennes interdit une prise de position nette en faveur de l'une ou l'autre partie.

Ils n'est pourtant pas permis de rester neutre.

L'adhésion d'Israël à l'Union Européenne serait en ce sens un premier pas vers la résolution de la question Palestinienne et éviterait à l'Europe une prise de position délétère entre les revendications " syriennes " d'Arafat et le

militarisme effréné de Sharon. Elle constituerait en outre un succès diplomatique Européen sur lequel fonder une doctrine de politique extérieure

commune. Elle garantirait enfin à l'Union Européenne une présence consistante dans une région de première importance pour la défense de ses propres intérêts énergétiques vitaux.

L'adhésion d'Israël à l'Union Européenne devrait être interprétée comme un retour d'Israël à l'Europe, c'est-à-dire un retour aux principes d'Etat de droit et de modération politique.

L'Union Européenne est déjà le premier partenaire commercial d'Israël, et les citoyens Israéliens sont pour la plupart originaires de divers pays Européens (généralement d'Europe Orientale). Une éventuelle adhésion d'Israël à l'UE devrait imposer aux Israéliens le respect des droits de l'homme, le droit des minorités (surtout lorsqu'elles constituent une majorité comme les

Palestiniens), ainsi que l'affirmation de la laïcité de l'Etat, condition sine qua non de toute coexistence civile envisageable entre des communautés de religions diverses.

Si Israël revient à l'Europe, Israël revient à l'Etat de droit et abandonne les méthodes unilatérales et bellicistes apprises par le Département d'Etat. Un problème de politique extérieure deviendrait presque une question de politique interne et les ingérences des lobbies américains seraient considérablement réduites.

Qu'en serait-il des Palestiniens et de leurs revendications ?

A l'intérieur d'un Etat véritablement laïque et non discriminant, les conditions de vie des Palestiniens seraient notablement meilleures, et l'on pourrait envisager une possibilité de coexistence pacifique des deux communautés dans un

seul Etat, probablement à structure fédérale.

L'aspiration Palestinienne à une pleine indépendance serait en tous cas beaucoup plus plausible dans un contexte de majeure stabilité politique et de redistribution des richesses. Un tel contexte permettrait la naissance de courants politiques plus modérés au sein de la société Palestinienne, et entraînerait le refus du terrorisme comme instrument de lutte politique.

L'élargissement vers l'Est de l'Union Européenne pourrait en somme dépasser Chypre de quelques centaines de milles pour rejoindre l'autre rive de la Méditerranée et y mener une croisade de coexistence civile et de laïcité,nécessaire à la création d'un contexte de paix durable et Européenne au Proche-Orient.